Un réflexe presque machinal, adopté par des millions de Français chaque jour, pourrait bien nuire à l’expérience gustative et digestive offerte par la baguette. Selon Top Santé, Bruno Cormerais, Meilleur Ouvrier de France (MOF) et artisan boulanger, alerte sur une habitude répandue qui, sans que l’on y prête attention, transforme radicalement les saveurs et le confort digestif de ce symbole du patrimoine culinaire français.

Ce qu'il faut retenir

  • Bruno Cormerais, Meilleur Ouvrier de France, met en garde contre un geste courant avec la baguette
  • Cette habitude altère significativement le goût et la digestion selon l’artisan
  • Le réflexe en question est ancré dans les routines quotidiennes des consommateurs

Le professionnel, reconnu pour son expertise en boulangerie, précise que cette pratique, bien que banale, a des conséquences tangibles. « On ne se rend pas compte à quel point un simple geste peut tout changer », explique-t-il. Cormerais, qui a obtenu son titre de MOF en 2018, rappelle que la baguette, produit phare de la gastronomie française, mérite d’être dégustée dans des conditions optimales pour en apprécier pleinement les qualités.

Un geste anodin, des conséquences majeures

Selon l’artisan, l’habitude en question consiste à rompre la baguette à la main avant de la manger. Une pratique si répandue qu’elle semble anodine, voire naturelle. Pourtant, Bruno Cormerais souligne qu’elle perturbe la structure de la croûte et modifie la texture de la mie, ce qui altère à la fois la saveur et la digestion. « La baguette est conçue pour être coupée à l’aide d’un couteau. En la cassant, on brise les alvéoles de la mie et on fragilise la croûte, ce qui modifie la perception en bouche », détaille-t-il.

Pour appuyer ses propos, le Meilleur Ouvrier de France évoque une étude menée par des laboratoires spécialisés, bien que les résultats ne soient pas encore publiés. « Les tests montrent une différence notable entre une baguette coupée et une baguette rompue, tant sur le plan gustatif que digestif », indique-t-il. L’artisan précise que cette pratique peut également favoriser les ballonnements, un problème récurrent pour de nombreux consommateurs.

Une tradition à réévaluer pour préserver un savoir-faire

Bruno Cormerais insiste sur l’importance de revenir à des gestes plus respectueux du produit. « La baguette est le fruit d’un savoir-faire artisanal exigeant, et elle mérite qu’on lui accorde un minimum d’attention », rappelle-t-il. Pour lui, cette habitude de rupture manuelle s’inscrit dans une logique de précipitation qui va à l’encontre de l’art de la dégustation. « En France, on a tendance à manger vite, sans prendre le temps de savourer. Pourtant, quelques secondes supplémentaires suffisent pour transformer l’expérience », ajoute-t-il.

Le boulanger, qui dirige un établissement en Bretagne, organise régulièrement des ateliers pour sensibiliser le public à ces gestes simples mais essentiels. « Je montre aux participants comment découper une baguette correctement, et les réactions sont souvent surprenantes. Ils réalisent à quel point un petit changement peut améliorer leur quotidien », confie-t-il.

Et maintenant ?

Bruno Cormerais espère que ses prises de parole contribueront à faire évoluer les habitudes des consommateurs. Il évoque la possibilité de collaborer avec des associations de consommateurs ou des médias spécialisés pour diffuser ces conseils. « L’objectif n’est pas de diaboliser la rupture de la baguette, mais de rappeler qu’il existe une méthode plus respectueuse de ce produit emblématique », souligne-t-il. Une campagne de sensibilisation pourrait être lancée d’ici la fin de l’année 2026, en partenariat avec des boulangeries partenaires.

Cette initiative s’inscrit dans un contexte où la baguette française, déjà classée au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en 2022, continue de faire l’objet d’attentions particulières. Les artisans et les institutions œuvrent pour préserver son authenticité, face à l’industrialisation croissante du secteur. Bruno Cormerais, lui, reste convaincu : « Une baguette, ça se respecte. Et ça commence par un simple geste. »

Bruno Cormerais explique que la rupture manuelle fragilise la structure de la croûte et casse les alvéoles de la mie, ce qui modifie la texture et la perception en bouche. Selon lui, une coupe nette au couteau préserve mieux les qualités organoleptiques du pain.