Le ministère britannique de l’Intérieur a interdit à sept personnalités liées à l’extrême droite européenne d’entrer au Royaume-Uni pour participer à un rassemblement organisé par l’activiste Tommy Robinson à Londres ce week-end. Selon Euronews FR, ces personnes ont vu leur autorisation de voyage électronique (ETA) refusée, une procédure en vigueur depuis le début de l’année 2026 permettant aux ressortissants exemptés de visa de se rendre au Royaume-Uni à plusieurs reprises sur deux ans.

La cheffe du Home Office, Shabana Mahmood, a justifié ces refus en invoquant le fait que la présence de ces individus n’était pas « propice au bien public ». Parmi les personnes concernées figurent des influenceurs et élus européens, dont l’eurodéputé polonais Dominik Tarczyński, la Néerlandaise Eva Vlaardingerbroek, l’Espagnole Ada Lluch, ainsi que le député flamand Filip Dewinter. Plusieurs d’entre eux devaient s’exprimer lors de la marche « Unite the Kingdom », un événement dont la police métropolitaine attend jusqu’à 100 000 participants, dans un contexte déjà tendu par d’autres rassemblements et la finale de la Coupe d’Angleterre.

Ce qu’il faut retenir

  • Sept personnalités interdites d’entrée pour « atteinte au bien public », selon la ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood.
  • Le refus porte sur des figures de l’extrême droite européenne, dont Dominik Tarczyński (Pologne), Eva Vlaardingerbroek (Pays-Bas), Ada Lluch (Espagne) et Filip Dewinter (Belgique).
  • Le ministère de l’Intérieur britannique invoque un système d’autorisation de voyage électronique (ETA) mis en place en 2026 pour justifier ces refus.
  • La police métropolitaine craint des débordements lors de l’événement, qui coïncide avec une manifestation pro-palestinienne et la finale de la Coupe d’Angleterre.
  • Le Premier ministre Keir Starmer a rappelé que son gouvernement ne tolérerait pas l’incitation à la violence, malgré les critiques sur la liberté d’expression.

Un rassemblement sous haute surveillance policière

Le événement « Unite the Kingdom », organisé par Tommy Robinson – de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon, figure controversée condamnée à plusieurs reprises pour ses propos – se déroule ce samedi 17 mai à Londres. Selon la police métropolitaine, cette édition s’annonce comme « l’une des journées les plus chargées pour le maintien de l’ordre ces dernières années », en raison de la concomitance avec d’autres rassemblements, dont une manifestation de solidarité avec le jour de la Nakba palestinienne et la finale de la Coupe d’Angleterre au stade de Wembley.

L’année dernière, le même événement avait attiré plus de 100 000 personnes, mais aussi donné lieu à 25 arrestations et une vingtaine de blessés parmi les forces de l’ordre. Pour éviter de nouveaux incidents, les organisateurs ont été prévenus qu’ils seraient tenus responsables en cas de propos haineux tenus par des orateurs. Plusieurs personnalités américaines, dont l’influenceuse Valentina Gomez, ont également été refusées à l’entrée du pays.

Des figures de l’extrême droite visées par l’interdiction

Parmi les sept personnalités interdites, l’eurodéputé polonais Dominik Tarczyński, membre du groupe Conservateurs et Réformistes européens, a réagi en annonçant son intention de poursuivre Keir Starmer en justice « personnellement » si l’occasion se présente. Connu pour ses positions anti-immigration radicales, il a déjà déclaré en 2019 : « Pour moi, la société multiculturelle n’est pas une valeur. La culture chrétienne, le droit romain, les philosophes grecs sont des vertus pour nous. »

L’Espagnole Ada Lluch, 26 ans, activiste et influenceuse, a quant à elle défendu sur X (ex-Twitter) l’idée de « remigration », un concept prônant l’expulsion massive des immigrés et de leurs descendants. Elle a écrit : « La solution est évidente : NOUS VOULONS LA REMIGRATION. ET NOUS LA VOULONS MAINTENANT ! ». Ce terme, popularisé par l’extrême droite européenne, est souvent associé à la théorie complotiste du « grand remplacement », selon laquelle les populations européennes seraient menacées par un remplacement démographique.

La Néerlandaise Eva Vlaardingerbroek, 26 ans, a elle aussi relayé ce discours. En janvier 2026, elle avait déjà accusé Keir Starmer de permettre « le viol et le meurtre continus de jeunes filles britanniques par des gangs de viols immigrés », avant de se voir retirer son ETA. Elle avait alors déclaré : « Ils exigent le sacrifice de nos enfants sur l’autel de la migration de masse. Ne tournons pas autour du pot : il s’agit du viol, du remplacement et du meurtre de notre peuple… La remigration est possible, et c’est à nous de faire en sorte qu’elle se produise. »

Le député flamand Filip Dewinter, connu pour ses positions nationalistes, avait déclenché une polémique en 2015 en partageant un message sur X avec le hashtag « Je suis raciste et fier de l’être ». Il avait depuis supprimé le post. Aux Pays-Bas, Vlaardingerbroek et Dewinter sont des figures montantes de l’extrême droite, souvent invitées dans des médias internationaux pour défendre des thèses anti-immigration.

