Un million et demi de Français auraient déjà contourné l’interdiction des tests ADN à visée généalogique, non par curiosité, mais parce que cet outil représentait pour eux un moyen vital d’accéder à leurs origines. Selon Franceinfo - Sciences, une proposition de loi visant à légaliser ces tests est examinée en commission dès ce mercredi 6 mai 2026, à l’initiative du groupe Ensemble pour la République. Le débat dans l’hémicycle est prévu à partir du lundi 11 mai.
Ce qu'il faut retenir
- La France et la Pologne sont les deux seuls pays européens à interdire les tests ADN à visée généalogique.
- Ces tests sont le seul moyen pour les enfants nés sous X ou issus d’un don de gamètes de retrouver leurs parents biologiques.
- Un million et demi de Français auraient déjà eu recours à ces tests malgré l’interdiction.
- La proposition de loi sera examinée en commission le 6 mai, puis débattue à l’Assemblée nationale à partir du 11 mai.
- Les associations réclament un meilleur accompagnement pour les personnes en quête de leurs origines.
Une loi de 2011 qui a complexifié l’accès aux origines
Depuis la loi de bioéthique de 2011, qui interdit ces tests en France, retrouver ses parents biologiques est devenu « très compliqué », comme en témoigne Céline, née en 1982 au Sri Lanka et adoptée à l’âge d’un an. Elle n’a retrouvé sa mère biologique que quelques années plus tard, après avoir eu recours à un laboratoire étranger. « On a besoin de ce test ADN parce qu’il y a eu beaucoup de pratiques illégales dans le cadre des adoptions internationales », a-t-elle déclaré à Franceinfo - Sciences.
Pour elle, ces tests sont d’autant plus importants dans le cadre des adoptions internationales, où les dossiers ne sont pas toujours transparents. « Il y a beaucoup de falsifications de papiers ou de présentations de fausses mères biologiques », précise-t-elle. Céline a d’abord tenté de faire réaliser le test en France, mais les laboratoires locaux ont refusé. Elle a finalement réussi à obtenir les kits de prélèvement aux Pays-Bas, avant de devoir contourner les contrôles douaniers en dissimulant les échantillons dans ses affaires de toilette.
Les enfants issus de dons de gamètes aussi concernés
Depuis 2021, la loi interdit le don anonyme de gamètes en France. Les enfants nés d’un don après cette date pourront, une fois majeurs, accéder à l’identité de leur donneur. Mais pour ceux nés avant, comme Audrey, avocate de 48 ans, la situation reste bloquée. « J’ai appris à 29 ans que j’étais issue d’une PMA avec tiers donneur, alors que je me suis spécialisée en droit de la bioéthique », raconte-t-elle. Son fiancé, lui-même né d’une PMA, craignait une possible consanguinité, mais la justice n’a pu lui apporter aucune réponse.
Le couple a donc eu recours à un laboratoire américain. « J’ai retrouvé tout de suite une demi-sœur, dont j’avais été l’avocate sept ans plus tôt », explique Audrey. Son mari, lui, a obtenu en quelques heures l’identité d’une Londonienne correspondant à son ADN. « Onze heures plus tard, il avait un nom, une identité. Et Gérard, qui habite à une heure et quart de chez nous, était hypercontent d’être retrouvé. » Pour Audrey, ce test a été une révélation : « Moi aussi, j’ai fini par gagner au loto génétique. J’ai eu ce fameux match, qui m’a permis de remonter jusqu’à la piste de mon donneur. Bien qu’il soit décédé, sa famille m’a raconté toute son histoire. Je sais qu’il a joué dans certains films, donc ça me permet de le voir dedans. Ça me permet aussi de comprendre sa personnalité et de mieux comprendre, parfois, mes enfants. Je me sens enfin ancrée. Maintenant, je marche sur mes deux jambes. »
Un espoir pour les enfants nés sous X, mais des résultats parfois décevants
Les tests ADN offrent aussi un espoir pour les enfants nés sous X, comme Elodie, née à Niort en 1978. Son dossier ne contenait presque aucune information. Après avoir reçu les résultats de son test, elle a découvert des origines probablement portugaises, mais aussi la liste de 4 000 personnes avec lesquelles elle partageait peu d’ADN. « J’ai eu connaissance d’un détective privé spécialisé qui avait de forts pourcentages de réussite, mais le devis était dans les 3 000 ou 4 000 €. Je n’ai pas donné suite », confie-t-elle. Aujourd’hui, elle est accompagnée par une généalogiste bénévole et envisage de refaire un test pour élargir ses chances de trouver des correspondances.
Ces parcours, souvent semés d’embûches, illustrent les limites actuelles du système français. Pour Elodie, comme pour de nombreuses autres personnes, l’accès à leurs origines reste un droit fondamental. « Peut-être qu’un jour, si rien ne fonctionne, pourquoi pas », ajoute-t-elle, sans fermer la porte à de nouvelles tentatives.
Des associations militent pour un meilleur accompagnement
Les associations de défense des droits des personnes en quête d’origines réclament une légalisation encadrée des tests ADN, ainsi qu’un accompagnement psychologique et juridique renforcé. « Le parcours est déjà suffisamment difficile sans ajouter des obstacles administratifs ou douaniers », souligne Céline. Selon les témoignages recueillis par Franceinfo - Sciences, la dissimulation d’échantillons biologiques pour contourner les interdits illustre l’absurdité de la situation actuelle.
Les défenseurs de cette cause rappellent que la France et la Pologne sont les deux seuls pays européens à maintenir cette interdiction. Dans le reste du continent, des millions de personnes ont déjà pu retrouver leurs racines grâce à ces tests, sans que cela ne pose de problème majeur pour l’ordre public ou la protection des données.
Pour les personnes comme Céline, Elodie ou Audrey, cette légalisation ne résoudra pas instantanément leurs questions, mais elle offrirait au moins un cadre légal et moins périlleux pour mener leurs recherches. « Avoir une preuve scientifique, quelque chose qui atteste de la filiation, permet de faire cette rencontre de manière sereine », résume Céline. Un droit, enfin, plutôt qu’une clandestinité.
Ces deux pays considèrent que ces tests pourraient porter atteinte à la vie privée ou favoriser des discriminations. En France, la loi de bioéthique de 2011 a renforcé cette interdiction, bien que d’autres pays européens, comme l’Allemagne ou l’Espagne, autorisent ces pratiques sous conditions.