La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a infligé en 2025 un montant record de **202 millions d’euros** de sanctions à près de 58 000 établissements et sites internet contrôlés, selon BFM Business. Ce chiffre représente plus du double des amendes enregistrées deux ans plus tôt (81 millions en 2023), alors que le nombre de contrôles a pourtant diminué de 14 %. Une performance qui s’explique par une stratégie de ciblage accru des manquements graves, notamment dans les secteurs du numérique et de la rénovation énergétique.

Ce qu'il faut retenir

  • 202 millions d’euros d’amendes et transactions en 2025, soit une multiplication par 2,5 par rapport à 2023 (81 millions)
  • 58 000 établissements et sites contrôlés, en baisse de 14 % sur deux ans, mais avec un taux de suites correctives ou répressives passant de 21 % à 26 %
  • Shein épinglé à hauteur de 41 millions d’euros en 2025 pour pratiques commerciales trompeuses, puis à nouveau sanctionné à 22 millions en mai 2026
  • Taxe sur les petits colis chinois : 2,3 millions d’euros de recettes mensuelles depuis mars 2026, loin des prévisions, avant l’entrée en vigueur d’un droit de douane européen en juillet
  • 11 millions d’euros d’amendes infligées aux opérateurs de démarchage téléphonique en 2025, un secteur en passe d’être renforcé en août

Des contrôles moins nombreux, mais plus ciblés et répressifs

Malgré une réduction de 14 % du nombre d’établissements et de sites internet contrôlés entre 2023 et 2025, la DGCCRF a significativement augmenté le montant des sanctions. En effet, le taux de suites correctives ou répressives (injonctions, réquisitions ou amendes) est passé de 21 % à 26 % sur la période, selon le bilan annuel publié le 10 juin 2026. « L’enjeu, c’est d’arriver à concentrer nos moyens là où c’est important et là où on peut avoir des résultats pour les entreprises et pour les consommateurs », a déclaré Sarah Lacoche, directrice générale de la DGCCRF, lors d’une conférence de presse.

Cette stratégie, qualifiée d’« assumée » par la DGCCRF, vise à privilégier des enquêtes approfondies sur des sujets complexes, comme les réseaux « crapuleux » opérant dans la rénovation énergétique. « Nous misons sur des suites correctives et répressives plus élevées », a précisé Sarah Lacoche. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a salué cette approche, y voyant « une rigueur et une performance dans le ciblage face aux manquements graves », indispensable en période de crise.

Shein, géant du e-commerce, en première ligne des sanctions

Parmi les affaires marquantes de l’année 2025, la DGCCRF a infligé à Shein une amende de **41 millions d’euros** pour pratiques commerciales trompeuses. En mai 2026, la plateforme chinoise a de nouveau été sanctionnée, cette fois à hauteur de **22 millions d’euros**, pour non-respect des dispositions du code de la consommation. Ces deux décisions illustrent la vigilance accrue de l’autorité française face aux géants du e-commerce, notamment ceux basés à l’étranger, dont les méthodes commerciales sont régulièrement pointées du doigt.

Shein, tout comme AliExpress ou Temu, est également concerné par la **taxe de deux euros sur les petits colis** en provenance de Chine, entrée en vigueur le 1er mars 2026. Pourtant, les recettes générées (2,3 millions d’euros par mois) restent bien en deçà des prévisions initiales, a indiqué mi-mai le directeur général des Douanes, évoquant une « situation transitoire ». La donne devrait bientôt changer : dès juillet 2026, un **droit de douane européen de 3 euros par article commandé** sera instauré, suivi, au plus tard en novembre, de frais de traitement sur les petits colis importés dans l’Union européenne.

Démarchage téléphonique et influenceurs : des secteurs sous haute surveillance

Le démarchage téléphonique abusif n’est pas en reste. En 2025, la DGCCRF a notifié **plus de 11 millions d’euros d’amendes** aux opérateurs enfreignant la réglementation, un secteur qui devrait être renforcé dès août 2026. Par ailleurs, **280 influenceurs** ont été contrôlés l’an dernier, avec des suites correctives ou répressives pour **46 % d’entre eux**, selon Sarah Lacoche. Ces chiffres reflètent une volonté de mieux encadrer un secteur en pleine expansion, où les pratiques trompeuses peuvent avoir un impact direct sur les consommateurs.

Côté consommateurs, la DGCCRF se félicite de l’utilisation croissante de sa plateforme **SignalConso**, qui a enregistré plus de deux millions de signalements depuis son lancement en 2020. Les principaux motifs de réclamation concernent les achats en ligne et le démarchage téléphonique, deux domaines où les fraudes restent fréquentes.

L’intelligence artificielle et le numérique, prochains défis de la DGCCRF

Face à l’essor du numérique et à l’intelligence artificielle, la DGCCRF doit adapter son organisation. « Nous devons ajuster notre structure et continuer à muscler notre expertise dans le numérique », a souligné Sarah Lacoche. Cette adaptation est d’autant plus cruciale que les pratiques commerciales évoluent rapidement, avec l’émergence de nouveaux acteurs et de nouvelles techniques de vente, parfois difficiles à encadrer.

Et maintenant ?

Avec l’entrée en vigueur progressive des nouvelles mesures européennes sur les droits de douane et les frais de traitement des petits colis, la DGCCRF devrait maintenir une pression accrue sur les plateformes étrangères. Les prochains mois seront également marqués par le renforcement des règles sur le démarchage téléphonique, prévu pour août 2026. Enfin, l’autorité devra faire face à l’évolution constante des pratiques commerciales, notamment avec l’intelligence artificielle, qui pourrait compliquer encore davantage la détection des fraudes.

Reste à voir si ces mesures suffiront à endiguer les abus, alors que les consommateurs continuent de signaler massivement leurs difficultés via SignalConso. Une chose est sûre : dans un contexte économique tendu, la rigueur de la DGCCRF pourrait bien devenir un rempart essentiel contre les pratiques déloyales.

La DGCCRF a recentré ses contrôles sur des manquements plus graves et complexes, notamment dans les secteurs du numérique et de la rénovation énergétique. Plutôt que de multiplier les inspections, elle a privilégié des enquêtes approfondies, ce qui a permis d’augmenter le taux de suites répressives et le montant des amendes, malgré une baisse du nombre de contrôles.