L'offre publique d'achat (OPA) hostile lancée début mai par la banque italienne UniCredit sur son concurrent allemand Commerzbank entre dans sa phase finale. Selon Euronews FR, l'opération, valorisée à 35 milliards d'euros, doit être finalisée mardi 17 juin à 23 h 59, heure de Paris, à moins d'une prolongation.

Ce qu'il faut retenir

  • Une OPA hostile à 35 milliards d'euros : UniCredit propose de racheter Commerzbank, malgré l'opposition allemande.
  • Franchissement du seuil des 30 % : UniCredit annonce avoir dépassé l'objectif qu'elle s'était fixé pour cette offre.
  • Un prix jugé trop bas : Berlin et Commerzbank critiquent une prime insuffisante par rapport au cours de l'action.
  • Stratégie divergente : UniCredit souhaite recentrer Commerzbank sur l'Allemagne, alors que la banque allemande mise sur son indépendance.
  • Accusations de manipulation : Commerzbank dénonce des « informations potentiellement trompeuses » de la part d'UniCredit.
  • Enquête ouverte : Le parquet de Francfort a lancé une enquête préliminaire pour « possible manipulation de marché ».

Une OPA à 35 milliards d'euros dans la dernière ligne droite

UniCredit, basée à Milan, a lancé début mai une offre publique d'achat hostile sur Commerzbank, valorisée à 35 milliards d'euros (soit 40,6 milliards de dollars). Cette opération vise à créer un géant bancaire paneuropéen, capable de rivaliser avec les plus grandes institutions financières du continent. Selon Euronews FR, l'offre doit s'achever officiellement mardi 17 juin à 23 h 59, sauf si UniCredit décide de la prolonger.

Lundi 16 juin, la banque italienne a annoncé avoir franchi le seuil des 30 % des droits de vote dans Commerzbank, un objectif clé pour mener à bien cette OPA. Ce seuil lui permettrait, si elle obtient l'aval des autorités, de nommer l'ensemble des représentants des actionnaires au conseil de surveillance, où siègent actuellement deux représentants de l'État allemand.

Berlin et Commerzbank opposés à l'opération

L'offre d'UniCredit a été catégoriquement rejetée par les autorités allemandes. Dans un communiqué publié mardi, le Fonds allemand de stabilisation des marchés financiers a réitéré son opposition, qualifiant l'approche d'UniCredit d'« agressive » et soulignant l'importance stratégique de Commerbank pour l'économie allemande. « Commerzbank AG joue un rôle important dans le financement de l'économie allemande et du Mittelstand allemand... En tant que grand employeur, la banque est également importante pour la place financière de Francfort », a déclaré le Fonds.

Le chancelier Friedrich Merz s'était déjà exprimé en mai, estimant que cette offre « détruisait la confiance » dans la deuxième banque privée du pays. Pour contrer cette offensive, Bettina Orlopp, la directrice générale de Commerzbank, a dévoilé un plan stratégique visant à renforcer la rentabilité d'ici 2030, incluant des suppressions d'emplois pour améliorer l'agilité de la banque.

Des accusations de manipulation et une enquête en cours

Au-delà des divergences stratégiques et financières, les deux banques s'affrontent sur la méthode utilisée par UniCredit pour rallier une partie de l'actionnariat. Commerzbank a demandé à la BaFin, le régulateur allemand des marchés financiers, d'examiner des « informations potentiellement trompeuses » fournies par UniCredit concernant sa participation dans la banque allemande. La direction de Commerzbank accuse UniCredit d'avoir gonflé artificiellement les chiffres de participation à son offre.

Selon les dernières estimations d'UniCredit, le taux d'acceptation de son offre s'élevait lundi à 11,9 %, en plus des 26,7 % du capital déjà détenus lors de l'annonce de l'OPA. La banque italienne inclut également 13,2 % du capital via des dérivés réglés en espèces et 3,2 % via des dérivés réglés en actions. Commerzbank, de son côté, affirme n'avoir trouvé aucune trace d'acceptation de l'offre par ses investisseurs institutionnels, suggérant que les participations proviennent principalement de banques ou d'institutions financières liées à UniCredit.

Actions en justice et blocages institutionnels

Vendredi 13 juin, le comité central d'entreprise de Commerzbank a mandaté son président pour déposer une plainte pour manipulation de marché contre X. Le parquet de Francfort a confirmé lundi avoir ouvert une enquête préliminaire pour « possible manipulation de marché ». UniCredit, de son côté, a saisi la BaFin et rejette fermement ces accusations. « À aucun moment UniCredit n'a combiné ni confondu les différentes catégories qui doivent être déclarées en vertu de la réglementation applicable », a-t-elle affirmé dans un communiqué, accusant Commerzbank de construire un « récit trompeur ».

« Commerzbank AG joue un rôle important dans le financement de l’économie allemande et du Mittelstand allemand... En tant que grand employeur, la banque est également importante pour la place financière de Francfort. »

— Fonds allemand de stabilisation des marchés financiers, selon Euronews FR

UniCredit estime que le franchissement du seuil des 30 % lui donne le droit de désigner l'ensemble des représentants des actionnaires au conseil de surveillance. Bettina Orlopp conteste cette interprétation, invoquant un accord avec Berlin garantissant à Commerzbank le pouvoir de proposer les représentants de l'État au conseil.

Et maintenant ?

Si UniCredit maintient sa position actuelle, l'OPA pourrait aboutir dans les prochaines heures, sous réserve de l'approbation de la Banque centrale européenne. La fusion avec HypoVereinsbank, filiale allemande d'UniCredit, devrait alors s'engager progressivement, avec un recentrage du groupe sur l'Allemagne. Reste à voir si les autorités allemandes et la justice trancheront les litiges en cours, notamment sur les accusations de manipulation de marché. Une issue favorable à UniCredit pourrait redessiner la carte bancaire européenne, tandis qu'un rejet renforcerait la position indépendante de Commerzbank.

Cette opération illustre les tensions croissantes entre ambition paneuropéenne et souveraineté nationale dans le secteur bancaire, un enjeu qui dépasse largement le cadre de cette OPA.

Berlin et Commerzbank considèrent que l'offre d'UniCredit, valorisée à 35 milliards d'euros, ne reflète pas la valeur réelle de la banque. Ils estiment également que Commerzbank joue un rôle stratégique dans le financement de l'économie allemande, notamment pour les PME (Mittelstand). Enfin, le gouvernement craint une perte d'autonomie pour la place financière de Francfort.

Commerzbank accuse UniCredit d'avoir gonflé artificiellement le taux d'acceptation de son offre en incluant des participations via des dérivés (13,2 % en espèces et 3,2 % en actions). La banque allemande dénonce des « informations potentiellement trompeuses » et a saisi le régulateur allemand (BaFin) pour examen.