Les compagnies maritimes et leurs assureurs restent sur leurs gardes concernant la reprise de la navigation dans le golfe Persique, et plus particulièrement dans le détroit d’Ormuz. Alors que les tensions géopolitiques persistent dans la région, la possibilité pour l’Iran d’instaurer prochainement un droit de passage soulève des interrogations majeures parmi les acteurs du secteur, selon Libération.

Ce qu'il faut retenir

  • Les transporteurs maritimes et leurs assureurs hésitent à reprendre la navigation dans le golfe Persique en raison des incertitudes persistantes.
  • L’Iran menace d’instaurer un droit de passage dans le détroit d’Ormuz, ce qui inquiète le secteur.
  • La sécurité des navires et des équipages reste la priorité absolue pour les armateurs.
  • Le blocage des bateaux dans cette zone stratégique aggrave les tensions commerciales et logistiques.

Depuis plusieurs semaines, le détroit d’Ormuz, point de passage obligé pour une partie majeure du trafic pétrolier mondial, est au cœur des tensions entre l’Iran et la communauté internationale. Les armateurs, souvent pris entre deux feux, se retrouvent dans une position délicate. « La sécurité reste notre première priorité, mais les conditions actuelles rendent toute décision complexe », a expliqué un porte-parole de la Compagnie maritime internationale (CMI), cité par Libération.

L’Iran, qui contrôle une partie de ce corridor maritime, menace régulièrement de restreindre le passage des navires étrangers en représailles aux sanctions internationales. Une décision unilatérale de Téhéran pourrait avoir des répercussions immédiates : hausse des primes d’assurance, allongement des délais de livraison, voire détournement des routes commerciales. « Les assureurs refusent désormais de couvrir les navires empruntant cette zone sans garanties supplémentaires », a précisé un expert en logistique maritime sous couvert d’anonymat.

Les dernières semaines ont été marquées par des reports de cargaisons et des retards significatifs pour les compagnies opérant dans la région. Les ports iraniens et omanais, souvent cités comme alternatives, ne suffisent pas à absorber l’ensemble du trafic, et leur capacité reste limitée. « Nous devons évaluer chaque trajet au cas par cas, en fonction des risques encourus et des coûts supplémentaires », a indiqué un responsable de Maersk Line, l’un des plus grands armateurs mondiaux, à Libération.

Le secteur maritime, déjà fragilisé par la crise sanitaire et la hausse des coûts énergétiques, craint que cette situation ne s’aggrave encore. Les prix du fret pourraient repartir à la hausse, ce qui se répercuterait sur les consommateurs finaux. « Nous sommes dans une logique d’attente, le temps que la situation se clarifie », a résumé un représentant de CMA CGM, deuxième armateur mondial.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines s’annoncent décisives. Une réunion des pays du Golfe et des principales puissances maritimes est prévue début juillet à Manama, capitale de Bahreïn, pour tenter de désamorcer la crise. Les armateurs, eux, surveillent de près les déclarations de Téhéran, dont la fenêtre de tir pour instaurer un droit de passage pourrait s’ouvrir d’ici la fin de l’été. En attendant, la prudence reste de mise : certains navires continuent de contourner le détroit par le cap de Bonne-Espérance ou le canal de Suez, au prix d’un allongement de plusieurs jours de leur trajet.

Pour l’instant, aucune solution durable ne se profile à l’horizon. Les compagnies maritimes pourraient être contraintes de repenser leurs itinéraires à long terme, au risque de perturber davantage un commerce mondial déjà fragilisé. La question de savoir si l’Iran passera à l’acte reste entière — et avec elle, celle de l’impact sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Le détroit d’Ormuz est un point de passage obligé pour près de 20 à 30 % du trafic pétrolier mondial. Il relie le golfe Persique au golfe d’Oman et, par extension, à la mer d’Arabie. Toute restriction de navigation dans cette zone aurait un impact immédiat sur les prix de l’énergie et les échanges commerciaux entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique.