Depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022, Moscou multiplie les violations des normes humanitaires internationales. Selon Ouest France, les forces russes utilisent désormais une arme controversée, relancée pour l’occasion : la PMD-6, une mine antipersonnel conçue dans les années 1930 et largement abandonnée après la Seconde Guerre mondiale. Des experts ukrainiens en déminage ont pu analyser une version moderne de ce dispositif, confirmant son déploiement sur le terrain.
Ce qu'il faut retenir
- La Russie a repris la production de la PMD-6, une mine antipersonnel des années 1930, abandonnée après la Seconde Guerre mondiale.
- Des experts ukrainiens ont étudié une version moderne de cette mine, confirmant son utilisation récente sur le terrain.
- Moscou continue de recourir aux mines antipersonnel, en violation de la Convention d’Ottawa, qu’elle n’a jamais ratifiée.
- Cette mine, de conception simple mais redoutable, pose un risque majeur pour les civils et les démineurs en Ukraine.
Une arme historique remise au goût du jour
La PMD-6 est une mine antipersonnel en tôle, en forme de boîte cylindrique, conçue à l’origine par l’Union soviétique dans les années 1930. Son principe reste d’une redoutable efficacité : un mécanisme de pression ou de traction libère un ressort qui actionne un détonateur, projetant des éclats métalliques capables de mutiler ou de tuer. Autant dire que cette arme, si elle était déjà obsolète il y a 80 ans, reste meurtrière aujourd’hui. Selon les spécialistes ukrainiens, la version moderne de la PMD-6 aurait été adaptée pour résister aux conditions climatiques extrêmes du conflit, notamment aux températures hivernales en Ukraine.
D’après les rapports d’experts, cette mine est particulièrement difficile à détecter en raison de sa taille réduite et de son camouflage possible dans des débris ou des sols meubles. Les démineurs ukrainiens, déjà en première ligne face à des milliers d’engins explosifs dispersés, doivent désormais composer avec ce nouvel adversaire. Ouest France souligne que la PMD-6, en plus de son impact immédiat, génère un risque durable : ces mines peuvent rester actives pendant des décennies, transformant des zones entières en pièges mortels pour les civils.
Un rejet des conventions internationales
La Russie fait partie des rares États à ne pas avoir signé la Convention d’Ottawa, adoptée en 1997 pour interdire l’utilisation, la production et le stockage des mines antipersonnel. Ce traité, ratifié par 164 pays, vise à protéger les populations civiles en limitant l’usage de ces armes indiscriminées. Moscou, tout comme les États-Unis, la Chine, l’Inde ou le Pakistan, a choisi de maintenir ses stocks et de continuer à les déployer. En Ukraine, les preuves s’accumulent : rapports d’ONG, témoignages de soldats et d’habitants, ainsi que des analyses d’objets récupérés sur les champs de bataille confirment l’emploi systématique de mines antipersonnel par les forces russes.
« La relance de la production de la PMD-6 montre une fois de plus le mépris de la Russie pour le droit international humanitaire », a déclaré un porte-parole de l’ONG Human Rights Watch, cité par Ouest France. L’organisation rappelle que ces armes, interdites pour leur caractère aveugle, causent des milliers de victimes chaque année dans le monde, dont une majorité de civils. En Ukraine, le ministère de la Défense a recensé plus de 2 500 cas de blessures ou de décès liés à des mines antipersonnel depuis 2022, un bilan qui ne cesse de s’alourdir.
Des conséquences humanitaires et environnementales lourdes
Au-delà de la menace immédiate pour les vies humaines, les mines antipersonnel posent un défi écologique majeur. En se dégradant, elles libèrent des métaux lourds et des substances toxiques dans les sols et les nappes phréatiques. En Ukraine, des régions entières, comme la région de Donetsk ou Kharkiv, sont aujourd’hui interdites d’accès en raison de la contamination par ces engins. Les agriculteurs, contraints d’abandonner leurs terres, voient leurs moyens de subsistance disparaître. Les opérations de déminage, longues et coûteuses, mobilisent des ressources considérables : selon l’UNMAS (Service de lutte antimines des Nations unies), le coût de la neutralisation d’une seule mine peut atteindre 3 000 euros, un budget difficile à mobiliser pour un pays en guerre.
Les Nations unies estiment qu’il faudra au moins une décennie pour rendre certaines zones sûres en Ukraine. Entre-temps, des milliers de familles restent privées de leurs foyers, et des enfants continuent de jouer dans des zones non sécurisées, ignorant le danger qui les guette. « Ces mines ne font pas de distinction entre un soldat et un enfant, entre un char et une charrette de foin », a rappelé un responsable de l’UNICEF en mars 2026.
La question reste entière : dans un conflit où chaque camp instrumentalise les failles du droit international, comment garantir la protection des civils ? Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’efficacité des sanctions et des aides humanitaires en Ukraine.
D’après les experts, la Russie privilégie des armes simples, économiques et faciles à produire en masse. La PMD-6, en plus de son faible coût, offre une efficacité immédiate et une durée de vie longue, ce qui en fait un outil adapté à une guerre d’usure comme celle menée en Ukraine. Son utilisation illustre aussi une stratégie de saturation des zones, visant à rendre le terrain ingérable pour l’ennemi.