L’actrice Sara Forestier a appelé, ce week-end à Cannes, à une mobilisation politique sans précédent pour faire adopter une proposition de loi visant à renforcer la lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans le milieu du cinéma et de la culture. Cette intervention s’inscrit dans le cadre d’une table ronde organisée en marge du festival, le 17 mai 2026, selon Franceinfo - Politique, qui révèle ses propos tenus lors de cet événement.

Pour Sara Forestier, l’enjeu est clair : « Sonner la fin de l’impunité ». Elle a martelé ce message lors de son allocution, invitant « toutes les forces politiques » à soutenir le texte déposé à l’Assemblée nationale la semaine précédente. Une proposition de loi portée par les députés Erwan Balanant (Les Démocrates) et Sandrine Rousseau (Ecologiste), qui compte 19 articles et s’inspire directement des enseignements du mouvement #MeToo.

Ce qu'il faut retenir

  • Une proposition de loi de 19 articles, déposée à l’Assemblée nationale la semaine du 12 mai 2026, vise à renforcer la lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans le cinéma et la culture.
  • L’actrice Sara Forestier, victime de violences lors de tournages, a appelé à une mobilisation politique pour faire adopter ce texte, dont l’examen dépend d’un calendrier législatif déjà saturé.
  • Parmi les mesures phares : la protection renforcée des mineurs, l’interdiction de sanctions financières contre les lanceurs d’alerte et la création d’une nouvelle infraction pour contraindre les employeurs à signaler les faits portés à leur connaissance.

Une proposition de loi née d’un rapport parlementaire accablant

La proposition de loi en question s’appuie sur un rapport parlementaire publié un an plus tôt, en mai 2025, qui dressait un constat accablant : les violences sexuelles y étaient qualifiées de « systémiques » dans le secteur du cinéma et de la culture. Ce document avait souligné l’absence de mécanismes efficaces pour protéger les victimes et sanctionner les auteurs, malgré les nombreuses alertes lancées depuis plusieurs années.

Les députés Balanant et Rousseau ont donc conçu un texte ambitieux, intégrant des mesures destinées à briser l’omerta. Parmi elles, la création d’une « nouvelle infraction contraignant les employeurs à signaler » toute situation de harcèlement ou d’agression sexuelle dont ils auraient connaissance. Une avancée majeure, selon les promoteurs du projet, qui permettrait de lever le voile sur des pratiques souvent étouffées par des contrats de confidentialité abusifs.

Sara Forestier, porte-voix d’une génération de victimes

Lors de son intervention à Cannes, Sara Forestier a rappelé avoir été elle-même victime de violences lors de tournages. Son témoignage s’inscrit dans une dynamique plus large, celle d’une prise de parole généralisée des professionnels du secteur, qui dénoncent un système où les abus de pouvoir et les agressions restent trop souvent impunis. « Protégez les victimes, légiférez ! Sonnez la fin de l’impunité, légiférez ! », a-t-elle lancé sous les applaudissements de l’assistance.

L’actrice a également interpellé directement les responsables politiques, les appelant à « pousser pour que cette proposition de loi soit mise à l’ordre du jour ». Un calendrier législatif déjà chargé, marqué par d’autres priorités nationales, rend son examen incertain. Pourtant, pour Sara Forestier, l’urgence est là : « Est-ce que les politiques vont réellement faire quelque chose de #MeToo, ou est-ce que ce n’était que du vent depuis le début ? » s’est-elle interrogée, soulignant que sans loi, les obligations des employeurs resteront lettre morte.

Des mesures concrètes pour protéger les victimes et sanctionner les auteurs

Le texte porté par les deux députés prévoit plusieurs avancées significatives. La protection des mineurs dans le cinéma est renforcée, avec l’obligation pour les plateformes de production de mettre en place des protocoles stricts de prévention et de signalement. Par ailleurs, toute sanction financière ou professionnelle à l’encontre d’une personne ayant signalé des faits de harcèlement ou d’agression sexuelle serait désormais interdite et passible de sanctions.

Autre mesure phare : la création d’une infraction spécifique pour les employeurs qui omettraient de signaler des faits de violences sexistes ou sexuelles dont ils auraient eu connaissance. Cette disposition vise à briser la loi du silence qui entoure souvent ces affaires, en rendant les responsables directement comptables de leur inaction. Les employeurs pourraient ainsi être poursuivis pour non-assistance à personne en danger, une avancée juridique majeure dans un secteur où les contrats de travail précaires rendent les victimes vulnérables aux représailles.

Et maintenant ?

L’adoption de cette proposition de loi n’est pas encore acquise. Son examen dépendra de la capacité des parlementaires à l’inscrire à l’ordre du jour d’un calendrier législatif déjà très chargé. Les promoteurs du texte espèrent pouvoir le faire voter d’ici la fin de l’année 2026, mais rien n’est garanti. En attendant, les associations féministes et les collectifs de professionnels du cinéma maintiennent la pression, organisant des mobilisations et des actions de sensibilisation pour rappeler aux décideurs politiques l’urgence d’agir.

Pour l’instant, le débat reste ouvert : les parlementaires parviendront-ils à transcender les clivages politiques pour faire de cette loi un symbole fort de la lutte contre les violences sexistes ? La réponse pourrait bien déterminer l’héritage du mouvement #MeToo dans le paysage culturel français.

Le principal obstacle réside dans le calendrier législatif déjà saturé, qui rend incertain l’examen du texte. Certains groupes politiques pourraient également freiner son adoption, notamment en raison de son caractère contraignant pour les employeurs. Enfin, la résistance de certains acteurs du secteur, habitués à un fonctionnement peu transparent, pourrait ralentir les débats.