À l’angle de la 116e rue et de Malcolm X Boulevard, dans le quartier new-yorkais de Harlem, Abdoulaye Thiam, 78 ans, incarne depuis des décennies la mémoire et la vitalité de la communauté sénégalaise. D’après RFI, cet artisan tailleur autodidacte est devenu une figure centrale de Little Sénégal, ce microcosme culturel africain niché au cœur de l’un des quartiers les plus emblématiques de New York. Une présence qui dépasse largement les frontières de la diaspora, puisqu’il a côtoyé des personnalités aussi variées que les Jackson Five, l’ancien président français Jacques Chirac ou encore le couturier américain Dapper Dan.

Ce qu'il faut retenir

  • Abdoulaye Thiam, 78 ans, est installé sur la 116e rue à Harlem, au cœur de Little Sénégal.
  • Il est tailleur autodidacte et considéré comme une mémoire vivante de la communauté sénégalaise à New York.
  • Son atelier a accueilli des personnalités comme les Jackson Five, Jacques Chirac et Dapper Dan.
  • Il représente un pont entre le Sénégal et les États-Unis depuis près de six décennies.

Un parcours forgé entre Dakar et Harlem

Né au Sénégal, Abdoulaye Thiam quitte son pays natal dans les années 1960 pour s’installer aux États-Unis. Selon RFI, son arrivée coïncide avec l’émergence d’une vague migratoire africaine vers l’Amérique du Nord, une période où les communautés diasporiques cherchent à recréer des repères culturels loin de chez elles. Harlem, alors en pleine mutation sociale, devient un terreau fertile pour l’épanouissement de ces nouvelles communautés. C’est dans ce contexte que Thiam pose ses valises et ouvre un atelier de tailleur, métier qu’il apprend sur le tas, sans formation académique.

Son talent et son sens des affaires lui permettent rapidement de se faire une place. D’après RFI, il choisit la 116e rue non pas par hasard, mais parce que ce tronçon de Harlem est en train de devenir le cœur battant de la communauté africaine à New York. Autant dire que, dès les années 1970, son échoppe devient un lieu de passage obligé, où les Sénégalais fraîchement arrivés trouvent bien plus qu’un simple vêtement : une oreille attentive et une mémoire collective.

Des clients illustres et une reconnaissance informelle

Parmi les anecdotes qui jalonnent son parcours, celle de sa rencontre avec les Jackson Five en 1974 reste gravée dans les mémoires. Comme le rapporte RFI, le groupe musical, alors au sommet de sa gloire, passe commande dans son atelier lors d’un séjour à New York. Une visite qui marque les esprits et renforce sa réputation auprès des célébrités locales. Plus tard, ce sont des figures politiques comme Jacques Chirac, en visite officielle aux États-Unis dans les années 1990, qui franchissent le seuil de son atelier. Ces rencontres, bien que ponctuelles, illustrent l’aura dont il bénéficie bien au-delà des cercles diasporiques.

Pour Dapper Dan, couturier légendaire de Harlem, Thiam est avant tout un pair. «

Abdoulaye a toujours été un symbole de résilience et de créativité. Son atelier, c’est bien plus qu’un magasin : c’est un lieu où l’on vient chercher une partie de son histoire
», a-t-il déclaré à RFI. Une reconnaissance qui dépasse le cadre professionnel et touche à l’identité même des Sénégalais de la diaspora.

Little Sénégal, un morceau de Dakar transplanté à New York

Le quartier de Harlem, et plus précisément la 116e rue, est aujourd’hui surnommé Little Sénégal en raison de la forte concentration de migrants sénégalais qui y ont élu domicile. Selon RFI, on y trouve des épiceries proposant du thiéboudienne, des mosquées, des associations culturelles, et bien sûr, des ateliers de tailleur comme celui d’Abdoulaye Thiam. Ce microcosme est devenu un lieu de pèlerinage pour les Sénégalais des États-Unis, qui y trouvent un morceau de leur pays d’origine.

Thiam joue un rôle clé dans cette dynamique communautaire. Comme il l’explique à RFI, « les nouveaux arrivants viennent souvent me voir pour des conseils, pas seulement pour un costume ». Son atelier est devenu un lieu de socialisation, où l’on discute politique sénégalaise, économie, et même football. Une véritable agora moderne, où se mêlent les générations et les parcours.

Et maintenant ?

Avec l’âge, Abdoulaye Thiam commence à préparer la transition. D’après RFI, il envisage de former des jeunes de la communauté pour perpétuer son savoir-faire et son rôle de pilier social. Une transmission qui s’annonce d’autant plus cruciale que la génération née aux États-Unis cherche à se réapproprier ses racines africaines. Reste à savoir si la mairie de New York, ou des associations locales, mettront en place des dispositifs pour soutenir cette transition, notamment face à la hausse des loyers qui menace l’équilibre du quartier.

Son histoire pose également la question de l’avenir des quartiers comme Little Sénégal. Alors que Harlem se gentrifie et que les loyers explosent, des voix s’élèvent pour demander une protection accrue de ces espaces culturels. Pour Thiam, la réponse est simple : « Tant qu’il y aura des Sénégalais à New York, il y aura un Little Sénégal. » Une déclaration qui résume à elle seule l’importance de son rôle dans cette épopée transatlantique.

Little Sénégal désigne un quartier de Harlem, sur la 116e rue, où s’est installée une forte communauté sénégalaise depuis les années 1960. On y trouve des commerces, des restaurants, des mosquées et des associations culturelles, formant un véritable morceau de Dakar transplanté à New York.