Le gouvernement tchèque a approuvé, ce lundi 9 juin 2026, un projet de loi mettant fin au financement des médias audiovisuels publics par la redevance, au profit d’un financement direct par le budget de l’État. Selon Euronews FR, cette réforme, portée par la coalition populiste de droite du Premier ministre Andrej Babiš, suscite une vive opposition parmi les journalistes, les défenseurs de la liberté de la presse et une partie de la population.

Ce qu'il faut retenir

  • La redevance audiovisuelle est remplacée par des dotations annuelles fixes, alignées sur les recettes collectées entre 2008 et 2024, avant une hausse en 2025.
  • Les médias concernés, Czech TV et Czech Radio, redoutent une dépendance accrue à l’État et des pressions politiques.
  • Une grève de 24 heures a été annoncée par les salariés des deux groupes, tandis qu’une manifestation de plus de 200 000 personnes avait déjà eu lieu à Prague en mars.
  • Reporters sans frontières dénonce un texte « absurde » et une menace pour l’indépendance de l’audiovisuel public.
  • Le projet doit encore être adopté par les deux chambres du Parlement tchèque et signé par le président avant une entrée en vigueur prévue le 1er janvier 2027.

Une réforme présentée comme une modernisation, mais critiquée pour son manque de transparence

Le texte, qui concerne exclusivement Czech TV et Czech Radio, prévoit le remplacement de la redevance audiovisuelle par des dotations annuelles fixes. Ces montants seraient calculés sur la base des recettes perçues entre 2008 et 2024, avant que le précédent gouvernement de centre droit n’augmente les financements en 2025. Selon Euronews FR, cette réforme s’inscrit dans la volonté du gouvernement de « moderniser » le financement des médias publics, en s’alignant sur les pratiques de la plupart des pays de l’Union européenne.

Le ministre de la Culture, Oto Klempir, issu du parti Motorists, a défendu cette refonte lors d’une conférence de presse aux côtés du Premier ministre Andrej Babiš. « Nous rejoignons ainsi la plupart des pays de l’UE qui ont déjà abandonné ce mode de financement obsolète », a-t-il déclaré. Pourtant, cette justification ne convainc pas les opposants au projet, qui y voient une manœuvre pour renforcer le contrôle politique sur les médias publics.

Andrej Babiš justifie la réforme par un « manque de contrôle » des médias publics

Le Premier ministre Andrej Babiš, milliardaire et leader du parti populiste ANO, a réaffirmé son opposition à la redevance audiovisuelle. « Ces deux médias ne réalisent aucune économie et personne ne les contrôle », a-t-il affirmé lors d’une déclaration publique. « Et surtout, c’était dans notre programme gouvernemental ». La coalition au pouvoir, qui inclut également l’extrême droite du parti SPD, a fait de cette réforme une priorité législative.

Cette position a été vivement critiquée par les défenseurs de la liberté de la presse. « Le gouvernement tchèque semble vouloir instrumentaliser les médias publics à des fins politiques », a réagi une porte-parole de l’association Reporters sans frontières (RSF). Selon l’ONG, cette réforme pourrait ouvrir la voie à des ingérences disproportionnées dans le fonctionnement des médias, mettant en péril leur indépendance éditoriale.

Grèves et manifestations : la société civile se mobilise contre la réforme

Les salariés de Czech TV et Czech Radio ont annoncé une grève de 24 heures pour protester contre le projet de loi. Ils craignent que le nouveau modèle de financement, basé sur des dotations annuelles, ne les expose à des pressions politiques de la part du gouvernement. « Nous refusons de devenir des médias de propagande au service d’un pouvoir politique », a déclaré un représentant syndical.

Cette opposition s’inscrit dans un mouvement plus large de contestation. En mars 2026, une manifestation antigouvernementale organisée à Prague avait rassemblé plus de 200 000 personnes, selon les organisateurs. Parmi leurs revendications figuraient notamment l’abandon de cette réforme, perçue comme une attaque contre la liberté de la presse.

RSF alerte sur les risques pour la démocratie tchèque

L’organisation Reporters sans frontières a vivement condamné le projet de loi, le qualifiant d’« absurde » et de « drastique ». Dans un communiqué, RSF a mis en garde contre les conséquences de cette réforme : « Cette loi crée un précédent politique pour de nouvelles ingérences disproportionnées dans le fonctionnement des médias publics tchèques ».

L’ONG a également tiré la sonnette d’alarme sur les implications plus larges pour la démocratie en République tchèque. « Au terme de ce voyage surréaliste, nous avons une indépendance affaiblie de l’audiovisuel public, et c’est une impasse pour la démocratie », a estimé RSF. L’organisation a appelé la Commission européenne à « tout faire en son pouvoir » pour préserver le modèle actuel de financement des médias publics.

Et maintenant ?

Le projet de loi doit encore franchir plusieurs étapes avant d’entrer en vigueur. Après son adoption par le gouvernement, il devra être approuvé par les deux chambres du Parlement tchèque – la Chambre des députés et le Sénat – puis signé par le président avant le 1er janvier 2027, date prévue pour sa mise en application. Si le texte est adopté en l’état, il pourrait redéfinir durablement le paysage médiatique tchèque et son rapport au pouvoir politique.

Cette réforme intervient dans un contexte où les tensions entre le gouvernement et les médias indépendants se sont intensifiées ces derniers mois. Les observateurs s’interrogent désormais sur l’impact que cette loi pourrait avoir sur la qualité de l’information en République tchèque, ainsi que sur la réputation du pays en matière de liberté de la presse.

Le projet de loi concerne exclusivement Czech TV et Czech Radio, les deux principaux médias audiovisuels publics de République tchèque.

Selon le gouvernement, cette réforme vise à « moderniser » le financement des médias publics en s’alignant sur les pratiques de la plupart des pays de l’UE, qui ont déjà abandonné ce système. Le Premier ministre Andrej Babiš a également évoqué un « manque de contrôle » des médias publics.