Créée en 2025 par Bruno Retailleau, alors ministre du Travail, la liste des « métiers en tension » devait permettre de recentrer les régularisations des travailleurs sans-papiers sur les secteurs confrontés à des difficultés de recrutement. Pourtant, à moins de six mois de son terme prévu en décembre 2026, ce dispositif suscite une opposition unanime de la part du patronat et des syndicats, qui le jugent trop restrictif. Selon BFM Business, ces derniers réclament son assouplissement, voire sa suppression, alors que le gouvernement envisage uniquement d’accélérer les délais de traitement des demandes.
Ce qu'il faut retenir
- 80 métiers étaient inscrits sur la liste actualisée en mai 2025 comme « en tension », permettant aux travailleurs sans-papiers de ces secteurs de prétendre à un titre de séjour sous conditions.
- Pour y accéder, les demandeurs doivent justifier de douze mois de bulletins de salaire sur les vingt-quatre derniers mois et de trois ans de résidence en France.
- Seulement 1 655 titres de séjour ont été délivrés en 2025 grâce à ce dispositif, selon les syndicats, qui dénoncent des critères trop complexes et des anomalies dans les listes régionales.
- Le patronat et les syndicats, traditionnellement divisés, s’accordent pour demander une réforme, voire la fin de cette expérimentation, jugée inefficace et source de complexité administrative.
- Le gouvernement, de son côté, s’est engagé à réduire les délais de traitement des dossiers de 100 à 50 jours, mais n’a pas encore tranché sur une modification des critères.
Une circulaire née d’un objectif précis, mais critiquée pour son manque d’efficacité
La circulaire Retailleau, mise en place en 2025, avait pour vocation de recentrer les régularisations de travailleurs sans-papiers sur les métiers confrontés à des pénuries de main-d’œuvre. Concrètement, elle limitait la possibilité d’obtenir un titre de séjour aux seuls secteurs où les employeurs peinaient à recruter. Pour les entreprises, cette mesure présentait un double avantage : elle leur permettait de régulariser leurs salariés en situation irrégulière sans risquer de sanctions, et elle sécurisait leur activité. En effet, l’emploi d’un travailleur sans-papiers est passible d’une amende pouvant aller jusqu’à 30 000 euros et de cinq ans d’emprisonnement.
Pourtant, malgré ces objectifs affichés, le dispositif est rapidement apparu comme un frein plutôt qu’une solution. D’après BFM Business, les partenaires sociaux dénoncent une « usine à gaz » aux critères trop flous, notamment sur des notions comme l’intégration ou la maîtrise de la langue. Certains métiers, comme ceux liés à la gestion des déchets ou les chefs cuisiniers en Île-de-France, ne figurent même pas sur la liste des métiers en tension, illustrant les lacunes du système. « Il y a des listes truffées d’anomalies », a ainsi dénoncé un responsable de la CGT, cité par la source.
Un consensus rare entre patronat et syndicats pour réclamer une réforme
C’est une situation inhabituelle : pour une fois, le patronat et les syndicats s’accordent sur un sujet. Tous deux jugent la liste des métiers en tension trop restrictive et plaident pour son assouplissement, voire sa suppression pure et simple. Leur argumentaire est simple : le dispositif tel qu’il existe aujourd’hui ne permet pas de répondre aux besoins des entreprises ni de régulariser suffisamment de travailleurs.
« Les critères actuels sont trop complexes et peu lisibles. Il faut des règles plus simples, applicables à tous les métiers », a expliqué un représentant du Medef à BFM Business.De son côté, la CGT a critiqué des « critères sujets à interprétation », comme la maîtrise de la langue ou l’intégration, qui rendent l’accès au titre de séjour aléatoire.
Les syndicats vont plus loin : ils demandent que les régularisations soient facilitées, indépendamment du secteur d’activité, dès lors qu’un travailleur justifie d’un emploi stable. Le patronat, quant à lui, propose soit d’élargir la liste des métiers éligibles, soit de créer une liste nationale unique, plutôt que des listes régionales disparates. Ces propositions, bien que différentes dans leurs modalités, convergent vers un même constat : le dispositif actuel ne fonctionne pas.
Un gouvernement attentif aux retards, mais muet sur une réforme en profondeur
Face à cette pression conjointe, le gouvernement semble prêt à desserrer l’étau, du moins partiellement. Selon plusieurs responsables syndicaux interrogés par BFM Business, l’exécutif serait enclin à assouplir les critères de régularisation, sans pour autant préciser dans quel sens. En revanche, une mesure concrète a déjà été annoncée : le renforcement des équipes administratives pour réduire les délais de traitement des demandes. L’objectif affiché est de passer de 100 à 50 jours pour obtenir une réponse, contre plusieurs mois actuellement.
Cependant, aucune décision n’a encore été prise concernant une éventuelle modification de la liste des métiers en tension ou l’abandon pur et simple du dispositif. « Rien n’est arbitré pour l’instant », a précisé un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur, confirmant que les arbitrages restaient en suspens. Cette prudence s’explique en partie par le contexte politique : à l’approche de la présidentielle, le débat sur l’immigration de travail risque de s’intensifier, et le gouvernement pourrait hésiter à prendre des mesures perçues comme trop libérales ou, à l’inverse, trop restrictives.
Quoi qu’il en soit, ce dossier illustre les tensions persistantes autour de la politique migratoire française, entre impératifs économiques et enjeux sociaux. Alors que les besoins en main-d’œuvre dans certains secteurs restent criants, la question de la régularisation des travailleurs sans-papiers continue de diviser, malgré un consensus rare entre les acteurs sociaux.
Selon la liste actualisée en mai 2025, 80 métiers sont considérés comme « en tension ». Parmi eux figurent notamment des professions du bâtiment, de la santé, de l’agriculture ou encore de l’hôtellerie-restauration. Cependant, certains secteurs, comme la gestion des déchets ou les postes de chef cuisinier en Île-de-France, n’y sont pas inclus, ce qui suscite des critiques.
D’après les syndicats, seulement 1 655 titres de séjour ont été accordés en 2025 aux travailleurs sans-papiers exerçant dans les métiers en tension. Ce chiffre, bien en deçà des attentes, renforce les critiques sur l’efficacité du système.