Une mission scientifique d’envergure débute ce lundi 18 mai 2026 en Terre de Feu, à l’extrême sud de l’Argentine, pour traquer d’éventuels rongeurs vecteurs de l’hantavirus. Cette opération intervient dans un contexte d’urgence sanitaire, alors qu’un foyer d’infection à bord du navire de croisière Hondius, parti d’Ushuaïa le 1er avril 2026, a déjà causé trois décès. Selon Le Figaro, le premier cas identifié, un Néerlandais, avait séjourné 48 heures dans la ville avant d’embarquer.
Ce qu'il faut retenir
- Une mission de plusieurs jours est menée par des biologistes venus de Buenos Aires pour capturer des rongeurs dans des zones boisées et analyser leur éventuelle contamination par la souche « Andes » de l’hantavirus.
- Le « raton colilargo » (Oligoryzomys longicaudatus) ou une sous-espèce, le colilargo de Magellan (Oligoryzomys magellanicus), est suspecté d’être le vecteur local du virus, bien que sa classification fasse débat parmi les scientifiques.
- La province de Terre de Feu affirme n’avoir enregistré aucun cas d’hantavirus depuis 30 ans, date à laquelle cette maladie est devenue à déclaration obligatoire dans la région.
- Les autorités locales contestent l’hypothèse selon laquelle le foyer du Hondius aurait été contracté sur place, soulignant l’absence de cas confirmés dans la province depuis des décennies.
- Les premiers résultats des analyses devraient être connus dans quatre semaines, après la capture et l’examen des rongeurs piégés.
Une traque scientifique pour identifier le vecteur du virus
Les biologistes de l’institut Malbrán, référence nationale en infectiologie en Argentine, ont pour mission de poser des cages-pièges dans plusieurs zones boisées de l’île australe. Selon les informations rapportées par Le Figaro, les scientifiques installeront leurs dispositifs le soir et les relèveront dès le lendemain matin, afin de capturer des rongeurs vivants. Une zone boisée proche d’une décharge à enfouissement sera également ciblée, en raison des risques accrus de prolifération de rongeurs dans ce type d’environnement.
Les spécimens capturés seront ensuite analysés en laboratoire pour détecter la présence de la souche « Andes » de l’hantavirus, responsable de transmissions interhumaines. Cette souche, bien que rare, est particulièrement redoutée en raison de sa capacité à se propager par contact direct entre individus. Jusqu’à présent, aucun cas d’hantavirus n’a été officiellement recensé en Terre de Feu, contrairement à d’autres provinces argentines comme Rio Negro ou Chubut, situées à plus de 1 500 km au nord.
Un débat scientifique sur l’identité du rongeur vecteur
L’identification du rongeur potentiellement porteur du virus fait l’objet de discussions au sein de la communauté scientifique locale. Pour certains chercheurs, il s’agirait du « raton colilargo » (Oligoryzomys longicaudatus), un rongeur de 6 à 8 cm dont la queue peut atteindre 15 cm. D’autres évoquent une sous-espèce, le colilargo de Magellan (Oligoryzomys magellanicus), qui présenterait quelques différences morphologiques mineures. « Pour certains, il s’agit de la même espèce, pour d’autres d’une sous-espèce, mais l’important est d’analyser si l’un d’eux est infecté par l’hantavirus », a précisé Juan Petrina, responsable des questions d’épidémiologie au niveau provincial, cité par Le Figaro.
Ce rongeur, aux habitudes nocturnes, se nourrit principalement de fruits et de graines. Il vit dans des écosystèmes boisés ou buissonneux, nichant souvent dans des cavités de troncs. Ces caractéristiques en font un candidat plausible pour la transmission du virus, bien que sa présence en Terre de Feu ne soit pas encore confirmée comme vecteur actif.
Les autorités locales rejettent toute responsabilité dans l’épidémie du Hondius
Depuis quinze jours, les autorités de la province de Terre de Feu mènent une campagne pour contrer les soupçons selon lesquels le foyer d’infection à bord du Hondius aurait été contracté localement. « La province martèle qu’elle n’a pas eu de cas d’hantavirus depuis que sa notification est obligatoire, il y a 30 ans. Ni avant, de mémoire de scientifique local », rappelle Le Figaro. Cette position s’appuie sur l’absence de signalement de la maladie dans la région depuis des décennies, malgré une surveillance active.
Pourtant, le premier cas identifié, un Néerlandais, avait passé 48 heures à Ushuaïa avant d’embarquer sur le navire. Cette information a alimenté les interrogations sur un éventuel lien entre son séjour en Terre de Feu et l’épidémie à bord du Hondius. Les autorités sanitaires locales insistent néanmoins sur le fait que aucun cas n’a été détecté dans la province depuis l’obligation de déclaration, ce qui remet en cause l’hypothèse d’une contamination locale.
Cette traque scientifique intervient alors que plusieurs pays, dont le Canada et le Royaume-Uni, prennent des mesures pour rapatrier des cas contacts ou confirmés d’hantavirus après des signalements liés à des voyages en Amérique latine. La situation reste sous haute surveillance, d’autant que le virus, bien que rare, peut avoir des conséquences graves pour les personnes infectées.
La souche « Andes » est la seule connue à ce jour pour être transmissible d’humain à humain. Les autres souches, comme la souche « Sin Nombre » présente en Amérique du Nord, se transmettent principalement par inhalation de particules infectieuses issues des excréments ou de l’urine des rongeurs porteurs. La souche « Andes » peut également se propager par contact direct entre individus, ce qui en fait un virus particulièrement redouté.
La Terre de Feu abrite des espèces de rongeurs comme le « raton colilargo », suspecté d’être un vecteur de l’hantavirus. Bien que la province n’ait enregistré aucun cas depuis 30 ans, la présence de ces rongeurs et l’épidémie récente à bord du Hondius, parti d’Ushuaïa, ont suscité des interrogations sur un éventuel réservoir local du virus.