Les relations diplomatiques entre Khartoum et Addis-Abeba se dégradent rapidement, alors que le conflit au Soudan s’enlise. Selon RFI, les autorités soudanaises ont rappelé leur ambassadeur en Éthiopie après des attaques de drones ciblant l’aéroport de Khartoum. En représailles, Addis-Abeba accuse le gouvernement soudanais de soutenir les rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (FLPT), une rébellion qui mène une insurrection armée dans la région du Tigré, en Éthiopie.
Ce qu'il faut retenir
- Le Soudan a rappelé son ambassadeur en Éthiopie après des attaques de drones sur l’aéroport de Khartoum, selon RFI.
- L’Éthiopie accuse Khartoum de soutenir le Front de libération du peuple du Tigré (FLPT), un groupe rebelle actif dans le nord du pays.
- Les tensions entre les deux pays s’aggravent à mesure que le conflit soudanais persiste.
- Le FLPT mène une rébellion armée contre le gouvernement éthiopien depuis novembre 2020.
- Les relations diplomatiques entre les deux capitales sont désormais au plus bas.
La crise actuelle entre le Soudan et l’Éthiopie s’inscrit dans un contexte régional déjà très tendu. Depuis plusieurs mois, les relations entre Khartoum et Addis-Abeba se sont fortement dégradées, notamment en raison de l’implication présumée de l’Éthiopie dans le conflit soudanais. Les autorités soudanaises ont pris la décision de rappeler leur ambassadeur en Éthiopie après une série d’attaques de drones visant l’aéroport international de Khartoum. Ces attaques, attribuées à des groupes armés non identifiés, ont provoqué des dégâts matériels mais aussi une escalade diplomatique immédiate.
En réponse, le ministère éthiopien des Affaires étrangères a publié un communiqué accusant le Soudan de « soutenir activement » les rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (FLPT). Ce groupe, qui lutte contre le gouvernement éthiopien depuis novembre 2020, est considéré comme une menace majeure par Addis-Abeba. « Le gouvernement soudanais apporte un soutien logistique et militaire aux forces du FLPT », a affirmé un porte-parole du ministère, sans fournir de preuves concrètes. Le Soudan, de son côté, n’a pas encore réagi officiellement à ces accusations.
Ces tensions surviennent alors que le conflit au Soudan, qui dure depuis plus de deux ans, s’enlise sans perspective de résolution rapide. La guerre civile, qui oppose principalement l’armée régulière soudanise aux Forces de soutien rapide (FSR), a déjà fait des dizaines de milliers de morts et déplacé plus de dix millions de personnes. L’implication de pays voisins comme l’Éthiopie, déjà en proie à ses propres crises internes, ajoute une couche de complexité à un conflit déjà difficile à résoudre. « La situation est extrêmement fragile », a souligné un analyste régional sous couvert d’anonymat. « Toute nouvelle escalade pourrait avoir des conséquences désastreuses pour la stabilité de la Corne de l’Afrique. »
« Le gouvernement soudanais apporte un soutien logistique et militaire aux forces du FLPT », a affirmé un porte-parole du ministère éthiopien des Affaires étrangères.
Les tensions entre le Soudan et l’Éthiopie ne datent pas d’hier. Historiquement, les deux pays entretiennent des relations complexes, marquées par des disputes frontalières et des rivalités géopolitiques. La région du Tigré, en particulier, a été un sujet de friction entre Addis-Abeba et Khartoum, notamment en raison de son emplacement stratégique à la frontière commune. Les accusations mutuelles d’ingérence dans les affaires intérieures de l’autre pays ne font qu’aggraver une situation déjà tendue. Selon des sources diplomatiques, des discussions avaient été engagées en début d’année pour apaiser les relations, mais elles ont été suspendues en raison de l’escalade actuelle.
Côté soudanais, l’accusation d’Addis-Abeba est perçue comme une tentative de détourner l’attention des problèmes internes que rencontre l’Éthiopie. Le gouvernement de transition soudanais, dirigé par le général Abdel Fattah al-Burhan, est lui-même fragilisé par la guerre civile et une crise économique sans précédent. Dans ce contexte, l’implication dans le conflit tigréen pourrait s’avérer coûteuse sur le plan politique et militaire. « Pour Khartoum, la priorité reste la lutte contre les FSR et la stabilisation du pays », rappelle un observateur basé à Djeddah. « Toute implication dans le dossier tigréen risquerait d’affaiblir davantage ses positions. »
Cette crise illustre une fois de plus les défis auxquels est confrontée la Corne de l’Afrique, une région où les conflits internes et les rivalités interétatiques s’entremêlent. Alors que le Soudan tente de survivre à sa guerre civile, l’implication de l’Éthiopie dans le conflit ajoute une nouvelle dimension à une équation déjà explosive. Les prochaines décisions prises à Addis-Abeba et à Khartoum pourraient bien déterminer l’avenir de cette région stratégique, déjà fragilisée par des décennies d’instabilité.
Le Front de libération du peuple du Tigré (FLPT) est un mouvement rebelle éthiopien qui mène une insurrection armée contre le gouvernement fédéral depuis novembre 2020. Il est basé dans la région du Tigré, dans le nord de l’Éthiopie, et est considéré comme une menace majeure par les autorités d’Addis-Abeba.