Selon Futura Sciences, le tourisme en réalité virtuelle (VR) s’impose peu à peu comme une alternative aux voyages physiques, promettant de réduire l’empreinte carbone du secteur. Une piste sérieuse à l’heure où les émissions du tourisme mondial représentent près de 9 % des rejets de gaz à effet de serre, d’après une étude publiée dans Nature Communications. En France, le bilan carbone du tourisme s’élève à 97 millions de tonnes de CO₂ en 2022, dont près de 70 % proviennent des transports, selon l’Agence de la transition écologique (ADEME).

Ce qu’il faut retenir

  • Le tourisme représente 9 % des émissions mondiales de CO₂, selon Nature Communications.
  • En France, le secteur a généré 97 millions de tonnes de CO₂ en 2022, majoritairement liés aux transports.
  • La réalité virtuelle permet d’explorer des lieux sans se déplacer, avec des casques accessibles entre 200 et 300 euros.
  • Le marché de la VR dans le tourisme pourrait atteindre 20 milliards de dollars d’ici 2028, selon le Virtual Reality in Tourism Market Report 2024.
  • L’impact énergétique de la VR repose sur des serveurs et centres de données énergivores, représentant 1 à 1,5 % de la consommation mondiale d’électricité, selon l’International Energy Agency.
  • Malgré son coût environnemental, la VR reste bien moins émettrice qu’un vol long-courrier.

Un tourisme en crise environnementale

Depuis plusieurs années, le secteur du tourisme est pointé du doigt pour son rôle dans le réchauffement climatique. En cause, une empreinte carbone massive, liée aux déplacements, à l’hébergement et aux activités sur place. Selon les données de l’ADEME, 70 % de l’empreinte carbone du tourisme en France provient des transports, avec une part prépondérante pour le transport aérien, responsable de 29 % des émissions du secteur.

Les voyageurs sont de plus en plus conscients de cet impact. Une prise de conscience qui pousse certains à renoncer aux voyages lointains ou à privilégier des destinations moins polluantes. Pourtant, la demande de découverte et d’évasion reste forte, alimentant un paradoxe difficile à résoudre. Dans ce contexte, la réalité virtuelle émerge comme une solution potentielle, permettant de « visiter » un musée, une ville ou un site naturel sans bouger de son salon.

La réalité virtuelle, une technologie en pleine démocratisation

Les casques de réalité virtuelle, autrefois réservés à des usages professionnels ou ludiques, sont désormais accessibles au grand public. Leur prix, compris entre 200 et 300 euros, les rend abordables pour une large frange de la population. Les acteurs du tourisme l’ont bien compris : musées, agences de voyage et offices de tourisme investissent dans ces dispositifs pour proposer des expériences immersives.

Cette tendance s’inscrit dans un marché en forte croissance. Selon le Virtual Reality in Tourism Market Report 2024, le secteur pourrait peser près de 20 milliards de dollars d’ici 2028. Une croissance qui reflète l’engouement pour une technologie perçue comme un moyen de concilier découverte et durabilité. Des institutions comme l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) encouragent d’ailleurs ces initiatives, soulignant leur potentiel pour « réinventer » le voyage à l’ère de l’urgence climatique.

Une alternative écologique… mais avec des limites

Les défenseurs de la VR mettent en avant son potentiel pour réduire l’impact environnemental du tourisme. En permettant de découvrir un lieu sans s’y rendre physiquement, la technologie limiterait les déplacements, notamment les vols longue distance, responsables d’une part importante des émissions du secteur. Une étude publiée dans SAGE Journals souligne que la VR pourrait contribuer à répartir les flux touristiques et à préserver des sites naturels ou patrimoniaux fragilisés par le surtourisme.

Pourtant, cette solution n’est pas dénuée de critiques. Derrière l’expérience immersive se cache une infrastructure numérique énergivore. Chaque utilisation de VR mobilise des serveurs, des centres de données et des réseaux de diffusion, dont l’empreinte carbone est loin d’être négligeable. Selon l’ADEME, le numérique représente environ 4 % des émissions mondiales de CO₂, soit davantage que l’ensemble du transport aérien civil.

L’International Energy Agency (IEA) va plus loin : les centres de données consomment entre 1 et 1,5 % de l’électricité mondiale, une part en constante augmentation en raison du streaming, du cloud et des technologies immersives. La VR, avec ses vidéos en 360 degrés et son affichage haute définition, accentue cette tendance. Sans compter l’impact de la fabrication des casques, dont la production génère elle aussi des émissions de CO₂.

« La réalité virtuelle ne supprime pas l’impact environnemental du tourisme, elle le transforme. »
Adèle Ndjaki, Futura Sciences

VR vs avion : un comparatif révélateur

Malgré ses limites, la réalité virtuelle reste une alternative bien moins polluante qu’un voyage en avion. Un aller-retour long-courrier peut émettre plusieurs centaines de kilos de CO₂ par passager, alors qu’une expérience en VR, même en tenant compte de l’empreinte des infrastructures numériques, génère des émissions bien moindres. Une différence de taille qui plaide en faveur d’une adoption accrue de cette technologie, même si elle ne constitue pas une solution miracle.

Reste que son développement soulève des questions plus larges sur notre rapport au voyage. Faut-il privilégier la découverte virtuelle pour préserver les sites physiques ? Ou au contraire, risquer de voir la VR devenir un simple gadget, sans réel impact sur les comportements ? Le débat est ouvert, et les acteurs du tourisme comme les régulateurs devront trancher dans les années à venir.

Et maintenant ?

Le marché de la VR dans le tourisme devrait continuer sa croissance, porté par l’innovation technologique et une demande croissante pour des solutions durables. D’ici 2028, les projections tablent sur un doublement des investissements, avec des acteurs comme les musées et les offices de tourisme en première ligne. Reste à voir si cette technologie parviendra à convaincre le grand public, ou si elle restera cantonnée à un usage marginal. Une chose est sûre : son succès dépendra en partie de sa capacité à réduire encore davantage son empreinte énergétique, sous peine de remplacer un problème par un autre.

En attendant, les voyageurs disposent d’une nouvelle option pour explorer le monde. Une option qui, malgré ses défauts, offre une alternative crédible face à l’urgence climatique. Mais elle ne suffira pas, à elle seule, à révolutionner le secteur. D’autres leviers, comme la décarbonation des transports ou la régulation du surtourisme, resteront indispensables pour faire du tourisme un secteur véritablement durable.

La réalité virtuelle (VR) immerge l’utilisateur dans un environnement entièrement numérique, tandis que la réalité augmentée (AR) superpose des éléments virtuels à la réalité physique. Dans le tourisme, la VR permet de « visiter » des lieux inaccessibles ou éloignés, tandis que l’AR enrichit l’expérience sur place, par exemple avec des informations historiques ou culturelles projetées sur un smartphone.

Elle ne les remplacera probablement pas entièrement, mais pourrait en réduire la fréquence, notamment pour les trajets longs ou les sites fragiles. La VR offre une alternative pour découvrir des lieux sans les dégrader, mais elle ne reproduit pas l’expérience sensorielle et émotionnelle d’un voyage physique. Son rôle pourrait être complémentaire plutôt que substitutif.