Une étude récente, publiée ce 13 mai 2026 et relayée par Futura Sciences, révèle la découverte de 280 cercles de pierre dans le désert de l’Atbaï, au Soudan. Ces structures, datées entre 4 500 et 2 500 ans avant notre ère, offrent de nouveaux éclairages sur les stratégies d’adaptation des premières sociétés pastorales face à l’aridification progressive du Sahara. Selon les chercheurs, ces enceintes pourraient témoigner d’une pratique ancienne de l’élevage bovin, bien avant ce que l’on supposait jusqu’ici.

Ce qu'il faut retenir

  • Découverte de 280 cercles de pierre dans le désert de l’Atbaï (Soudan), datés entre 4 500 et 2 500 ans av. J.-C.
  • Ces structures, mesurant entre 5 et 82 mètres de diamètre, étaient jusqu’ici inconnues en aussi grand nombre dans cette région.
  • La plupart abritaient des sépultures contenant des restes humains et animaux, notamment du bétail, suggérant une activité pastorale.
  • Les peintures rupestres locales représentant du bétail confirment cette hypothèse, repoussant les traces d’élevage dans cette zone au VIe millénaire avant notre ère.
  • Ces découvertes remettent en question l’impact démographique de l’aridification du Sahara, certains secteurs comme l’Atbaï ayant pu rester habitables plus longtemps que prévu.

Une région méconnue, mais riche en enseignements

Situé entre le Nil et la mer Rouge, le désert de l’Atbaï compte parmi les zones les moins explorées sur le plan archéologique en Afrique du Nord-Est. Pourtant, cette région recèle des indices précieux sur l’évolution des sociétés humaines face aux changements climatiques. Comme le rapporte Futura Sciences, les 280 enceintes circulaires en pierre identifiées grâce à la télédétection par satellite s’ajoutent à une série de découvertes similaires déjà répertoriées. Ces structures, dont la fonction précise restait floue jusqu’à présent, semblent désormais liées à des pratiques pastorales anciennes.

Les archéologues ont analysé leur répartition géographique et leur contenu. Résultat : la majorité de ces cercles se trouvent à proximité de points d’eau, un élément clé pour comprendre leur utilité. Certains abritaient même des sépultures, où se mêlaient ossements humains et animaux. Parmi ces derniers, le bétail dominait, une donnée qui a son importance dans l’interprétation de ces sites.

Des sépultures révélatrices d’une société pastorale organisée

Les fouilles menées sur place ont révélé que les sépultures associées aux cercles de pierre n’étaient pas uniformes. Leur organisation variait selon les sites, mais toutes contenaient des restes humains accompagnés de vestiges animaux, principalement des bovins. Pour les chercheurs, cette association n’est pas anodine. Elle confirme l’hypothèse d’un pastoralisme centré sur l’élevage bovin, une pratique qui aurait persisté jusqu’au IIIe millénaire avant notre ère.

Cette découverte s’appuie également sur d’autres indices, comme les peintures rupestres locales, qui représentent fréquemment des troupeaux. Ces représentations artistiques, datées du Néolithique, suggèrent que l’élevage était déjà une activité structurante dans cette région il y a plus de 6 000 ans. Autant dire que ces sociétés pastorales avaient développé des techniques d’adaptation remarquables pour survivre dans un environnement en mutation.

L’aridification du Sahara : une évolution moins brutale qu’on ne le pensait

Ces structures posent une question majeure : comment expliquer la présence de ces sociétés pastorales dans un désert aujourd’hui aussi hostile ? La réponse réside dans le climat de l’époque. Il y a 6 000 ans, le Sahara bénéficiait encore d’une période humide africaine, bien que celle-ci touchait à sa fin. Les conditions étaient alors plus clémentes, même si l’aridification était déjà en marche. L’Atbaï, en particulier, semble avoir constitué une zone refuge où les ressources en eau et en pâturages permettaient de maintenir des activités pastorales.

