Une nouvelle édition de la marche pro-Palestinienne commémorant la Nakba, organisée samedi 16 mai à Londres, a ravivé les tensions au sein de la communauté juive britannique. Selon Le Monde, cette manifestation, comme les précédentes, divise profondément les juifs du Royaume-Uni. Une partie croissante d’entre eux y voit désormais l’une des causes d’une résurgence des violences antisémites dans un pays pourtant considéré comme historiquement sûr pour cette minorité.

Ce qu'il faut retenir

  • Une marche pro-Palestinienne commémorant la Nakba a eu lieu à Londres samedi 16 mai 2026.
  • Cette manifestation divise la communauté juive britannique, une partie l’associant à une hausse des violences antisémites.
  • Le Royaume-Uni était jusqu’alors perçu comme un pays sûr pour les juifs.
  • Les tensions autour de ce type d’événements s’intensifient depuis plusieurs années.

Le rassemblement du 16 mai, comme ceux organisés les années précédentes, s’est tenu dans un climat particulièrement tendu. Le gouvernement britannique, déjà sous pression pour sa gestion des manifestations liées au conflit israélo-palestinien, a été critiqué pour son manque de fermeté face à ces dérives. Des associations juives ont dénoncé une « banalisation de l’antisémitisme » dans les discours tenus lors de ces événements, notamment à travers des slogans ou des pancartes jugées hostiles. – Certains participants, sans être nécessairement antisémites, contribuent par leur présence à légitimer des discours radicalisés, expliquent des responsables communautaires.

Les autorités policières ont renforcé leur dispositif pour éviter les débordements, mais des incidents ont tout de même été signalés en marge du cortège. Selon des témoignages recueillis par Le Monde, plusieurs participants à la marche auraient proféré des insultes ou des menaces envers des passants identifiés comme juifs. La police métropolitaine de Londres a confirmé avoir enregistré une hausse des signalements liés à des propos antisémites depuis le début du conflit à Gaza en octobre 2023, avec une accélération notable depuis le printemps 2026.

Pour les responsables de la communauté juive britannique, la situation devient de plus en plus préoccupante. Marie van der Zyl, présidente du Board of Deputies of British Jews, a déclaré : «

Nous observons une corrélation inquiétante entre l’intensification des manifestations pro-Palestiniennes et la multiplication des agressions antisémites dans l’espace public. Il ne s’agit plus de débats politiques, mais de violences physiques et verbales qui ciblent nos concitoyens simplement parce qu’ils sont juifs.
» Elle a appelé les autorités à mieux protéger les lieux de culte et les institutions communautaires, évoquant un « sentiment d’insécurité croissant » parmi les 300 000 juifs britanniques.

Cette inquiétude n’est pas partagée par tous au sein de la communauté. Certains mouvements progressistes juifs, comme Jewish Voice for Peace, estiment que la critique de la politique israélienne ne doit pas être confondue avec de l’antisémitisme. « La liberté de manifester ne peut être remise en cause au nom de la lutte contre les discriminations », a souligné un porte-parole de l’association. Cependant, même parmi ces voix, un nombre grandissant reconnaît la nécessité d’éviter les dérives lors des rassemblements.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être déterminantes pour évaluer l’ampleur des tensions. Une nouvelle manifestation pro-Palestinienne est prévue à Londres pour le 23 mai, tandis que des contre-manifestations organisées par des groupes pro-israéliens sont également annoncées. Les autorités britanniques ont promis un déploiement policier renforcé et des poursuites contre les auteurs de propos ou d’actes antisémites. Reste à savoir si ces mesures suffiront à apaiser les craintes de la communauté juive, alors que le conflit au Proche-Orient continue de polariser les débats en Europe.

Le gouvernement britannique, de son côté, a réaffirmé son engagement à lutter contre toutes les formes de racisme, y compris l’antisémitisme. Suella Braverman, ministre de l’Intérieur, a indiqué que des consultations avec les représentants des communautés juives et musulmanes seraient organisées dans les prochains jours. Mais pour beaucoup, ces annonces arrivent trop tard. « On a l’impression que l’État nous a abandonnés », résume un membre d’une synagogue londonienne sous couvert d’anonymat.

La question qui se pose désormais est de savoir si cette dynamique de tension peut être inversée, ou si le Royaume-Uni, berceau historique de la tolérance, est en train de basculer dans une ère de divisions communautaires plus marquées.

La Nakba (« catastrophe » en arabe) fait référence à l’expulsion et au déplacement de centaines de milliers de Palestiniens lors de la création de l’État d’Israël en 1948. Cet événement est commémoré chaque année par une partie de la communauté palestinienne et de ses soutiens, notamment à travers des marches et des rassemblements dans plusieurs pays, dont le Royaume-Uni.