Un débat sur la liberté d’expression et les pouvoirs du gouvernement

La décision du gouvernement britannique a suscité des réactions vives, certains y voyant une atteinte à la liberté d’expression. Keir Starmer a cependant rappelé dans un discours du 11 mai que son gouvernement ne permettrait pas à des individus de « menacer nos communautés et de répandre la haine dans nos rues ». Dans un communiqué publié le 15 mai, il a précisé que Londres n’interdirait pas les manifestations pacifiques, mais qu’il « interdirait à ceux qui viennent au Royaume-Uni d’attiser la violence ».

Tommy Robinson, organisateur du rassemblement, a dénoncé sur X une interdiction « massive » des Américains, tout en critiquant la politique migratoire de Starmer, qu’il accuse de favoriser l’arrivée de « milliers d’envahisseurs » logés dans des hôtels. Robinson, lui-même condamné à plusieurs reprises pour ses propos et ses agissements, a également relayé de fausses informations, comme celle selon laquelle l’auteur de l’attentat de Southport en juillet 2024 serait un demandeur d’asile musulman. En réalité, l’auteur était un Britannique de 17 ans, né à Cardiff de parents rwandais, et sans lien connu avec l’islam. Ces fausses allégations avaient contribué à attiser des émeutes en Angleterre.

Pour rappel, le gouvernement britannique dispose de pouvoirs étendus pour refuser l’entrée sur son territoire, notamment au nom de la sécurité nationale ou de l’ordre public. La loi de 1986 sur l’ordre public et celle de 2006 sur la haine raciale et religieuse criminalisent les discours incitant à la haine. Pourtant, l’article 10 de la loi sur les droits de l’homme de 1998 protège la liberté d’expression, tout en permettant des restrictions pour prévenir la criminalité ou protéger la sécurité nationale.

Un contexte migratoire en mutation

Cette interdiction survient dans un contexte où le gouvernement travailliste de Keir Starmer, au pouvoir depuis juillet 2024, affiche une politique migratoire restrictive. Selon l’Office des statistiques nationales (ONS), l’immigration nette au Royaume-Uni a chuté de plus de deux tiers en un an, passant de 944 000 à 204 000 entre l’année se terminant en mars 2023 et celle achevée en juin 2025. Cette baisse s’explique principalement par la réduction des arrivées pour travail et études.

Une étude de l’Observatoire des migrations de l’Université d’Oxford, publiée en 2025, souligne cependant la difficulté à comparer les taux de condamnation entre Britanniques et non-Britanniques, faute de données fiables sur la taille des populations. Les statistiques disponibles révèlent toutefois que les jeunes adultes sont plus susceptibles de commettre des délits, quelle que soit leur nationalité, et que les non-Britanniques sont surreprésentés parmi les auteurs de délits liés à la drogue, mais sous-représentés pour les vols ou les violences physiques.

Et maintenant ?

La police métropolitaine a indiqué qu’elle mobiliserait des ressources importantes pour encadrer l’événement de ce samedi, en coordination avec les forces de l’ordre locales. Les organisateurs du rassemblement « Unite the Kingdom » ont été mis en garde contre toute diffusion de propos haineux, sous peine de sanctions. La question de la liberté d’expression pourrait continuer à alimenter les débats, alors que le gouvernement Starmer maintient une ligne ferme sur l’immigration et l’ordre public. Dans les prochaines semaines, des recours juridiques pourraient être déposés par les personnalités interdites, notamment par Dominik Tarczyński, qui a annoncé vouloir poursuivre Keir Starmer.

Reste à voir si ces interdictions marqueront un tournant dans la gestion des figures de l’extrême droite par Londres, ou si elles seront perçues comme une mesure isolée dans un contexte politique déjà très polarisé.

L’ETA est un système mis en place au début de l’année 2026 par le Royaume-Uni, permettant aux ressortissants exemptés de visa de se rendre au pays à plusieurs reprises sur deux ans. Selon le ministère de l’Intérieur, son refus pour sept personnalités liées à l’extrême droite s’explique par le fait que leur présence n’était pas « propice au bien public ». Le gouvernement n’a pas détaillé les motifs précis, mais cette décision s’inscrit dans une politique plus large de restriction de l’entrée des individus jugés dangereux ou incitateurs à la haine.

Non, le terme lui-même n’est pas illégal, mais son usage peut être sanctionné s’il est associé à des discours incitant à la haine ou à la discrimination. Selon des experts et des organisations comme le Global Project Against Hate and Extremism, la « remigration » est souvent présentée comme un concept suprématiste blanc appelant à l’expulsion forcée d’immigrés et de leurs descendants. En droit britannique, la diffusion de tels discours peut tomber sous le coup de la loi de 2006 sur la haine raciale et religieuse, notamment s’ils sont jugés menaçants ou haineux.