En Birmanie, la junte militaire au pouvoir a décidé d’interdire la vente et la distribution des protections hygiéniques sur l’ensemble du territoire. Officiellement, cette mesure serait justifiée par le risque que ces produits soient utilisés pour soigner les blessures des combattants rebelles. Une justification qui, selon plusieurs observateurs, masque en réalité une volonté de sanctionner les femmes ayant rejoint les rangs de la résistance après le coup d’État de février 2021. Cette décision, rapportée par France 24, s’inscrit dans une série de restrictions imposées par les autorités militaires depuis le renversement du gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi.

Ce qu'il faut retenir

  • La junte birmane a officiellement interdit les protections hygiéniques « pour éviter qu’elles ne servent à soigner les blessés rebelles »
  • Cette mesure vise en réalité les femmes ayant rejoint la résistance après le coup d’État de 2021, selon la consultante Henriette Ceyrac
  • Le coup d’État du 1er février 2021 a renversé le gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi
  • Depuis cette date, la Birmanie est plongée dans une crise politique et humanitaire, avec des violences persistantes entre l’armée et les groupes armés

Selon Henriette Ceyrac, consultante en santé menstruelle et spécialiste des enjeux de genre en Asie du Sud-Est, cette interdiction relève d’une stratégie délibérée. « La junte cherche à punir les femmes qui ont participé à la résistance après le putsch de 2021 », a-t-elle déclaré à France 24. « En ciblant les protections hygiéniques, elle frappe un symbole fort, car ces produits sont essentiels à la dignité et à la santé des femmes, surtout dans un contexte de crise humanitaire. » Côté militaire, les autorités justifient cette décision par des « soupçons d’utilisation détournée » des serviettes hygiéniques pour panser des blessures.

Cette mesure s’ajoute à une longue liste de restrictions imposées depuis le coup d’État. Depuis cinq ans, la junte a multiplié les arrestations arbitraires, les violences contre les civils et les coupures d’accès à Internet dans les zones sous contrôle rebelle. Les Nations unies estiment que plus de 4 000 personnes ont été tuées depuis février 2021, tandis que des milliers d’autres ont fui le pays pour échapper aux persécutions. Les femmes, en particulier, sont devenues des cibles privilégiées des militaires, accusées de soutenir les groupes armés par leur simple participation à des manifestations ou à des réseaux de solidarité.

Les répercussions de cette interdiction dépassent le cadre symbolique. Dans un pays où l’accès aux soins est déjà limité par les combats, la pénurie de protections hygiéniques aggrave les conditions de vie des femmes birmanes. « Cette décision va entraîner une hausse des infections urinaires et gynécologiques, car les femmes seront contraintes d’utiliser des méthodes de fortune, souvent inefficaces et dangereuses », a expliqué Henriette Ceyrac. Les associations locales, déjà sous surveillance, peinent à distribuer des produits de première nécessité, leurs entrepôts étant régulièrement perquisitionnés par l’armée.

Et maintenant ?

Cette interdiction pourrait être étendue à d’autres produits de première nécessité si la junte maintient sa stratégie de pression sur les civils. Les prochaines semaines seront cruciales : plusieurs ONG internationales ont déjà appelé à une mobilisation urgente pour contourner l’embargo, tandis que le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir en juin 2026 pour évaluer l’évolution de la crise. Reste à voir si la communauté internationale parviendra à faire pression sur les autorités militaires, alors que les sanctions économiques déjà en place n’ont, jusqu’à présent, eu qu’un impact limité.

Pour les femmes birmanes, la situation reste donc extrêmement précaire. Entre la répression politique et les restrictions sanitaires, leur quotidien est marqué par une précarité croissante. La junte, de son côté, semble déterminée à maintenir sa politique de « terreur administrative », quitte à sacrifier les besoins les plus basiques de la population. Une stratégie qui, si elle se poursuit, pourrait encore aggraver la crise humanitaire en Birmanie.

Officiellement, les autorités affirment que ces produits pourraient être détournés pour soigner les blessés rebelles. Mais selon Henriette Ceyrac, cette interdiction vise surtout à punir les femmes ayant rejoint la résistance après le coup d’État de 2021, en les privant d’un produit essentiel à leur dignité et à leur santé.