Alors que TotalEnergies affiche près de 11 milliards d’euros de bénéfices mondiaux en 2025, le groupe enregistre des pertes de 300 millions d’euros en France, ce qui l’exempte de la surtaxe sur les multinationales cette année-là. Cette situation, révélée dans son rapport annuel, alimente le débat sur l’optimisation fiscale des grandes entreprises et leur contribution à l’impôt en France, selon BFM Business.
Ce qu'il faut retenir
- En 2025, TotalEnergies a réalisé 11 milliards d’euros de bénéfices mondiaux, mais affiche 300 millions d’euros de pertes en France.
- Le groupe déclare un quart de ses bénéfices dans la catégorie « reste du monde », incluant des pays à fiscalité avantageuse comme la Suisse.
- En 2024, TotalEnergies n’a payé que 95 millions de dollars d’impôt sur les sociétés (IS) en France, malgré une contribution totale de 2,1 milliards de dollars incluant les charges patronales.
- Le groupe justifie sa faible imposition en France par des activités de raffinage et de distribution « structurellement peu rentables ».
- Patrick Pouyanné, PDG du groupe, sera auditionné par la commission des finances de l’Assemblée nationale ce 18 juin 2026 sur la fiscalité des multinationales.
Un bénéfice mondial contrastant avec des pertes en France
Dans son rapport annuel, TotalEnergies détaille un bénéfice global de 11 milliards d’euros en 2025, mais enregistre un déficit de 300 millions d’euros en France. Cette situation lui permet d’échapper à la surtasse sur les multinationales, introduite en 2023 pour taxer les super-profits des grandes entreprises. BFM Business souligne que ce contraste s’explique en partie par la localisation des activités du groupe, majoritairement concentrées dans l’exploration-production, là où les marges sont les plus élevées.
Le groupe met en avant sa contribution fiscale mondiale, estimée à 25 milliards de dollars par an en moyenne entre 2022 et 2025, incluant impôts sur les sociétés et taxes à la production. Pourtant, son imposition en France reste symbolique : 95 millions de dollars d’IS en 2024, soit un taux effectif bien inférieur au taux légal de 25 %. En comparaison, Bernard Arnault, PDG de LVMH, avait déclaré avoir payé 6 milliards d’euros d’IS en 2024, dont près de la moitié en France.
Une fiscalité mondiale optimisée grâce à des pays à faible imposition
Parmi les pays où TotalEnergies paie le plus d’impôts, figurent des États producteurs d’hydrocarbures comme la Norvège (3,5 milliards de dollars), le Nigeria (1,34 milliard) ou le Royaume-Uni (1,3 milliard). Pourtant, une partie importante de ses bénéfices est déclarée dans la catégorie « reste du monde », qui inclut des territoires comme la Suisse ou Singapour, où les taux d’imposition sont bien inférieurs. BFM Business précise que cette catégorie représente près d’un quart des bénéfices avant impôts en 2024, soit 5,9 milliards de dollars.
Les critiques pointent du doigt cette stratégie, notamment l’Observatoire des multinationales, un média associatif, qui accuse le groupe de bénéficier de taux d’imposition de 15 % dans ces pays, soit le minimum prévu par l’accord de l’OCDE. TotalEnergies rétorque que son taux effectif dans cette catégorie s’élève à 18 %, supérieur au seuil minimal. Malgré tout, cette pratique soulève des questions sur l’équité fiscale et la contribution des géants du secteur à l’économie française.
Des activités françaises structurellement peu rentables
En France, TotalEnergies se concentre principalement sur le raffinage et la distribution, des secteurs décrits comme « structurellement peu rentables » par Thomas Grjebine, économiste au Cepii. À la fin 2025, la filiale Raffinage-chimie France affichait un déficit cumulé de 5,5 milliards d’euros. Cette situation explique en partie pourquoi le groupe ne réalise pas de bénéfices imposables en France, malgré un chiffre d’affaires annuel d’environ 200 milliards de dollars.
Le principe de territorialité fiscale, qui empêche une double imposition, joue également en faveur du groupe. TotalEnergies explique payer ses impôts « dans les pays où elle réalise des bénéfices, majoritairement dans les pays producteurs où elle produit de l’énergie », avec des taux pouvant atteindre 50 % à 80 % dans certains cas. Cette approche, bien que légale, est de plus en plus contestée, notamment dans le cadre des discussions internationales sur la taxation des multinationales.
Des soupçons de manipulation des prix de transfert
BFM Business rapporte que l’Observatoire des multinationales soupçonne TotalEnergies de manipuler les prix de transfert, c’est-à-dire les prix pratiqués entre les filiales du groupe pour facturer des produits ou services. Par exemple, le prix auquel une filiale vend du pétrole brut à une raffinerie française pourrait être artificiellement gonflé ou minoré pour réduire les bénéfices imposables en France.
Le groupe dément catégoriquement ces accusations, affirmant que les prix pratiqués reposent sur les cotations internationales. TotalEnergies souligne également fournir chaque année une documentation sur les prix de transfert au fisc français dès le début des contrôles. La DGFiP (Direction générale des finances publiques), contactée par BFM Business, refuse de commenter les cas particuliers en raison du secret fiscal, mais assure examiner « tout mécanisme fiscal qui permet, légalement, de réduire le bénéfice imposable en France ».
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de remise en question de la fiscalité des multinationales, alors que les États cherchent à limiter l’évasion fiscale tout en attirant les investissements. Pour l’instant, aucune décision concrète n’a été prise, mais la pression politique et médiatique pourrait s’intensifier dans les mois à venir.
Selon BFM Business, TotalEnergies justifie ses pertes en France par la nature de ses activités sur le territoire : principalement le raffinage et la distribution, deux secteurs « structurellement peu rentables ». En 2025, la filiale Raffinage-chimie France affichait même un déficit cumulé de 5,5 milliards d’euros. Le groupe réalise l’essentiel de ses marges dans l’exploration-production, concentrée dans des pays producteurs d’hydrocarbures où les taux d’imposition sont plus élevés.
La catégorie « reste du monde » regroupe une partie des bénéfices de TotalEnergies déclarés dans des pays où le groupe n’a pas d’activités de production directe, comme la Suisse ou Singapour. Ces pays offrent des taux d’imposition avantageux, souvent inférieurs au taux français. En 2024, près d’un quart des bénéfices avant impôts du groupe (5,9 milliards de dollars) était déclaré dans cette catégorie, ce qui a suscité des critiques sur l’opacité de cette répartition.