Trente-cinq ans après leur dernière visite dans la capitale, les lutteurs de sumo japonais ont foulé le sol de l’Accor Arena à Paris pour un week-end exceptionnel, selon RMC Sport. Au programme : combats officiels, chants traditionnels et démonstrations de coutumes millénaires. Une immersion totale dans l’une des disciplines les plus emblématiques du Japon, à travers des rituels immuables et une atmosphère unique.
Ce qu'il faut retenir
- Un retour du sumo à Paris après 35 ans d’absence, avec un week-end complet mêlant compétitions, chants et démonstrations culturelles.
- Plus de 185 kg et des lutteurs affichant une discipline et des rites ancestraux préservés depuis des siècles.
- Un public parisien immergé dans des pratiques rares : chants jinku, coiffures traditionnelles mage, et cérémonies de purification.
- Des places à 2 000 € l’unité pour s’asseoir au plus près du dohyo, l’arène de combat importée du Japon.
- Le tournoi a été remporté par l’Ozeki Kotozakura, tandis que les lutteurs nippons repartent avec une nouvelle vague de supporters français.
Une journée rythmée par les chants et les rites
Dès 14h00, l’Accor Arena s’est transformée en un espace dédié à la culture japonaise. Les premiers rikishis – les lutteurs de sumo – sont entrés sur le dohyo, une arène en argile spécialement importée de Tokyo, sous les yeux de milliers de spectateurs. Pas encore pour les combats, mais pour le sumo jinku, un chant traditionnel retraçant le quotidien des athlètes. Cinq lutteurs ont pris place au centre de l’arène, accompagnés par les claquements de mains des autres participants et un refrain collectif. Une première à Paris depuis 1991, où les colosses japonais n’avaient plus foulé le sol parisien.
Après cette séquence musicale, place au partage. Des enfants de clubs français de sumo ont été invités à monter sur le dohyo pour affronter des lutteurs professionnels. Une scène insolite, où un jeune licencié de 3 ans, Aïki, a dû faire face à Oho, un géant de 185 kg. Malgré la différence de taille, l’affrontement s’est terminé par un sourire : Oho a soulevé l’enfant dans ses bras, déclenchant les applaudissements du public. Autant dire que l’ambiance était déjà à la fête.
Des démonstrations culturelles pour plonger dans l’univers du sumo
Le public a ensuite assisté à une démonstration de coiffure traditionnelle, un art réservé aux tokoyamas, les assistants spécialisés. Deux sekitoris – des lutteurs de haut grade – se sont installés sur des coussins, tandis que deux tokoyamas s’affairaient à leur tresser le mage, le chignon caractéristique des sumotoris. Une technique exigeante, qui demande plusieurs années de pratique. Aujourd’hui, seuls 50 tokoyamas officient pour coiffer les quelque 600 athlètes des différentes divisions du sumo professionnel au Japon.
La journée s’est poursuivie avec la cérémonie de nouage de la ceinture du Yokozuna, le grade suprême. Deux lutteurs ont défilé avec leurs shimenawa, des cordages de 8 kg noués autour de la taille, qu’ils porteront lors de leur entrée sur le dohyo. Autour d’eux, six assistants en gants blancs manipulaient avec précision les cordes, dans un silence presque religieux. Puis est venu le moment tant attendu : la présentation des lutteurs. Vêtus de tabliers brodés à la main, ils ont défilé par équipes – d’abord ceux de l’Est, puis de l’Ouest –, affichant une expression impassible, conforme aux traditions.
Des combats courts, mais intenses, et une purification symbolique
Les combats ont débuté dans la soirée, après une série de rituels de purification. Le yobidashi, l’annonceur officiel, a lancé chaque affrontement en chantant, tandis que les lutteurs, vêtus uniquement de leur mawachi (une large ceinture), s’affrontaient dans un cercle d’argile. Avant chaque duel, ils effectuaient des mouvements d’assouplissement, certains réalisant des grands écarts sous les ovations du public. À leurs côtés, deux autres lutteurs attendaient leur tour, prêts à leur tendre de l’eau pour se purifier – une étape symbolique pour chasser les mauvais esprits.
Chaque colosse a ensuite pris une poignée de sel de Guérande – choisi pour l’occasion – et l’a jetée sur le dohyo. Une pratique ancestrale visant à éloigner les forces négatives. Puis, après un duel de regards et des frappements de cuisses pour intimider l’adversaire, l’arbitre, ou gyoji, a enfin donné le signal du combat. En quelques secondes à peine, l’un des deux lutteurs sortait du cercle ou posait un autre membre que la plante des pieds au sol, scellant ainsi sa défaite. Le verdict était sans appel.
Une expérience immersive pour les spectateurs
Pour les quelque 15 000 visiteurs présents ce week-end, assister à ce tournoi de sumo à Paris, c’était bien plus qu’un spectacle sportif. « On est aux premières loges, au pied du ring, assis sur les coussins », a témoigné Marlène, l’une des spectatrices. « Comme le ring est assez surélevé, ça élève encore plus les lutteurs et on a l’impression d’avoir des divinités qui se battent en face de nous. Pour le coup, on sent qu’on n’est plus vraiment dans l’Accor Arena, mais presque dans un lieu consacré, dans un temple. »
Le couple a déboursé 4 000 € pour vivre cette expérience en première ligne. Une somme qu’ils ne regrettent pas : « Il y a des gens qui payent des places de concert pour des grandes vedettes à des prix au moins aussi élevés. Nous, c’était notre petit moment, notre petit kiff », a expliqué Antoine. Et sa compagne d’ajouter : « Ils dégagent vraiment une aura très différente des athlètes, une aura surhumaine. Même si je vois Mbappé apparaître là devant moi, j’ai encore plus de respect, plus de paillettes dans les yeux de voir les Rikishis. »
Un bilan historique et une page qui se tourne
Après une semaine passée en France, les lutteurs japonais ont quitté Paris avec le sentiment du devoir accompli. Le grand vainqueur du tournoi, l’Ozeki Kotozakura, a été acclamé par le public. Pour les organisateurs, ce week-end restera comme une réussite majeure, permettant de faire découvrir une discipline méconnue en Europe. « Ils repartent de Paris avec une valise pleine de nouveaux supporters », a souligné un responsable, confirmant l’engouement suscité par cette édition parisienne.
Déjà considérés comme des demi-dieux au Japon, les rikishis ont laissé derrière eux une France conquise. Certains spectateurs ont d’ailleurs déjà annoncé leur intention de se rendre au Japon pour assister à un tournoi officiel. Quant aux lutteurs, ils emportent avec eux le souvenir d’une expérience unique, où tradition et modernité se sont rencontrées sous les projecteurs de l’Accor Arena.
Reste à voir si ce retour historique inspirera d’autres grandes villes européennes à organiser des événements similaires. Une chose est sûre : le sumo a désormais une place de choix dans le paysage sportif français.
Le sel de Guérande, utilisé lors des combats à Paris, est un symbole de purification dans la tradition du sumo. Chaque lutteur en jette une poignée sur le dohyo (l’arène) pour chasser les mauvais esprits avant le début du duel. Cette pratique, héritée de rites shintoïstes, vise à purifier le lieu et à créer une atmosphère propice au combat.
Avant Paris 2026, le sumo n’avait été organisé qu’une seule fois en Europe, précisément à Paris en 1991. Ce retour historique marque donc la deuxième édition du tournoi hors du Japon, confirmant l’intérêt croissant pour cette discipline en Occident.