Selon Courrier International, des révélations issues d’un ouvrage publié par le quotidien japonais Asahi Shimbun offrent un éclairage inédit sur les méthodes et les doutes du dirigeant nord-coréen. Ces confessions, attribuées à un proche de l’entourage de Kim Jong-un, décrivent un régime marqué par la violence, l’alcoolisme et des tensions internes persistantes.
Ce qu'il faut retenir
- Kim Jong-un aurait fait exécuter son oncle, Jang Song-taek, en décembre 2013 pour trahison, le faisant brûler au lance-flammes selon ses propres mots.
- Le dirigeant nord-coréen a confié son sentiment d’être submergé par ses responsabilités, déclarant : « Qu’il est fatigant de diriger seul un pays ! » après avoir succédé à son père en 2011.
- Il aurait utilisé l’alcool pour évacuer son stress, allant jusqu’à faire arrêter un haut responsable en 2016 alors qu’il était ivre lors d’un banquet.
- Kim Jong-un envisage une succession dynastique, mais son absence de fils l’incite à envisager d’autres options pour pérenniser le régime.
- Les diplomates nord-coréens, bien que lucides sur les failles du système, n’ont aucun pouvoir face aux directives de Pyongyang.
Des méthodes de gouvernance marquées par la violence et le contrôle
En décembre 2013, Kim Jong-un a fait exécuter son oncle Jang Song-taek, alors vice-président de la commission de défense nationale, pour trahison. Lors d’un dîner avec sept hauts responsables, dont le beau-père de l’auteur de ces révélations, Jon Il-chun, le dirigeant a justifié son acte en ces termes : « Jang Song-taek est perfide, totalement dépourvu de loyauté. Après la mort de mon père [Kim Jong-il, en 2011], je pensais au hyodo [piété filiale] pour respecter un deuil de trois ans. Mais la conduite quotidienne de Jang Song-taek était absolument intolérable, c’est pourquoi je l’ai exécuté. »
Les méthodes d’exécution employées par Kim Jong-un sont également révélatrices de sa brutalité. Il aurait déclaré : « Si je l’avais fait fusiller, cela aurait été un gaspillage de munitions. Et je ne pouvais accepter de laisser ses os. Je l’ai donc fait brûler au lance-flammes pour qu’il n’en reste plus rien. » Ces propos, rapportés par Ryu Hyon-u, un proche des cercles du pouvoir, illustrent une stratégie de terreur visant à éliminer toute opposition interne.
Un dirigeant sous pression, entre alcool et doutes existentiels
Deux ans après avoir pris les rênes du pays, Kim Jong-un semblait dépassé par l’ampleur de ses responsabilités. Lors de son trentième anniversaire, le 8 janvier 2014, il aurait confié à ses convives : « Qu’il est fatigant de diriger seul un pays ! » ou encore « J’ai parfois envie de tout abandonner. » Ces déclarations, faites devant un cercle restreint, révèlent un homme en proie au doute, méfiant envers son entourage composé de hauts cadres ayant servi sous son père.
Pour évacuer ce stress, Kim Jong-un se serait réfugié dans l’alcool. Selon les témoignages recueillis, il buvait parfois « à en perdre la raison », une habitude qui contrastait avec la modération de son père, Kim Jong-il. Ce dernier, bien qu’également amateur de boissons fortes, savait garder le contrôle et rester attentif aux échanges avec ses subordonnés, même lorsqu’ils étaient éméchés. Kim Jong-un, en revanche, pouvait sombrer dans l’ivresse au point de perdre la mémoire. En 2016, lors d’un banquet, il aurait fait arrêter Kim Pyong-ho, directeur adjoint du département de la propagande, sous le coup de la colère après avoir estimé que les médias d’État lui attribuaient une responsabilité excessive.
Quelques jours plus tard, il a appelé un subalterne et lui a ordonné : « Amène-moi Kim Pyong-ho. Nous allons skier ensemble. » Lorsqu’on lui a dit que ce dernier était incarcéré, il serait tombé des nues.
