Alors que le Marineland d'Antibes, fermé en 2025 après l'interdiction en France de maintenir des baleines et dauphins en captivité à des fins de spectacle, doit transférer deux de ses orques vers un parc espagnol, douze organisations environnementales européennes ont exprimé leur inquiétude. Selon Euronews FR, Wikie, une orque de 24 ans, et son fils Keijo, âgé de 12 ans, devraient quitter la France d'ici la fin juin pour rejoindre le Loro Parque de Ténériffe, en Espagne.
Ce qu'il faut retenir
- Wikie et Keijo, deux orques issues du Marineland d'Antibes fermé en 2025, doivent être transférées avant fin juin vers le Loro Parque de Ténériffe
- Douze ONG européennes, dont Born Free, alertent sur les risques liés à leur placement dans un parc à vocation de divertissement
- Le gouvernement français a d'abord rejeté ce projet avant de l'accepter, évoquant la dégradation des conditions de vie dans les bassins de Marineland
- Quatre orques sont mortes prématurément au Loro Parque entre 2021 et 2024, selon les associations de protection animale
- Un projet de sanctuaire marin au Canada, initialement prévu pour ces animaux, a été abandonné en raison des températures trop froides
Un transfert décidé sous la contrainte des conditions de détention
Wikie et Keijo sont actuellement enfermées dans les bassins de Marineland, aux côtés de douze grands dauphins. Leur situation avait suscité un débat national en France, où l'euthanasie avait même été envisagée avant que le gouvernement n'intervienne. Lors d'une visite surprise organisée le 15 mai par Le Figaro, le ministre français de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a évoqué « la détérioration progressive » des installations, jugées désormais insalubres pour les cétacés. « Je vous rappelle que deux cétacés sont déjà morts ici. Je ne vais donc pas prendre le risque que cela se reproduise », a-t-il justifié, selon le quotidien.
Le ministre a également souligné l'urgence d'agir : « Tous ceux qui se soucient du bien-être de ces cétacés doivent comprendre que nous devons sortir de l'impasse et agir le plus rapidement possible. Le statu quo n'est pas une solution. » Le transfert, estimé à plusieurs centaines de milliers d'euros, devrait être réalisé par avion-cargo avant la fin juin, une période choisie pour éviter les températures estivales qui compliqueraient l'opération.
Loro Parque, une destination contestée par les associations
Le choix du Loro Parque, situé à Puerto de la Cruz sur l'île de Ténériffe, est vivement critiqué par les défenseurs des animaux. Dans un courrier adressé aux autorités espagnoles, douze ONG européennes, dont Born Free, ont fait part de leur « profonde inquiétude ». L'organisation britannique rappelle que les orques du parc espagnol « continueront probablement à être exploitées pour le divertissement du public, et potentiellement pour la reproduction ».
Les associations s'appuient sur un rapport de l'agence scientifique espagnole qui avait, en 2025, « refusé le transfert » en estimant que les bassins du Loro Parque « ne répondaient pas aux normes minimales en termes de surface, de volume et de profondeur pour les cétacés ». Quatre orques y sont mortes prématurément entre 2021 et 2024, selon les données compilées par les défenseurs des animaux.
« La loi française de 2021 vise à mettre fin à l'utilisation des baleines et des dauphins à des fins de divertissement et d'élevage en captivité. La loi interdit explicitement ces pratiques. Transférer Wikie et Keijo dans cet environnement risque de perpétuer le système même que la loi a été conçue pour éliminer progressivement. »
Loro Parque défend son modèle éducatif et scientifique
Face aux critiques, la direction du Loro Parque a réagi en mettant en avant son engagement dans la « conservation de la biodiversité, la recherche et l'éducation ». Dans un communiqué, son président, Wolfgang Kiessling, a assuré que l'établissement avait « la volonté et le ferme engagement de collaborer avec les autorités publiques pour sauver Wikie et Keijo », à condition d'obtenir l'aval du gouvernement espagnol. Le parc affirme que les présentations d'orques ne relèvent pas du divertissement, mais d'un « programme éducatif » destiné à sensibiliser le public aux enjeux de conservation.
Martin Böye, directeur scientifique de la Fundacion Loro Parque, a précisé que les décès d'orques survenus dans l'établissement avaient fait l'objet « d'enquêtes approfondies » par des experts indépendants. « Les causes ont toujours été clairement identifiées et n'étaient pas liées aux conditions de l'habitat », a-t-il déclaré, tout en soulignant que les comportements reproductifs et sociaux des animaux étaient respectés dans le cadre de leur bien-être.
Six orques en captivité en Europe : un bilan contrasté
Wikie, inséminée artificiellement avec succès à l'âge de huit ans, est la mère de Keijo, né en 2013. Avec quatre autres orques — Morgan, Teno, Adán et Tekoa —, elles constituent les six spécimens encore détenus en Europe. Inherently Wild, une archive dédiée aux histoires des orques captives, rappelle que ces animaux, capables en milieu naturel de parcourir jusqu'à 161 km par jour et de plonger à plus de 260 mètres de profondeur, sont confinés dans des bassins ne dépassant pas 220 pieds de long et 50 pieds de profondeur. « Les restrictions imposées aux orques sont drastes », souligne l'organisation.
Martin Böye conteste cette analyse : « Au Loro Parque, l'enrichissement de l'environnement, la complexité sociale et la participation volontaire aux activités offrent une stimulation à la fois physique et cognitive. Les recherches comportementales menées sur nos animaux montrent que leurs interactions sociales sont conformes à celles observées dans les populations sauvages. »
Cette affaire illustre les tensions persistantes entre protection animale, conservation et exploitation commerciale des espèces sauvages. Reste à savoir si les engagements pris par les différents acteurs permettront de concilier ces enjeux avant que les conditions de vie de ces animaux ne se dégradent davantage.
Selon les experts, les cétacés élevés en captivité perdent leurs capacités de survie nécessaires pour être relâchés. Wikie et Keijo, nés en captivité, n'ont jamais appris à chasser ou à interagir avec leur environnement naturel. Les projets de sanctuaires marins, comme celui envisagé au Canada, se heurtent à des contraintes techniques et climatiques, rendant cette option difficile à mettre en œuvre.