Lors de la conférence de presse cannoise de son film La Vénus électrique, projeté en ouverture du 79e Festival de Cannes, le réalisateur Pierre Salvadori s’est exprimé sur la tribune signée par plus de 600 professionnels du cinéma, dont Juliette Binoche et Swann Arlaud, dénonçant l’influence croissante de l’extrême droite dans le septième art via Vincent Bolloré. Selon Le Figaro, l’auteur de Comme des frères a adopté une position mesurée, rappelant son engagement historique en faveur d’un cinéma indépendant et diversifié.

Ce qu’il faut retenir

  • 34 % du capital d’UGC, le troisième réseau de salles de cinéma français, a été acquis par Canal+, dont Vincent Bolloré est l’actionnaire de référence. L’objectif affiché est d’en détenir 100 % d’ici 2028.
  • La tribune, publiée en mai 2026, met en garde contre un risque de « contrôle total » de la chaîne de fabrication des films, du financement à la diffusion, par le groupe Canal+.
  • Pierre Salvadori a déclaré : « Tant que je ne me sens pas trahi et que les garanties d’indépendance sont respectées, je suis à l’aise », évoquant les clauses de diversité et de volume imposées par Canal+.
  • Les investissements de Canal+ dans le cinéma français sont passés de 220 millions d’euros par an à 150 millions en 2025, 160 millions en 2026 et 170 millions en 2027.
  • Philippe Martin, producteur de Salvadori, a comparé la situation à l’édition, où les interlocuteurs seraient restés les mêmes malgré l’arrivée de Bolloré, « sans infléchissement politique » dans les décisions.

Une tribune contre « l’emprise » de Bolloré sur le cinéma

La polémique a éclaté après la publication d’une tribune cosignée par des figures majeures du cinéma français, dénonçant l’influence de Vincent Bolloré, actionnaire de référence de Canal+, sur le secteur. Le groupe a en effet acquis 34 % du capital d’UGC, avec une perspective d’acquisition totale d’ici 2028. Ce mouvement soulève des craintes quant à une mainmise sur l’ensemble de la chaîne de production cinématographique, du financement à la diffusion en salles et à la télévision. Les signataires s’inquiètent notamment de la capacité de Bolloré à orienter les choix artistiques et financiers du secteur.

Interrogé lors de la conférence de presse de La Vénus électrique, Pierre Salvadori a reconnu la légitimité de ces inquiétudes. « Je comprends tout à fait l’émotion et l’inquiétude » à l’origine de cette tribune, a-t-il déclaré. « Je milite depuis longtemps au sein de la Société des réalisatrices et réalisateurs de films pour une certaine idée du cinéma, celle de la diversité et de l’indépendance. » Selon lui, Canal+ a des obligations claires en matière d’investissement et de garanties d’indépendance, encadrées par des clauses strictes.

Canal+ sous surveillance : investissements en baisse et garanties revendiquées

Pour justifier sa position, Pierre Salvadori a mis en avant les engagements pris par Canal+ en faveur du cinéma français. « Il y a des clauses de diversité, des clauses de volume et une garantie d’indépendance. Les gens qui nous garantissent cette liberté sont le directeur des acquisitions cinéma du groupe, Laurent Hassid, et Maxime Saada », a-t-il précisé. Avant d’ajouter, avec une pointe de fermeté : « Tant que je ne me sens pas trahi à cet endroit-là et tant qu’ils respectent ces garanties, je suis à l’aise. » Le réalisateur a cependant prévenu : « Le jour où on me demande de faire un autre film, de faire une biographie, j’irai voir ailleurs ou je ne ferai plus de films. »

Cette position intervient dans un contexte où les investissements de Canal+ dans le cinéma français ont fortement diminué. Après avoir atteint 220 millions d’euros par an dans les années précédentes, le groupe a réduit son enveloppe à 150 millions en 2025, avec une progression prévue à 160 millions en 2026 et 170 millions en 2027. Une baisse que Pierre Salvadori attribue en partie à la concurrence accrue des plateformes, comme Disney+, qui a obtenu en janvier 2025 un raccourcissement du délai de diffusion de ses films en salles, passant de 17 à 9 mois pour sa plateforme Disney+.

