Selon Le Monde, l’indice synthétique de fécondité du Sri Lanka a chuté à 1,3 enfant par femme en 2024, un niveau parmi les plus bas d’Asie. Ce chiffre, très en deçà du seuil de renouvellement des générations (fixé à 2,1), illustre l’ampleur de la crise démographique que traverse l’île de l’océan Indien, fragilisée depuis 2022 par une violente crise économique. Autant dire que le pays fait face à un défi structurel majeur pour son avenir.

Ce qu'il faut retenir

  • L’indice de fécondité sri-lankais atteint 1,3 en 2024, contre 1,8 en 2020 et 2,0 en 2015.
  • Ce taux est inférieur au seuil de renouvellement des générations (2,1), selon les standards démographiques internationaux.
  • La crise économique de 2022 a aggravé la baisse de la natalité, déjà en ralentissement depuis plusieurs années.
  • Le Sri Lanka enregistre désormais l’un des taux de fécondité les plus faibles d’Asie, derrière la Corée du Sud ou le Japon.

Une chute démographique accélérée depuis la crise de 2022

La baisse de la natalité au Sri Lanka s’inscrit dans un contexte de crise multidimensionnelle. En 2022, le pays a connu une inflation record, dépassant les 70 %, une pénurie généralisée de carburants, de médicaments et de denrées alimentaires, ainsi qu’une dépréciation brutale de sa monnaie, la roupie sri-lankaise. Ces difficultés ont poussé de nombreux ménages à reporter ou renoncer à fonder une famille, faute de stabilité économique.

D’après les données officielles, le taux de fécondité est passé de 2,0 enfants par femme en 2015 à 1,3 en 2024, soit une chute de 35 % en moins de dix ans. « La crise a eu un impact immédiat sur les décisions de procréation », explique un démographe interrogé par Le Monde. « Les familles priorisent désormais la survie quotidienne plutôt que les projets de long terme. »

Un vieillissement accéléré de la population

Avec un taux de fécondité aussi bas, le Sri Lanka s’oriente vers un vieillissement rapide de sa population. Selon les projections démographiques, la part des plus de 65 ans pourrait représenter 20 % de la population d’ici 2035, contre 12 % aujourd’hui. Cette transition démographique pose des défis majeurs pour le système de protection sociale et la croissance économique.

Les autorités sri-lankaises commencent à s’inquiéter des conséquences. « Nous devons anticiper les besoins futurs en matière de retraites et de santé », a déclaré un responsable du ministère des Finances à Le Monde. « Sans une reprise durable de la natalité, le pays pourrait entrer dans un cercle vicieux de déclin économique. »

Et maintenant ?

Pour inverser la tendance, le gouvernement pourrait mettre en place des mesures incitatives, comme des allocations familiales élargies ou des aides au logement. Cependant, la situation budgétaire reste très contrainte après des années de crise, et les marges de manœuvre sont limitées. Les prochaines élections, prévues en 2026, pourraient relancer le débat sur ces questions.

Comparaison régionale : le Sri Lanka parmi les taux les plus bas d’Asie

Avec un indice de fécondité de 1,3, le Sri Lanka se classe désormais parmi les pays asiatiques les plus touchés par la baisse de la natalité. Il devance légèrement la Corée du Sud, qui affiche un taux de 0,78 en 2024, mais reste loin derrière des pays comme l’Inde (2,0) ou l’Indonésie (2,3).

Cette dynamique s’explique en partie par l’urbanisation croissante et l’accès des femmes à l’éducation et au marché du travail. « Les femmes sri-lankaises ont aujourd’hui plus d’opportunités que par le passé, ce qui retarde souvent l’âge du premier enfant », souligne une chercheuse en démographie. « Mais la crise économique a amplifié ces tendances. »

Un taux de fécondité inférieur au seuil de renouvellement entraîne un vieillissement de la population, une réduction de la main-d’œuvre disponible et une pression accrue sur les systèmes de retraite et de santé. À long terme, cela peut freiner la croissance économique et alourdir le fardeau fiscal des actifs.

Si le Sri Lanka parvient à stabiliser sa situation économique dans les prochaines années, une légère remontée de la natalité pourrait être envisageable. En attendant, le pays doit composer avec une réalité démographique qui s’éloigne chaque année un peu plus de l’équilibre.