L’action du groupe strasbourgeois 2Crsi, spécialisé dans les serveurs informatiques de haute performance, a chuté de 20,08% ce lundi 22 juin 2026, selon BFM Bourse. Cette contre-performance intervient après une suspension de cotation depuis jeudi 18 juin, le temps pour l’entreprise de répondre aux allégations d’un vendeur à découvert, Grizzly Research, qui l’accuse de pratiques frauduleuses.
Ce qu'il faut retenir
- L’action 2Crsi a plongé de 20,08% lundi matin avant d’être suspendue de cotation en raison d’un afflux massif d’ordres de vente.
- Le vendeur à découvert Grizzly Research accuse 2Crsi d’avoir passé un contrat de 610 millions de dollars avec une société fantôme, NewYork GreenCloud (NYGC), créée par un vétérinaire.
- 2Crsi rejette catégoriquement ces accusations, affirmant que ses comptes sont certifiés par E&Y et que le contrat n’a donné lieu à aucune facturation pour l’instant.
- Malgré cette chute, l’action conserve une performance de 947% sur trois ans, bien que les accusations aient érodé la confiance des investisseurs.
Un rapport accablant et une réponse qui ne convainc pas
Depuis le 18 juin 2026, 2Crsi est dans la tourmente après la publication d’un rapport par Grizzly Research, un vendeur à découvert. Ce dernier y dénonce ce qu’il qualifie de « presque une fraude à l’état pur » derrière la croissance fulgurante de la PME alsacienne, souvent présentée comme un acteur clé de l’intelligence artificielle. Le rapport pointe notamment un contrat de 610 millions de dollars passé avec NewYork GreenCloud (NYGC), une société dirigée par le Dr Joseph Church, un vétérinaire sans expérience dans les centres de données.
Pour répondre à ces accusations, 2Crsi a organisé un webinar vendredi 19 juin après la clôture des marchés, suivi d’un communiqué de presse dans lequel elle affirme avoir apporté des réponses « point par point » aux allégations. Pourtant, les marchés n’ont pas été convaincus. L’action, déjà en baisse de 43,05% jeudi, a de nouveau reculé de 20,08% lundi matin, forçant l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) à suspendre sa cotation en raison d’un volume d’ordres de vente trop élevé.
Des accusations portées sur un contrat contesté
Le cœur des tensions réside dans le contrat de 610 millions de dollars signé entre 2Crsi et NewYork GreenCloud. Selon Grizzly Research, ce contrat serait fictif, car NYGC, dirigée par un vétérinaire, n’aurait aucune expertise dans la gestion de data centers. 2Crsi conteste cette version et précise que ce contrat, toujours en cours, prévoit une première phase de mise à disposition de puissance électrique et de capacité de calcul dès 2026, avant une montée en puissance entre 2027 et 2028.
La société strasbourgeoise insiste également sur le fait qu’elle n’a encore facturé aucun montant lié à ce contrat. 2Crsi ajoute qu’elle n’entretient aucun lien capitalistique avec NYGC et que la viabilité financière de cette dernière ne la concerne pas directement. « 2CRSi entretient une relation commerciale avec le Dr Joseph Church depuis 2021 (achat et location de serveurs). La structure financière et la viabilité propre de NYGC relèvent de cette société. Le sujet pertinent pour 2CRSi est la capacité de recouvrer ses créances », a précisé l’entreprise dans son communiqué.
Une performance historique en berne, mais une défense qui peine à rassurer
Avant ces accusations, 2Crsi était considérée comme un véritable « carton boursier » parmi les petites capitalisations. Entre 2023 et la semaine dernière, son action avait progressé de près de 2 600%, voire de 950% sur trois ans selon les dernières données. Pourtant, malgré la suspension de cotation et les démentis de l’entreprise, les investisseurs continuent de se désengager massivement, comme en témoigne la chute de 20,08% enregistrée lundi.
Les analystes de Portzamparc, cités par Zonebourse.com, ont choisi de maintenir leur confiance dans la direction de 2Crsi, estimant que les attaques de Grizzly Research sont « infondées ». Pour autant, la méfiance persiste. BFM Bourse rappelle que les vendeurs à découvert ont parfois permis de révéler des fraudes majeures, comme celle de Wirecard ou Gowex, mais que leurs attaques peuvent aussi s’avérer infondées.
Un marché sous tension et des questions qui persistent
La suspension de cotation de 2Crsi lundi matin illustre la volatilité extrême à laquelle est confronté le titre. Les ordres de vente massifs ont forcé l’AMF à intervenir, mais l’incertitude reste entière. Les investisseurs attendent désormais des clarifications supplémentaires de la part de l’entreprise, notamment sur la réalité économique du contrat avec NewYork GreenCloud et sur les garanties financières apportées par cette société.
D’autres questions restent en suspens : 2Crsi parviendra-t-elle à convaincre le marché de son sérieux ? Les régulateurs vont-ils enquêter sur les pratiques de Grizzly Research ou sur la solidité des contrats signés par la PME ? Autant d’éléments qui pourraient déterminer l’avenir de cette action, dont la performance sur trois ans reste spectaculaire, mais dont la crédibilité est désormais ébranlée.
La situation rappelle celle d’autres affaires où des vendeurs à découvert ont joué un rôle clé dans la révélation de scandales financiers. Reste à savoir si 2Crsi parviendra à éviter le même sort ou si ces accusations, bien que contestées, révéleront des failles dans sa gestion.
Un vendeur à découvert, comme Grizzly Research, est un investisseur qui parie sur la baisse d’une action en la vendant sans la posséder, puis en la rachetant à un prix inférieur pour réaliser une plus-value. Pour étayer sa thèse, il publie souvent des rapports détaillés visant à discréditer l’entreprise ciblée et à convaincre d’autres investisseurs de vendre leurs titres, ce qui accélère la chute du cours. Ces rapports peuvent avoir un impact majeur sur les marchés, comme l’a montré l’affaire Wirecard.
Le contrat en question s’élève à 610 millions de dollars, selon les accusations de Grizzly Research. 2Crsi précise qu’aucune facturation n’a encore été effectuée dans le cadre de ce contrat, qui prévoit une phase initiale de mise à disposition de puissance électrique et de capacité de calcul dès 2026.