À compter de ce dimanche 11 mai 2026, les citoyens russes et saoudiens bénéficient d’un régime d’exemption de visa pour des séjours touristiques de jusqu’à quatre-vingt-dix jours par an dans le pays partenaire. Une mesure saluée par la presse russe comme un geste diplomatique significatif, alors que Moscou cherche à renforcer ses liens avec les pays du Golfe depuis le début de la guerre en Ukraine. Selon Courrier International, qui s’appuie sur les annonces du quotidien russe Kommersant et du ministère des Affaires étrangères à Moscou, ce dispositif exclut explicitement les séjours liés au travail, aux études ou à la résidence permanente.
Ce qu'il faut retenir
- Entrée en vigueur le 11 mai 2026 : les Russes et les Saoudiens peuvent désormais voyager sans visa pour des séjours touristiques de jusqu’à 90 jours par an.
- Cette exemption ne concerne ni le travail, ni les études, ni l’installation permanente dans l’un ou l’autre pays.
- Hausse de 33 % du nombre de touristes saoudiens en Russie entre 2024 et 2025, avec un objectif de 200 000 visiteurs saoudiens en 2026.
- Pas de vols directs entre la Russie et l’Arabie saoudite, ce qui pourrait limiter l’attractivité pratique de cette mesure.
- Des accords similaires sont attendus avec le Koweït, Bahreïn et la Malaisie dans les prochains mois.
- Les Russes peuvent déjà voyager sans visa dans 86 pays, dont le Qatar, les Émirats arabes unis et Oman.
Cette libéralisation des échanges s’inscrit dans un contexte de renforcement des relations entre Moscou et les monarchies du Golfe. Comme le rapporte Courrier International, elle intervient à la veille de l’ouverture du sommet Russie-monde islamique à Kazan, capitale du Tatarstan, prévu dans les prochains jours. Les observateurs soulignent que cette mesure s’ajoute à d’autres initiatives récentes, comme la possible libéralisation des échanges commerciaux entre la Russie et les Émirats arabes unis, évoquée il y a quelques semaines par le quotidien russe Vedomosti.
Les données officielles russes, relayées par l’agence Interfax et le ministère du Développement économique, confirment une progression notable du tourisme en provenance d’Arabie saoudite. Entre 2024 et 2025, le nombre de visiteurs saoudiens en Russie a augmenté de 33 %. Les autorités russes tablent sur un record de 200 000 touristes saoudiens en 2026, année qui marque également le centenaire des relations diplomatiques entre Moscou et Riyad. « Des accords similaires seront bientôt passés avec le Koweït, Bahreïn et la Malaisie », précise le ministère.
Côté russe, l’exemption de visa avec l’Arabie saoudite est présentée comme une avancée majeure, même si certains médias tempèrent l’enthousiasme. Le tabloïd Komsomolskaïa Pravda, par exemple, rappelle que l’Arabie saoudite reste une destination coûteuse, où l’alcool est interdit et où des amendes peuvent être infligées pour comportement inapproprié ou tenue vestimentaire jugée indécente. « Il est peu probable que le pays devienne une destination touristique de masse pour les Russes », estime le journal. Quant au média en exil Meduza, il avance un argument plus pragmatique : « Il n’y a quasiment pas de vols directs entre la Russie et l’Arabie saoudite à cause de la guerre au Moyen-Orient. »
Le rapprochement entre Moscou et Riyad s’inscrit dans une dynamique plus large de diversification des partenariats de la Russie, isolée par les sanctions occidentales depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022. La rencontre entre le président russe, Vladimir Poutine, et le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, lors d’un sommet officiel à Riyad le 6 décembre 2023 — photo diffusée par l’agence de presse saoudienne SPA et reprise par AFP — avait déjà symbolisé cette volonté de coopération renforcée. Depuis, les échanges économiques et diplomatiques entre les deux pays se sont multipliés, malgré les divergences persistantes sur certains dossiers géopolitiques.
Un tourisme limité par des contraintes pratiques et culturelles
Si l’exemption de visa ouvre de nouvelles perspectives pour les voyageurs des deux pays, plusieurs obstacles pourraient freiner son impact réel. D’abord, le coût élevé des séjours en Arabie saoudite, souvent perçue comme une destination haut de gamme, reste un frein pour une partie de la population russe. Les médias locaux rappellent que les dépenses sur place peuvent rapidement devenir importantes, entre hébergement dans des hôtels de luxe, visites guidées ou activités récréatives.
Ensuite, les règles locales en matière de mœurs et de consommation d’alcool pourraient décourager certains touristes russes habitués à une plus grande liberté. L’Arabie saoudite applique une interprétation stricte de la charia, avec des restrictions vestimentaires pour les femmes (port obligatoire de l’abaya dans certains lieux publics) et une interdiction totale de l’alcool. Les amendes pour non-respect de ces règles, bien que rarement appliquées aux touristes, restent un sujet de préoccupation pour les voyageurs potentiels.
Enfin, l’absence de vols directs entre les deux pays complique considérablement l’organisation des voyages. Les passagers russes doivent généralement transiter par des hubs européens ou turcs, ce qui allonge la durée des trajets et augmente les coûts. Meduza souligne que cette situation pourrait limiter l’afflux de touristes, malgré l’assouplissement des formalités administratives.
Un calendrier diplomatique chargé pour 2026
L’année 2026 s’annonce particulièrement dense pour les relations entre la Russie et le monde arabo-musulman. Outre l’objectif de 200 000 touristes saoudiens en Russie, Moscou espère finaliser plusieurs accords commerciaux avec d’autres pays de la région. Vedomosti évoque notamment des discussions avancées avec les Émirats arabes unis, tandis que des pourparlers seraient en cours avec le Koweït et Bahreïn. Ces négociations pourraient aboutir à des exemptions de visa similaires d’ici la fin de l’année.
Le sommet Russie-monde islamique, qui s’ouvre à Kazan dans les prochains jours, devrait servir de cadre à de nouvelles annonces. Cet événement rassemble des représentants de plus de quarante pays majoritairement musulmans, offrant à Moscou une tribune pour présenter son soft power alternatif, loin des sphères occidentales. Les observateurs s’attendent à ce que la question du tourisme figure en bonne place à l’ordre du jour, alors que la Russie cherche à diversifier ses sources de revenus dans un contexte de récession économique partielle.
Alors que la Russie continue de subir les effets des sanctions occidentales, ce rapprochement avec l’Arabie saoudite et d’autres pays du Golfe s’impose comme une stratégie de contournement. Pour les touristes russes, cette mesure offre de nouvelles destinations, même si son attractivité réelle dépendra largement de facteurs externes, bien au-delà des simples formalités administratives.
Selon Komsomolskaïa Pravda, les citoyens russes peuvent voyager sans visa dans 86 pays en 2026, dont le Qatar, les Émirats arabes unis, Oman, la Turquie et désormais l’Arabie saoudite.
Non. Le régime d’exemption de visa entre la Russie et l’Arabie saoudite ne concerne que les séjours touristiques de moins de 90 jours. Les voyages liés au travail, aux études ou à la résidence permanente restent soumis à des démarches administratives spécifiques.