Depuis plusieurs mois, la commune de Laigneville, située près de Creil dans l'Oise, est le théâtre de rodéos sauvages répétés. Un phénomène qui pousse le maire, Christophe Dietrich, à interpeller publiquement l'État sur son inaction, comme le rapporte Franceinfo - Politique.

Ce qu'il faut retenir

  • Le maire de Laigneville, Christophe Dietrich, dénonce depuis le printemps l'inaction de l'État face aux rodéos sauvages de motocross dans sa commune.
  • Les opérations spectaculaires menées par la gendarmerie, comme l'utilisation d'un hélicoptère et de drones en avril, n'ont pas permis d'endiguer le phénomène.
  • En 2025, la gendarmerie de l'Oise a consacré plus de 1 100 heures à des opérations anti-rodéos, saisissant une soixantaine de véhicules.
  • Le projet de loi RIPOST, présenté par le gouvernement, doit être examiné au Sénat à partir du 18 mai 2026, avec un durcissement des sanctions contre les rodéos sauvages.
  • Un jeune de 21 ans, surnommé « La Salade », explique que cette pratique est devenue une véritable passion, malgré les risques encourus.

Un maire excédé par l'absence de solutions durables

Christophe Dietrich, maire de Laigneville depuis trois mandats, a interpellé le préfet sur les réseaux sociaux au début du printemps. Il dénonce l'absence de mesures concrètes pour mettre fin aux rodéos sauvages qui ravagent les champs de sa commune. « C'est par ici que les motocross passent. Ensuite, ils se retrouvent au stade pour faire des runs, mais ils n'oublient pas de passer devant la mairie en roue arrière, en nous faisant un doigt d'honneur », s'indigne-t-il, selon les propos rapportés par Franceinfo - Politique.

Cette petite commune pavillonnaire de 4 000 habitants, située en périphérie de Creil, fait face à un problème récurrent. Les jeunes de la région profitent des longues lignes droites traversant les champs pour organiser des courses illégales. « Ils disent que ce n'est pas dangereux, mais quand tu perds le contrôle de ta moto, sans casque ni gant, tu risques de te blesser grièvement », explique le maire, qui évoque déjà trois accidents sur une même route, sans qu'aucun ne fasse de victime mortelle.

Des jeunes passionnés, mais conscients des risques

Parmi les participants aux rodéos, un jeune homme de 21 ans, se faisant appeler « La Salade », assume pleinement sa passion. « La motocross, c'est notre drogue », déclare-t-il. « On rêve de ça depuis tout petit, c'est une fierté d'en avoir une. La mienne coûte 5 000 euros », précise-t-il. Ce jeune, qui travaille à la SNCF et vit encore chez ses parents, a économisé pour s'acheter sa moto. Lui et ses amis parcourent 15 km depuis Creil pour se retrouver dans ces zones rurales, où les contrôles policiers sont moins fréquents.

Pour « La Salade », cette pratique est une échappatoire : « C'est mieux que de fumer, de boire. Quand tu es dessus, tu es libre, tu oublies tout ». Cependant, il reconnaît les dangers des courses-poursuites avec la police. « Souvent, ils nous courent après. Tu vois une patrouille avec gyrophare, sirène et appels de phare, tu stresses et tu fais n'importe quoi. Ma dernière course-poursuite m'a conduit à frôler le trottoir », raconte-t-il.

Des agriculteurs exaspérés par les dégradations

Si les jeunes motocyclistes estiment ne pas déranger, les agriculteurs locaux ne partagent pas cet avis. Philippe et son fils exploitent des champs de betteraves à proximité de Laigneville. « Ils se rassemblent avec des camions qui déchargent les motos. Ils font des roues arrière, traversent les champs et détruisent les cultures », explique Philippe. Il évoque des rassemblements pouvant regrouper une trentaine de personnes le week-end, malgré les tentatives des agriculteurs pour les faire dégager. « On essaie de les faire partir, mais ce n'est pas notre boulot », souligne-t-il, résigné. Un témoignage illustre la tension entre les deux parties : il y a trois ans, un agriculteur a poursuivi en voiture des jeunes en motocross dans son champ et en a percuté un. Le lendemain, les motocyclistes sont revenus chez lui pour le menacer physiquement. Depuis, chacun reste à distance : « La gendarmerie avec une patrouille et trois gars dedans n'a pas les moyens d'arrêter 40 personnes qui font des rodéos », constate le fils de Philippe. « Ce sont des gamins qui veulent défier les lois et ceux qui les représentent », ajoute-t-il.

Des opérations policières spectaculaires, mais inefficaces selon les jeunes

Face à la persistance du phénomène, la gendarmerie a mené une opération médiatisée mi-avril 2026. Équipée d'un hélicoptère, de drones et de patrouilles, elle a saisi quatre motos et interpellé un suspect après un refus d'obtempérer. Une démonstration de force que « La Salade » juge disproportionnée : « Un hélicoptère, c'est pour un braquage, une disparition ! Mais pour des motocross ? ». Il estime que ces opérations n'auront aucun impact : « Il y a déjà la police, la fourrière, les amendes, la destruction... Les gens rachètent des motocross. C'est une maladie, on ne peut pas rester sans moto ».

Il revendique malgré tout une certaine éthique : « On sait ce qu'on fait, on ne se met pas en danger, et on ne met pas en danger les autres ». Pourtant, il admet que les accidents sont fréquents : « Il y a eu beaucoup de morts en motocross. Mais malheureusement, ça ne va rien changer ».

Le projet de loi RIPOST : un durcissement attendu

À partir du 18 mai 2026, le Sénat examinera le projet de loi RIPOST du gouvernement, qui prévoit de renforcer les sanctions contre les rodéos sauvages. Ce texte s'inscrit dans une volonté de mieux encadrer ces pratiques dangereuses. Dans l'Oise, la gendarmerie a déjà consacré plus de 1 100 heures en 2025 à des opérations anti-rodéos, saisissant une soixantaine de véhicules. Pourtant, les résultats restent limités.

Le préfet de l'Oise, quant à lui, promet de multiplier les contrôles. Mais pour Christophe Dietrich, maire de Laigneville, cela ne suffit pas : « On a besoin d'une solution durable, pas de simples coups d'éclat », insiste-t-il. À l'inverse, le nouveau maire de Creil, Omar Yaqoob (LFI), propose une solution alternative : la construction d'un terrain dédié aux motocross. « C'est la seule solution pragmatique », écrivait-il dans son programme.

Et maintenant ?

L'examen du projet de loi RIPOST au Sénat, à partir du 18 mai 2026, pourrait marquer un tournant dans la lutte contre les rodéos sauvages. Si le texte est adopté, les sanctions seront renforcées, mais son efficacité dépendra de sa mise en œuvre sur le terrain. Les autorités locales, comme le préfet de l'Oise, devraient maintenir une pression policière accrue. Quant aux solutions structurelles, comme la création de terrains dédiés, elles restent à l'étude, avec des avis partagés entre élus et forces de l'ordre.

Ce débat illustre une fois de plus les tensions entre sécurité publique, liberté individuelle et responsabilité collective. D'ici là, les rodéos sauvages continueront probablement de rythmer le quotidien de communes comme Laigneville.

Le projet de loi RIPOST, qui sera examiné au Sénat à partir du 18 mai 2026, prévoit un durcissement des sanctions contre les rodéos sauvages. Bien que le texte exact ne soit pas détaillé dans cet article, il s'inscrit dans une volonté de mieux encadrer ces pratiques dangereuses et de renforcer les moyens de répression, selon Franceinfo - Politique.