Une enquête interne menée par Médecins Sans Frontières (MSF) dans l’est du Tchad a révélé 59 cas d’abus et d’exploitation sexuelle commis par des membres de son personnel sur des femmes et des mineures réfugiées, principalement soudanaises. Les faits, documentés dans un rapport finalisé en juillet 2025, ont été rendus publics ce 13 juin 2026 par l’agence américaine Associated Press, selon Courrier International.
Dès novembre 2024, plusieurs réfugiées soudanaises avaient dénoncé des actes d’agressions et d’exploitation sexuelle perpétrés dans les camps de déplacés gérés par MSF. Ces allégations, qui visaient aussi bien des travailleurs humanitaires que des forces de sécurité locales, avaient poussé l’ONG à ouvrir une enquête interne. Les conclusions de celle-ci confirment que les abus étaient « plus répandus que ce qui avait été initialement rapporté », avec des échanges de faveurs sexuelles contre de l’aide humanitaire, de la nourriture ou un emploi.
Ce qu'il faut retenir
- Un rapport interne de MSF, finalisé en juillet 2025, a recensé 59 cas d’abus et d’exploitation sexuelle dans les camps de réfugiés de l’est du Tchad.
- Ces actes ont été commis par des employés de MSF, dont certains en échange d’aide humanitaire, de nourriture ou d’emplois.
- Dix-huit salariés, parmi lesquels des contractuels et des prestataires externes, ont été licenciés et interdits d’exercer toute activité professionnelle ultérieure.
- Le rapport souligne que certaines employées tchadiennes ont été menacées de licenciement si elles refusaient des relations sexuelles avec leurs supérieurs.
- MSF, présente au Tchad depuis 1981, emploie actuellement 953 personnes dans le pays, dont 872 locaux et 81 internationaux.
Des agressions systématiques révélées par l’enquête
Les conclusions de l’enquête interne, révélées par Associated Press, détaillent des cas d’abus particulièrement graves. Sept jeunes réfugiées, employées comme journalières, auraient notamment été transportées dans un véhicule de MSF sous prétexte de se rendre sur des chantiers. Elles ont finalement été conduites ailleurs, où elles ont subi des agressions sexuelles et des relations forcées. Selon Radio Dabanga, cette affaire illustre un schéma plus large : « Certaines employées tchadiennes ont été soumises à des pressions pour céder aux avances de leurs supérieurs ou collègues, sous peine de perdre leur emploi. »
Si certaines allégations ont pu être corroborées par les enquêteurs, d’autres n’ont pas pu être vérifiées en raison de l’impossibilité d’identifier clairement les victimes ou les auteurs présumés. Comme le rapporte Alwihda Info, cette limite méthodologique a empêché une évaluation exhaustive de l’ampleur réelle des abus.
MSF annonce des mesures correctives, mais des doutes persistent
Face à ces révélations, MSF a annoncé avoir mis en place une série de mesures correctives dans l’est du Tchad. Parmi elles figurent le renforcement des contrôles de recrutement pour le personnel local, l’amélioration des mécanismes de plainte et le déploiement de ressources dédiées à la protection des populations vulnérables. Comme le souligne Sudan Tribune, ces initiatives visent à restaurer la confiance des bénéficiaires et des partenaires humanitaires.
Pourtant, ces annonces interviennent dans un contexte où MSF reconnaît avoir déjà été confrontée à des scandales similaires. En 2002, l’ONG avait été mise en cause pour des cas d’exploitation et d’abus généralisés commis par des travailleurs humanitaires et des Casques bleus en Afrique de l’Ouest. Plus récemment, en 2021, lors de l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, des signalements analogues avaient été enregistrés. Comme l’indique Associated Press, « globalement, peu de choses ont changé depuis ces précédents, malgré les engagements pris. »
Un pays sous pression migratoire et un rôle humanitaire crucial
Le Tchad accueille actuellement plus de 900 000 réfugiés soudanais, fuyant le conflit qui déchire leur pays depuis 2023. Dans l’est du pays, où MSF intervient, les camps de déplacés comme celui d’Adré concentrent une population particulièrement vulnérable, dépendante de l’aide humanitaire pour survivre. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), ces réfugiés représentent un défi logistique et sécuritaire majeur pour les autorités tchadiennes et les organisations présentes sur place.
MSF, qui emploie près de 953 personnes au Tchad — dont 390 agents de santé non contractuels —, joue un rôle clé dans la fourniture de soins d’urgence et de soutien nutritionnel. L’ONG, présente depuis 1981, est l’un des principaux employeurs et acteurs humanitaires dans la région. Comme le rappelle Sudan Tribune, son action est essentielle pour les populations locales comme pour les réfugiés.
Les révélations de ces abus rappellent, une fois encore, les risques systémiques liés à l’aide humanitaire dans les contextes de crise. Elles soulèvent aussi des questions sur la capacité des organisations à se doter de mécanismes de contrôle robustes et à garantir la protection des populations les plus vulnérables.
Dix-huit salariés, parmi lesquels des contractuels et des prestataires externes, ont été licenciés et interdits d’exercer toute activité professionnelle ultérieure. Les sanctions ont été décidées à l’issue de l’enquête interne menée par MSF.
Oui. L’ONG a déjà été mise en cause pour des cas d’exploitation et d’abus en Afrique de l’Ouest en 2002, ainsi qu’en République démocratique du Congo en 2021 lors de l’épidémie d’Ebola. Ces précédents montrent que les problèmes persistent malgré les engagements pris.