Quatre ans après le vol de plusieurs millions de dollars en liquide dissimulés dans un canapé de sa propriété privée, le président sud-africain Cyril Ramaphosa pourrait à nouveau être menacé d’une procédure de destitution. Selon Le Figaro, la justice sud-africaine a rendu vendredi 2 mai 2026 une décision susceptible de relancer ce dossier politique, même si le parquet avait abandonné en 2024 les poursuites pour blanchiment et corruption initialement engagées contre le chef de l’État.
Ce qu'il faut retenir
- En février 2020, un cambriolage a visé la propriété de Cyril Ramaphosa à Phala Phala, dans le nord-est du pays, entraînant le vol de « plus de quatre millions de dollars » en liquide, selon la plainte déposée en 2022.
- L’argent, issu de la vente de 20 buffles à un homme d’affaires soudanais, aurait été dissimulé dans un canapé par un employé, avant d’être dérobé par des cambrioleurs vraisemblablement complices de ce dernier.
- Un rapport parlementaire avait conclu en 2024 que le président avait commis des « violations et fautes » dans la gestion de cette affaire, notamment en n’informant ni la police ni les autorités fiscales.
- Le parquet sud-africain a finalement abandonné les poursuites en 2024, mais la décision de justice rendue vendredi pourrait relancer la procédure de destitution au Parlement.
- Arthur Fraser, ancien directeur des services de renseignement et opposant notoire à Ramaphosa, avait déposé plainte en 2022, accusant le président d’avoir organisé la traque et la « séquestration » des voleurs.
Un scandale aux racines politiques
Cyril Ramaphosa, homme d’affaires devenu président en 2018, possède un vaste domaine nommé Phala Phala, situé dans la province du Limpopo. Ce site, qui abrite une maison de maître, un élevage de bétail et une réserve de gibier, a été le théâtre d’un cambriolage en février 2020. À l’époque, le président se trouvait à l’étranger. Des intrus, probablement en complicité avec un employé de maison, ont dérobé des liasses de dollars cachées sous les coussins d’un canapé. Aucune plainte n’a été déposée auprès de la police à l’époque, mais Ramaphosa affirme avoir informé les services de protection présidentielle, comme il l’a expliqué dans une déclaration officielle soumise à la commission parlementaire chargée de l’enquête.
L’affaire est restée confidentielle pendant plus de deux ans, jusqu’à ce qu’Arthur Fraser, ancien patron du renseignement et figure de l’opposition, dépose une plainte en juin 2022. Cette plainte a déclenché un scandale politique majeur, d’autant qu’elle a été déposée six mois seulement avant une réunion cruciale de l’ANC, le parti au pouvoir, qui devait décider de la reconduction de Ramaphosa à la tête du parti — et potentiellement du pays.
Une explication controversée de l’origine des fonds
Dans sa défense, Cyril Ramaphosa n’a jamais nié détenir des sommes importantes en liquide chez lui. Il a expliqué que cet argent provenait de la vente de 20 buffles à un homme d’affaires soudanais, Hazim Mustafa. Selon le président, la transaction s’est déroulée en décembre 2019 : « Un homme d’affaires soudanais est venu à la ferme. Il a choisi les buffles qui lui plaisaient et payé en liquide », a-t-il déclaré. Le montant de la vente s’élèverait à 580 000 dollars, selon les propos du chef de l’État.
Cependant, le rapport parlementaire de 2024 a souligné des incohérences dans cette version. « Il est difficile d’admettre qu’un étranger transportant 580 000 dollars vienne par hasard à Noël », peut-on lire dans le document. De plus, le fait que cette somme ait été conservée pendant des mois dans un canapé, plutôt que déposée à la banque, a été qualifié d’« élément troublant ». L’employé chargé de la vente aurait justifié ce choix par des craintes liées à l’accès au coffre-fort, accessible à plusieurs salariés.
Hazim Mustafa, contacté par plusieurs médias britanniques après les révélations, a confirmé l’existence de la transaction et son montant. Il a également indiqué ne pas avoir réalisé être en affaire avec le président sud-africain, précisant qu’il était prêt à « aider la justice » si nécessaire.
Des accusations de dissimulation et de traque des voleurs
La plainte d’Arthur Fraser va bien au-delà du simple cambriolage. Elle accuse Cyril Ramaphosa d’avoir dissimulé le crime aux autorités policières et fiscales, puis d’avoir organisé, via son service de protection présidentielle, la traque des voleurs et leur « séquestration » pour acheter leur silence. « Le président a dissimulé le crime à la police et aux impôts », a affirmé Fraser dans sa plainte. Ramaphosa a catégoriquement nié ces allégations, déclarant : « Je n’ai jamais traqué les voleurs. Je n’ai jamais séquestré qui que ce soit. »
Le rapport parlementaire de 2024, bien que ne concluant pas à une culpabilité pénale, a pointé des « violations et fautes » de la part du président. Il a notamment souligné l’absence de plainte déposée auprès des autorités compétentes et la gestion opaque des fonds. Ces éléments ont nourri les critiques de l’opposition, qui a multiplié les motions de censure contre Ramaphosa. Un petit parti, le Mouvement pour la transformation de l’Afrique (ATM), avait même déposé une motion en ce sens en 2022.
Une décision de justice aux implications politiques majeures
Vendredi 2 mai 2026, la justice sud-africaine a rendu une décision qui pourrait relancer le processus de destitution contre Cyril Ramaphosa. Bien que le parquet ait abandonné en 2024 les poursuites pour blanchiment et corruption, le rejet par l’Assemblée nationale, la veille, du rapport parlementaire invalidant les accusations a ouvert une nouvelle voie. « Le président a pu commettre (...) des violations et des fautes », avait conclu le rapport, dont les conclusions ont finalement été rejetées par les députés.
Cette décision intervient dans un contexte politique déjà tendu pour Ramaphosa. L’ANC, affaibli par des divisions internes et des affaires de corruption, traverse une période de grande fragilité. La reconduction du président à la tête du parti en 2022 avait été acquise de justesse, et le scandale Phala Phala avait failli coûter sa place. Quatre ans plus tard, ce dossier resurgit alors que l’ANC doit faire face à des élections générales en 2029 dans un paysage politique profondément transformé.
Reste à savoir si cette affaire influencera la popularité de Ramaphosa auprès de la population sud-africaine. Selon les derniers sondages, sa cote de confiance reste faible, mais la population est davantage préoccupée par les problèmes économiques et sociaux que par les querelles politiques internes à l’ANC.
Le parquet sud-africain a abandonné les poursuites pour blanchiment et corruption en 2024, faute de preuves suffisantes. Dans un communiqué, les procureurs ont indiqué que « les éléments recueillis ne permettaient pas d’établir une intention criminelle claire » de la part du président. Ils ont également souligné que les fonds, bien que gérés de manière opaque, pouvaient provenir de transactions légales.
Pour qu’une destitution soit engagée, une motion doit être adoptée à la majorité des deux tiers par l’Assemblée nationale. Étant donné que l’ANC ne dispose plus de cette majorité absolue, l’opposition devrait obtenir le soutien d’une partie des députés du parti au pouvoir. Une telle procédure prendrait plusieurs mois, avec des débats parlementaires et des auditions publiques.