Selon Libération, un nouvel ouvrage intitulé « Le Roman d’un roi » propose une analyse approfondie du pouvoir exercé par Mohammed VI depuis son accession au trône en 1999. Ce livre, publié cette semaine, s’articule autour de six angles distincts pour éclairer les mécanismes politiques, économiques et sociétaux d’un règne marqué par des réformes partielles et des succès tangibles. Les auteurs, les journalistes Christophe Ayad et Frédéric Bobin, y décryptent les tensions entre tradition et modernité qui traversent le Maroc contemporain.

Ce qu'il faut retenir

  • Fin de règne : Le livre aborde la question de la succession du souverain marocain, alors que le pays s’interroge sur l’avenir politique au-delà de Mohammed VI.
  • Demi-réformes : Les auteurs soulignent les avancées limitées en matière de démocratie et de droits humains, malgré des initiatives symboliques.
  • Vraies réussites : L’ouvrage met en lumière des succès économiques et infrastructurels, notamment dans les secteurs touristique et énergétique.
  • Pouvoir personnel : Le livre explore la concentration du pouvoir entre les mains du roi, malgré une constitution révisée en 2011.
  • Influence régionale : Les journalistes analysent le rôle du Maroc dans la diplomatie africaine et ses relations avec l’Europe.
  • Culture et image : Le soft power marocain, notamment à travers des projets comme le musée Mohammed VI d’art moderne, est également au cœur de l’analyse.

Un règne entre héritage et modernité

« Le Roman d’un roi » s’ouvre sur un constat : le règne de Mohammed VI, débuté en juillet 1999 après la disparition de son père Hassan II, a été marqué par des évolutions contrastées. Les auteurs rappellent que le souverain a hérité d’un pays sous tension, marqué par des inégalités sociales et une économie fragile. Pourtant, note Libération, certains secteurs ont connu des transformations majeures, comme le développement des énergies renouvelables, où le Maroc s’est imposé comme un leader africain. Ces avancées, souvent médiatisées, contrastent avec les lenteurs des réformes politiques, où les libertés individuelles restent sous contrôle.

Le livre insiste sur un paradoxe central : tandis que le Maroc modernise son image à l’international — à travers des événements comme la Coupe du Monde 2030 ou des partenariats économiques avec l’Europe — le système politique reste largement figé. Les auteurs citent des exemples concrets, comme la répression des mouvements contestataires ou la limitation de la liberté de la presse, pour illustrer cette tension entre ouverture et contrôle. « Le roi a su naviguer entre héritage et modernité, mais à quel prix pour la démocratie ? », s’interroge l’un des chapitres, sans pour autant trancher.

Le Maroc sous le prisme de ses contradictions

L’ouvrage se structure en six chapitres thématiques, chacun explorant une facette du pouvoir marocain. Le premier, consacré à l’héritage de Hassan II, rappelle les racines d’un système où le monarque concentre à la fois les fonctions politiques, religieuses et militaires. Les auteurs rappellent que Mohammed VI a hérité d’un État centralisé, où le palais royal joue un rôle pivot dans la gestion des affaires publiques. « Le Makhzen, cette machinerie administrative et politique, reste le véritable cœur du pouvoir », explique Christophe Ayad dans une interview accordée à Libération.

Les autres chapitres abordent des thèmes variés : l’économie, avec le développement des mégaprojets comme le port de Tanger Med, la diplomatie marocaine sous l’influence de l’ancien ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita, ou encore la société civile, dont les marges de manœuvre restent étroites. Un chapitre entier est consacré à la question du Sahara occidental, dossier épineux où le Maroc défend sa position de souveraineté face aux critiques internationales. Les auteurs soulignent que, malgré les tensions, le royaume a su mobiliser un réseau d’alliances solides, notamment en Afrique subsaharienne.

Un héritage à l’épreuve du temps

Alors que Mohammed VI approche des trente ans de règne, l’ouvrage interroge l’avenir du Maroc sans son souverain. Les auteurs évoquent les spéculations sur sa succession, sans jamais trancher sur un éventuel scénario. « Rien n’est écrit, et c’est peut-être là la force du système : il a su s’adapter à chaque époque », analyse Frédéric Bobin. Le livre évoque également les défis qui attendent le pays, comme la gestion des ressources en eau, la jeunesse en quête d’emplois ou la pression migratoire vers l’Europe. Autant de sujets qui pourraient redéfinir le rôle du futur monarque.

Pour les auteurs, l’enjeu n’est pas seulement politique, mais aussi symbolique. Le Maroc de Mohammed VI a su se construire une image de stabilité dans une région instable, mais cette image résiste-t-elle à l’épreuve du temps ? « Le roi a incarné une forme de continuité, mais dans un monde qui change à toute vitesse, cette continuité peut devenir un risque », conclut l’un des chapitres.

Et maintenant ?

La publication de « Le Roman d’un roi » intervient à un moment charnière pour le Maroc, alors que le pays prépare discrètement l’après-Mohammed VI. Les prochaines échéances électorales, notamment les législatives prévues pour 2026, pourraient révéler les tensions internes au système. Par ailleurs, les négociations en cours avec l’Union européenne sur un partenariat renforcé pourraient aussi servir de test pour l’influence future du Maroc. Reste à voir si le nouveau souverain, quel qu’il soit, parviendra à concilier les attentes de la population avec les contraintes d’un système politique encore très centralisé.

Selon Libération, l’ouvrage devrait susciter des débats au Maroc comme à l’étranger, notamment sur la question de la démocratisation. Si les auteurs évitent les jugements hâtifs, leur analyse offre une grille de lecture utile pour comprendre les dynamiques d’un pays souvent présenté comme un modèle de stabilité en Afrique du Nord. Une chose est sûre : « Le Roman d’un roi » rappelle que le pouvoir, au Maroc, se raconte avant tout comme une histoire, avec ses héros, ses zones d’ombre et ses rebondissements.

Les auteurs expliquent que l’approche des trente ans de règne de Mohammed VI (2026) offre un recul nécessaire pour analyser son héritage. « C’est le moment idéal pour dresser un bilan, avant que l’histoire ne soit réécrite », déclare Christophe Ayad à Libération.