Des images et vidéos manipulées circulent en ligne après l'attaque au véhicule-bélier survenue lundi à Leipzig, en Allemagne. Plusieurs publications suggèrent, à tort, un lien entre le suspect et les mouvements Antifa ou l'AfD. Euronews FR revient sur ces fausses informations qui brouillent le débat public.

Ce qu'il faut retenir

  • Deux morts et plusieurs blessés après une attaque au véhicule-bélier à Leipzig, attribuée à un homme de 33 ans.
  • Des images truquées ont circulé, prétendant montrer le suspect portant un T-shirt « Antifa International » ou celui de l'AfD.
  • Les autorités allemandes n'ont trouvé aucune preuve d'un motif politique ou religieux dans cette attaque.
  • Le suspect, déjà connu des services pour des menaces et des délits diffamatoires, avait été hospitalisé en psychiatrie.
  • D'autres vidéos virales sur TikTok et X provenaient en réalité d'une manifestation de février 2025 à Nuremberg.

Une attaque meurtrière et des fausses pistes immédiatement relayées

Lundi 6 mai 2026, un véhicule a foncé dans la foule à Leipzig, faisant deux morts et plusieurs blessés graves. Les médias allemands ont rapidement identifié le suspect, un homme de 33 ans résidant dans la ville et né en Allemagne. Euronews FR souligne que dès le lendemain de l'attaque, des images manipulées ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux.

Parmi elles, une photo largement partagée affirmait que le suspect portait un T-shirt arborant le logo « Antifa International ». Une autre version, tout aussi fausse, le présentait vêtu d'un T-shirt du parti Alternative pour l'Allemagne (AfD). Pourtant, aucune de ces affirmations n'a été confirmée par les autorités, qui n'ont trouvé aucun élément suggérant un motif politique ou religieux derrière cet acte.

Des manipulations rapidement démontées par les vérificateurs de faits

L'équipe de fact-checking The Cube d'Euronews FR a mené l'enquête sur l'origine de ces images. Leur analyse montre que les clichés ont été trafiqués avant d'être diffusés massivement. L'un des premiers comptes à partager la photo prétendant identifier le suspect en T-shirt « Antifa » a finalement reconnu que l'image était fausse. Selon ses déclarations, il aurait trouvé la photo sur le site niche « Pr0gramm », bien que aucune trace de ce cliché n'ait été retrouvée sur la plateforme.

Les vérificateurs de faits allemands ont également retracé une capture d'écran montrant que le compte à l'origine de la publication était situé en Californie et utilisait un modèle d'affichage Instagram. Un autre compte, qui avait amplifié l'image, a finalement admis qu'elle était truquée. Pourtant, le chatbot Grok, développé par xAI (Elon Musk), avait initialement jugé l'image authentique, avant de corriger son analyse.

Des vidéos virales sans aucun lien avec l'attaque

Parallèlement, des vidéos circulant sur TikTok et X prétendaient montrer des milliers de personnes manifestant en soutien à l'AfD ou réclamant de nouvelles élections après l'attaque. Euronews FR précise que ces contenus, pourtant visionnés des dizaines de milliers de fois, ne correspondent en rien à la réalité des événements.

Une recherche d'image inversée a permis d'identifier l'origine de ces vidéos : elles proviennent d'une manifestation organisée à Nuremberg en février 2025, où au moins 20 000 personnes s'étaient rassemblées pour défendre la démocratie, selon l'agence de presse allemande DPA. Ces images, donc, n'ont aucun rapport avec l'attaque de Leipzig et ont été détournées de leur contexte initial.

Le profil du suspect et l'absence de motivation politique

Les autorités allemandes ont communiqué des éléments sur le profil de l'auteur présumé. Âgé de 33 ans, il vivait à Leipzig et n'avait, selon les enquêteurs, aucun lien avec des mouvements politiques ou religieux. En revanche, il avait déjà attiré l'attention des services de police pour des « menaces et délits diffamatoires dans son cercle social ».

Il avait également été admis et traité dans un hôpital psychiatrique, une information qui soulève des questions sur son état mental au moment des faits. Pour l'instant, aucune hypothèse n'a été écartée par les enquêteurs, mais les fausses pistes liées à l'Antifa ou à l'AfD ont été largement démenties.

Des réactions en ligne qui exploitent l'émotion pour polariser

Ces manipulations ne sont pas anodines. Elles s'inscrivent dans une tendance plus large où des images truquées sont utilisées pour alimenter des narratives politiques ou attiser les tensions. Certains comptes ont partagé ces images en soulignant la facilité avec laquelle une photo peut être modifiée. D'autres, en revanche, ont propagé ces fausses informations en affirmant que le suspect était un sympathisant de l'AfD ou de l'Antifa, sans aucune preuve à l'appui.

Ces pratiques rappellent l'importance de la vérification des faits, notamment dans un contexte où les réseaux sociaux amplifient rapidement les contenus, souvent sans modération préalable. Euronews FR insiste sur le rôle des plateformes et des utilisateurs dans la lutte contre la désinformation.

Et maintenant ?

Les autorités allemandes poursuivent leur enquête pour déterminer les motivations exactes du suspect. Les résultats des investigations psychiatriques et des analyses techniques pourraient éclairer les circonstances de l'attaque. Par ailleurs, les plateformes comme TikTok et X pourraient renforcer leurs dispositifs de modération pour limiter la propagation de contenus manipulés. Une question reste en suspens : ces fausses informations ont-elles influencé le débat public ou les réactions politiques ? La réponse pourrait émerger dans les prochains jours.

L'enquête se poursuit, mais une chose est certaine : la désinformation a déjà laissé des traces dans le traitement médiatique de cet événement tragique.

Ces manipulations répondent souvent à une logique de polarisation politique. En associant l'auteur présumé à des mouvements extrêmes, certains comptes cherchent à alimenter des narratives préexistantes, parfois pour discréditer un camp ou un parti. Les réseaux sociaux, par leur viralité, amplifient ces contenus sans vérification systématique, ce qui explique leur propagation rapide.