Des images diffusées par la CBC, média canadien, montrent l’utilisation d’armes fabriquées au Canada dans trois zones de guerre : le Yémen, le Soudan et la Libye. Selon Courrier International, ces clichés, corroborés par des sources indépendantes, attestent de la présence de fusils produits par Sterling Cross Defense Systems, une entreprise basée au Canada. Sur l’un des clichés, un combattant des Forces de soutien rapide (FSR) soudanaises est filmé en train de frapper un détenu avec la crosse de son arme, identifiée comme étant de fabrication canadienne.

Cette révélation intervient alors que le Canada occupe une place de choix sur le marché mondial des exportations d’armes. Comme le rappelle Courrier International, l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) classait en 2025 le Canada au 14e rang des plus grands exportateurs d’armes dans le monde. En février 2026, le gouvernement canadien a dévoilé une nouvelle stratégie industrielle de défense visant à augmenter de 50 % ses exportations d’armements d’ici dix ans, une ambition justifiée par la volonté de renforcer les partenariats au sein de l’OTAN et avec des pays partageant « nos valeurs », selon les termes du Premier ministre canadien.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Canada est le 14e exportateur mondial d’armes en 2025, selon le SIPRI (Institut international de recherche sur la paix de Stockholm).
  • Le gouvernement canadien a annoncé en février 2026 un objectif d’augmentation de 50 % de ses exportations d’armes sur dix ans.
  • Des images de la CBC confirment la présence d’armes canadiennes dans des zones de conflit au Yémen, au Soudan et en Libye.
  • Parmi les armes identifiées figurent des fusils produits par Sterling Cross Defense Systems, une entreprise canadienne.
  • Un combattant soudanais des Forces de soutien rapide (FSR) a été filmé en train d’utiliser une arme canadienne pour frapper un détenu.

Une stratégie canadienne sous le feu des critiques

En février 2026, le Premier ministre canadien a présenté une nouvelle stratégie industrielle de défense, mettant en avant l’augmentation des exportations d’armes comme un levier de croissance économique et de renforcement des alliances. Lors de l’annonce, il a affirmé que les exportations seraient prioritairement orientées vers des pays membres de l’OTAN « qui partagent nos valeurs ». Pour les autres destinations, il a évoqué la mise en place de « règles et de garde-fous » afin d’éviter les dérives. Pourtant, les images diffusées par la CBC semblent contredire ces engagements. Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre, avait alors mis en garde Ottawa contre les risques de cette politique, évoquant un « terrain glissant » selon les propos rapportés par Le Journal de Montréal.

Les révélations de la CBC soulèvent des questions sur l’efficacité des contrôles mis en place par le gouvernement canadien. En effet, les armes canadiennes, comme celles produites par Sterling Cross Defense Systems, circulent sur des réseaux sociaux et dans des zones de conflit où elles sont utilisées de manière illicite, en violation des embargos internationaux. Les images montrant des soldats soudanais des FSR utilisant ces armes contre des détenus illustrent l’ampleur du problème, d’autant que le Soudan est sous embargo onusien depuis 2004.

Des zones de conflit sous embargo international

Les trois pays où des armes canadiennes ont été identifiées — le Yémen, le Soudan et la Libye — sont tous trois soumis à des embargos internationaux en raison de leurs conflits armés prolongés. Au Yémen, une guerre civile oppose depuis 2014 les forces gouvernementales, soutenues par une coalition dirigée par l’Arabie saoudite, aux rebelles houthis, soutenus par l’Iran. Le pays est sous embargo onusien sur les armes depuis 2015, bien que son application reste limitée. En Libye, le conflit oppose depuis 2019 les forces du gouvernement d’union nationale, reconnu par l’ONU, et celles de l’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar, soutenu par plusieurs puissances régionales. Un embargo sur les armes est en vigueur depuis 2011, mais il est régulièrement violé. Enfin, au Soudan, la guerre civile qui oppose depuis avril 2023 les Forces armées soudanaises (FAS) et les Forces de soutien rapide (FSR) a déjà fait des dizaines de milliers de morts et déplacé plus de dix millions de personnes. Malgré l’embargo onusien en vigueur depuis 2004, les livraisons d’armes persistent, alimentant un conflit particulièrement meurtrier.

La présence d’armes canadiennes dans ces trois pays met en lumière les failles des mécanismes de contrôle des exportations d’armes. En effet, le Canada, comme d’autres pays exportateurs, s’appuie sur des certificats de destination finale et des accords bilatéraux pour garantir que ses armes ne seront pas détournées vers des zones de conflit. Pourtant, ces mécanismes apparaissent insuffisants face à la réalité des réseaux de revente et de contrebande qui se développent dans ces régions.

Une industrie de l’armement en plein essor au Canada

Le secteur canadien de l’armement connaît une croissance soutenue depuis plusieurs années. Selon Visual Capitalist, cité par Courrier International, le Canada s’est imposé comme le 14e exportateur mondial d’armes en 2025, une performance qui reflète l’importance stratégique que le gouvernement accorde à cette industrie. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte plus large de militarisation accrue dans plusieurs régions du monde, notamment en Europe de l’Est et en Asie, où les tensions géopolitiques alimentent la demande en armements.

La nouvelle stratégie industrielle de défense, dévoilée en février 2026, vise explicitement à renforcer la position du Canada sur ce marché. Le gouvernement mise sur une augmentation de 50 % de ses exportations d’armes d’ici 2036, une ambition qui devrait se traduire par une hausse des investissements dans le secteur et une diversification des partenariats commerciaux. Pourtant, les révélations de la CBC montrent que cette expansion pourrait se faire au détriment du respect des engagements internationaux et des droits humains.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront en grande partie des réactions des autorités canadiennes. Si les révélations de la CBC sont confirmées, Ottawa pourrait être contraint de revoir ses procédures d’exportation et d’imposer des contrôles plus stricts sur l’utilisation finale de ses armes. Une enquête indépendante pourrait également être ouverte pour faire la lumière sur les circuits de revente et identifier les responsables de ces détournements. Enfin, cette affaire pourrait relancer le débat sur la responsabilité des États exportateurs d’armes dans les violations des droits humains et les conflits armés à l’étranger.

Pour l’heure, la CBC a indiqué qu’elle poursuivait ses investigations afin de documenter l’ampleur de la présence d’armes canadiennes dans les zones de conflit. De son côté, le gouvernement canadien n’a pas encore réagi officiellement aux révélations, mais la pression internationale pourrait l’obliger à prendre des mesures concrètes dans les prochains mois.

En juin 2026, plusieurs pays sont soumis à des embargos onusiens sur les armes, notamment la Libye (depuis 2011), le Soudan (depuis 2004), le Yémen (depuis 2015), la Corée du Nord (depuis 2006), la Somalie (depuis 1992) et la République centrafricaine (depuis 2013). Ces embargos visent à limiter l’afflux d’armes dans des zones de conflit ou sous régime autoritaire.

Le SIPRI est un institut de recherche indépendant basé en Suède, spécialisé dans l’étude des conflits armés, de la sécurité internationale et du commerce des armes. Il publie chaque année un rapport détaillé sur les exportations mondiales d’armes, basé sur des données compilées à partir de sources officielles et d’ONG.