Une famille royale sous tension : l’avenir incertain de la dynastie Kim
Fin 2012 ou début 2013, Kim Jong-un a eu une fille, Kim Ju-ae, dont l’existence a été révélée par les médias occidentaux. Lors de son trentième anniversaire, il aurait partagé avec son entourage un aspect plus intime de sa vie familiale : « Lorsque je rentre à la maison, ma petite de 1 an vient à ma rencontre en rampant pour me serrer dans ses bras. Je reprends courage quand je la regarde. Je pense à ce que serait son destin si j’abandonnais. […] Je me dois d’être fort pour son avenir. C’est mon glucose à moi. »
Cependant, la question de la succession ne semble pas encore réglée. La société nord-coréenne, profondément patriarcale et confucéenne, réserve traditionnellement le pouvoir aux hommes. Kim Ju-ae, si elle venait à succéder à son père, devrait affronter des obstacles majeurs. Comme l’explique Ryu Hyon-u, « La Corée du Nord est une société patriarcale, profondément marquée par le confucianisme. Les hauts cadres femmes ne représentent qu’un faible pourcentage. Le pouvoir des hommes reste extrêmement fort. » Une fois mariée, Kim Ju-ae quitterait la dynastie Kim, perdant ainsi la légitimité nécessaire pour régner.
Les diplomates nord-coréens, otages d’un système qu’ils critiquent
Les diplomates nord-coréens, en poste à l’étranger, sont bien placés pour mesurer les contradictions du régime. Ayant vécu hors de Corée du Nord, ils constatent les carences du pays, comme le soulignait l’un d’eux au sujet du nom officiel du pays, la « République populaire démocratique de Corée » : « Mais où est la démocratie dans ce pays ? » Pourtant, ces mêmes diplomates n’ont aucun pouvoir d’action. Selon les estimations, sur les 1 000 employés du ministère des Affaires étrangères, seuls 500 à 600 sont de vrais diplomates. Les autres occupent des postes administratifs ou logistiques.
Lorsqu’ils doivent défendre leur pays face aux accusations de violations des droits humains, ils n’ont d’autre choix que de répéter la phraséologie officielle : « Le peuple est souverain dans notre pays. » Un aveu implicite de leur impuissance, alors même qu’ils connaissent les réalités du terrain.
Entre réforme impossible et héritage dynastique, quel avenir pour la Corée du Nord ?
Malgré son éducation en Suisse et sa conscience des défis économiques et technologiques auxquels fait face la Corée du Nord, Kim Jong-un se heurte à une contradiction majeure : toute réforme ou ouverture signifierait la fin du système héréditaire. Comme le note Ryu Hyon-u, « s’il veut conserver le pouvoir, la réforme et l’ouverture ne sont pas possibles. » Le dirigeant nord-coréen semble donc condamné à perpétuer un modèle qui, selon lui, garantit la stabilité du régime.
Les observateurs s’interrogent sur la capacité de Kim Jong-un à pérenniser son pouvoir à long terme. Après avoir éliminé les menaces internes, il a consolidé son autorité autour de fidèles. Pourtant, les tensions structurelles persistent, notamment en raison de l’isolement économique et des sanctions internationales. Une nouvelle tentative de dialogue avec les États-Unis pourrait-elle émerger ? Pour Ryu Hyon-u, la réponse est incertaine : « Je pense que oui. Sous le premier mandat Trump, seul le président américain, qui avait affirmé à l’époque que la Corée du Nord n’avait pas effectué d’essai nucléaire ni lancé de missile, est sorti gagnant de la rencontre comme pacificateur mondial. Kim Jong-un, lui, n’a rien gagné. »
Ces révélations, issues de l’Asahi Shimbun et relayées par Courrier International, offrent un aperçu rare de l’envers du décor d’un régime souvent décrit comme monolithique. Elles rappellent que, derrière l’image d’un pouvoir absolu, Kim Jong-un a dû composer avec des faiblesses humaines et des contradictions structurelles qui continuent de façonner la Corée du Nord d’aujourd’hui.
Selon les confessions rapportées par le Asahi Shimbun, Kim Jong-un a justifié l’exécution de son oncle, Jang Song-taek, pour trahison et manque de loyauté. Il a déclaré que ce dernier avait une conduite « intolérable » après la mort de Kim Jong-il en 2011, et que son exécution par le feu visait à effacer toute trace de son existence.
D’après Ryu Hyon-u, cela semble peu probable en raison du caractère patriarcal et confucéen de la société nord-coréenne. Kim Ju-ae, une fois mariée, quitterait la dynastie Kim et perdrait la légitimité nécessaire pour régner. Kim Jong-un pourrait donc envisager d’autres options pour assurer sa succession.