Alors que la Chine consolide sa position en devenant la première puissance navale mondiale, Taiwan franchit une étape symbolique dans sa stratégie de défense autonome. Selon BFM Business, l’île a réalisé pour la première fois un essai de tir de torpille depuis son propre sous-marin, le Narval, conçu et construit localement. Cet événement survient dans un contexte de tensions croissantes avec Pékin, qui multiplie les manœuvres militaires aux abords de l’île et revendique sa souveraineté sur ce territoire.
Ce qu'il faut retenir
- Le Narval, premier sous-marin taïwanais de conception locale, a effectué son premier tir de torpille mercredi 6 mai 2026, selon BFM Business.
- Ce bâtiment, développé par le groupe CSBC Corp, sera équipé de 48 torpilles lourdes Mark 48 d’origine américaine et d’un système de combat de Lockheed Martin.
- Taiwan prévoit la livraison de huit sous-marins à sa marine d’ici la fin du programme, mais le Narval accuse un retard de deux ans sur le calendrier initial.
- L’île ne dispose actuellement que de deux sous-marins opérationnels, des modèles néerlandais des années 1980, face à une marine chinoise en pleine expansion.
- Pékin considère Taiwan comme une province rebelle et mène des exercices militaires quasi quotidiens autour de l’île, alimentant les craintes d’une invasion.
Un sous-marin conçu dans l’urgence pour contrer la menace chinoise
Le Narval incarne l’effort de Taipei pour réduire sa dépendance aux équipements étrangers et renforcer sa dissuasion face à Pékin. Selon le communiqué publié jeudi 7 mai par CSBC Corp, le premier tir de torpille a été mené avec succès mercredi, sans que les caractéristiques du projectile utilisé ne soient précisées. Ce test intervient après les premiers essais en mer du bâtiment en janvier 2026, qui avaient marqué l’aboutissement de plus d’une décennie de développement.
Le programme, lancé pour répondre à l’embargo imposé par la Chine sur les ventes d’armes à Taipei, s’appuie sur l’expertise des États-Unis et du Royaume-Uni. Washington a notamment autorisé le transfert de technologies sensibles, comme les torpilles Mark 48, conçues pour traquer et détruire des cibles sous-marines ou de surface. À terme, le Narval devrait embarquer un système de combat fourni par Lockheed Martin, renforçant ses capacités de détection et de frappe.
Une marine taïwanaise en retard face à une Chine en pleine expansion navale
Avec seulement deux sous-marins en état de fonctionnement — des Swordfish acquis auprès des Pays-Bas dans les années 1980 — Taiwan accuse un retard technologique face à son rival continental. La Chine, qui revendique Taiwan comme une partie inaliénable de son territoire, a considérablement modernisé sa marine ces dernières années. Elle dispose désormais de sous-marins à propulsion nucléaire et de plusieurs porte-avions, faisant d’elle la première puissance navale mondiale selon de nombreux analystes.
Les manœuvres militaires chinoises autour de Taiwan se sont intensifiées ces dernières années, avec des exercices quasi quotidiens incluant des simulations de blocus ou de débarquement. En 2025, Pékin a mené des exercices à grande échelle simulant un siège de l’île, illustrant sa capacité à perturber les approvisionnements maritimes. Dans ce contexte, le développement d’une flotte sous-marine taïwanaise locale prend une dimension stratégique, même si le programme accuse des retards importants.
Un calendrier initial déjà dépassé, mais des ambitions maintenues
Le Narval était initialement prévu pour être livré à la marine taïwanaise en 2024, mais les retards accumulés — liés notamment à des défis techniques et à la complexité du projet — ont repoussé cette échéance. En juin 2025, CSBC Corp avait annoncé le début des essais en mer du sous-marin, après avoir validé avec succès une première phase de tests incluant une « navigation flottante ». Ces essais avaient été présentés comme une étape majeure pour un projet salué comme un symbole de l’autonomie militaire taïwanaise.
Malgré ces contretemps, Taipei insiste sur la nécessité de poursuivre le programme. Les huit sous-marins prévus doivent permettre à Taiwan de disposer d’une capacité de frappe sous-marines crédible, capable de menacer les lignes d’approvisionnement chinoises en cas de conflit. Pour l’heure, aucun détail n’a été communiqué sur le calendrier de livraison des prochains bâtiments, ni sur les éventuels ajustements du programme.
Une dissuasion qui passe aussi par les partenariats internationaux
Le soutien des États-Unis et du Royaume-Uni reste un pilier du programme sous-marin taïwanais. Washington, qui considère Taipei comme un partenaire clé dans l’Indo-Pacifique, a autorisé le transfert de technologies sensibles, comme les torpilles Mark 48 ou des systèmes de propulsion avancés. En 2023, les États-Unis ont également signé un accord de coopération militaire avec Taipei, incluant des livraisons d’équipements navals et aériens.
Le Royaume-Uni, de son côté, a participé à la formation des ingénieurs taïwanais et fourni des conseils techniques pour la conception des sous-marins. Ces partenariats reflètent l’engagement occidental à soutenir Taipei face à la pression chinoise, bien que Pékin ait systématiquement condamné ces collaborations, les qualifiant d’ingérences dans ses affaires intérieures.
« Le tir de torpille du Narval marque une étape symbolique dans la modernisation de nos capacités défensives. Ce projet illustre notre détermination à protéger notre souveraineté, malgré les défis techniques et les pressions extérieures. »
— Un porte-parole de CSBC Corp, cité par BFM Business le 7 mai 2026.
Si le tir de torpille du Narval représente une avancée symbolique, son impact réel dépendra de la capacité de Taiwan à déployer une flotte sous-marine opérationnelle avant que la Chine ne renforce davantage son avantage militaire. La course aux armements en Asie ne faiblit pas, et chaque test ou livraison d’équipement devient un enjeu stratégique.
Taiwan développe ses propres sous-marins en raison de l’embargo imposé par la Chine sur les ventes d’armes. Pékin a bloqué toute transaction militaire avec Taipei depuis des décennies, limitant drastiquement les options d’importation. Construire des sous-marins localement permet à Taiwan de contourner cet embargo et de réduire sa dépendance aux fournisseurs étrangers, tout en garantissant une autonomie stratégique dans un contexte de tensions croissantes avec la Chine.
Le Narval est équipé de 48 torpilles lourdes Mark 48 d’origine américaine, capables de cibler des navires ou des sous-marins ennemis. Il intégrera également un système de combat fourni par Lockheed Martin, qui lui permettra de coordonner ses attaques avec d’autres unités navales ou aériennes. Enfin, sa propulsion et sa furtivité en font un outil clé pour une stratégie de dissuasion sous-marine.