Les auteurs de l’étude, publiée dans la revue African Archaeological Review, soulignent que la dégradation climatique n’a pas eu, dans cette région, un impact démographique aussi marqué que ce qui était généralement avancé. Autrement dit, certaines zones du Sahara ont pu résister plus longtemps à l’aridification, offrant un habitat viable à des populations qui ont su s’adapter. « Le pastoralisme centré sur l’élevage bovin semble avoir perduré au moins jusqu’au IIIe millénaire avant notre ère, bien après la régionalisation culturelle et la disparition progressive de la période humide africaine », expliquent-ils.

« Cela signifierait soit que l’Atbaï est resté un refuge favorable pendant une longue période malgré le déplacement vers le sud de la mousson, soit que la dégradation climatique n’a pas eu, dans cette partie du Sahara, un impact démographique aussi marqué que ce qui est généralement avancé. »

Étude « Atbai Enclosure Burials: Monumentalism, Pastoralism and Environmental Change in the Mid-Holocene East Nubian Deserts »

Une avancée qui bouleverse les connaissances sur le Néolithique africain

Cette découverte ne se limite pas à un simple ajout à la carte archéologique du Sahara. Elle remet en cause plusieurs idées reçues sur la façon dont les sociétés anciennes ont géré les changements environnementaux. D’une part, elle confirme que le pastoralisme était une activité organisée et structurante dès le VIe millénaire avant notre ère. D’autre part, elle montre que certaines régions du Sahara ont pu servir de bastions de résistance face à la désertification, bien plus longtemps que les modèles climatiques ne le suggéraient.

Pour les chercheurs, ces enceintes en pierre pourraient également avoir servi de lieux de rassemblement communautaires, voire de symboles de pouvoir ou de spiritualité. Leur taille variée – de 5 à 82 mètres de diamètre – indique une certaine hiérarchie dans leur construction, peut-être liée à des fonctions sociales ou rituelles. Reste à déterminer si ces cercles étaient utilisés de manière permanente ou saisonnière, une question qui pourrait être éclairée par de futures fouilles.

Et maintenant ?

Les auteurs de l’étude appellent à poursuivre les recherches sur le terrain pour mieux comprendre l’organisation sociale et économique de ces sociétés pastorales. Des analyses complémentaires, notamment des datations radiocarbone plus précises et des études isotopiques sur les ossements animaux, pourraient révéler des détails sur les mouvements migratoires du bétail ou les techniques d’élevage utilisées. Par ailleurs, une cartographie plus fine des sites grâce à des technologies de télédétection avancées permettrait de repérer d’éventuelles enceintes encore non identifiées dans des zones reculées du désert soudanais.

Ces découvertes ouvrent également des pistes pour étudier d’autres régions du Sahara où des structures similaires pourraient exister. Si l’Atbaï s’avère être un cas isolé, cela pourrait indiquer que la réponse des populations anciennes à l’aridification a été plus diverse qu’on ne le pensait. À l’inverse, si d’autres zones révèlent des cercles de pierre comparables, cela pourrait redessiner notre compréhension de l’évolution des sociétés néolithiques en Afrique.

Ces structures fournissent des indices concrets sur les stratégies d’adaptation des sociétés pastorales face à l’aridification du Sahara. Leur association avec des sépultures et des vestiges de bétail prouve que l’élevage était une activité structurante bien avant ce que l’on supposait, repoussant les traces de pastoralisme dans cette région au VIe millénaire avant notre ère. Elles révèlent aussi que certaines zones, comme l’Atbaï, ont pu servir de refuges climatiques pendant des millénaires, remettant en cause l’idée d’un déclin démographique brutal.

La majorité de ces structures ont été repérées grâce à la télédétection par satellite, une technique permettant de scanner de vastes zones désertiques depuis l’espace. Les chercheurs ont ensuite confirmé leur existence et leur datation par des fouilles archéologiques sur place, en analysant leur contenu (sépultures, vestiges animaux) et leur environnement (proximité avec des points d’eau).