Philippe Martin tempère les craintes : « Aucune intervention politique »

Le producteur historique de Pierre Salvadori, Philippe Martin, a également réagi à la polémique lors de la même conférence de presse. « Ce qui passe dans le cinéma n’a rien à voir avec ce qui s’est passé dans le monde de l’édition, avec le départ d’Olivier Nora », a-t-il souligné. Pour lui, les interlocuteurs de production sont restés les mêmes depuis l’arrivée de Bolloré à Canal+, et aucune décision n’aurait été influencée par des considérations politiques. « Je ne sens pas un infléchissement de leurs décisions par rapport à une dimension politique qui pourrait y avoir dans un film », a-t-il assuré.

Pierre Salvadori a quant à lui exprimé ses craintes quant à la baisse globale des investissements dans le cinéma français. « Il y a une chute des investissements. Pourtant, pour trouver une perle, il faut pêcher beaucoup d’huîtres. Et c’est comme ça qu’on finit par avoir des beaux films », a-t-il souligné. Une métaphore qui illustre son inquiétude face à la réduction des moyens alloués à la production cinématographique.

Le cinéma face aux plateformes : un rapport de force déséquilibré

Les deux hommes ont également critiqué le rôle des plateformes, qu’ils accusent de ne pas jouer le même rôle que Canal+ en matière de soutien à la diversité. « La diversité permise par les plateformes n’est pas celle qu’atteignait Canal+ », a regretté Philippe Martin. Pierre Salvadori a de son côté remis en cause l’idée que les plateformes puissent constituer un contre-pouvoir. « Je ne crois plus au contre-pouvoir des plateformes. Elles ont le même rapport au cinéma qu’à la télévision aux États-Unis : c’est un contrat contre un simple contenu produit », a-t-il affirmé.

Cette prise de position intervient alors que les tensions entre les acteurs traditionnels du cinéma et les nouveaux entrants, comme Disney+, s’intensifient. En janvier 2025, Disney avait obtenu un assouplissement des règles de diffusion en France, réduisant le délai avant la diffusion sur sa plateforme de 17 à 9 mois. Une mesure qui avait provoqué l’ire de Canal+, déjà en proie à des difficultés financières, et conduit à une baisse de ses investissements dans le cinéma français.

Et maintenant ?

Les prochaines échéances pourraient préciser la position des différents acteurs. La finalisation de l’acquisition par Canal+ de la totalité du capital d’UGC, prévue pour 2028, sera un moment clé pour évaluer l’impact réel de cette concentration sur le paysage cinématographique. Par ailleurs, les engagements pris par Maxime Saada et Laurent Hassid en matière de diversité et d’indépendance feront l’objet d’un suivi attentif de la part des professionnels du secteur. Reste à voir si les réductions budgétaires de Canal+ seront compensées par d’autres sources de financement, ou si elles marqueront un tournant dans le modèle économique du cinéma français.

En conclusion, Pierre Salvadori a choisi de défendre Canal+ tant que les garanties promises sont respectées, tout en alertant sur les risques d’une baisse des investissements. Une position qui reflète les tensions actuelles entre indépendance artistique, financement et concentration des pouvoirs dans le secteur.

La tribune, signée par plus de 600 professionnels du cinéma, dénonce l’influence croissante de Vincent Bolloré sur le secteur via son contrôle progressif sur Canal+ et UGC. Les signataires craignent une mainmise totale sur la chaîne de production cinématographique, du financement à la diffusion, et une orientation des choix artistiques en fonction d’intérêts politiques ou économiques.

Canal+ s’est engagé à respecter des clauses strictes de diversité et de volume dans ses investissements cinématographiques. Ces garanties, défendues par Pierre Salvadori, incluent des obligations de financement et de diffusion équilibrées, ainsi qu’une indépendance artistique préservée. Cependant, les réductions budgétaires récentes ont suscité des interrogations sur la pérennité de ces engagements.