La Tessoualle, commune du Maine-et-Loire limitrophe de Cholet, fait face à une crise durable de l’accès aux soins primaires. Depuis le départ à la retraite du médecin généraliste Thierry Petrella en 2024, près d’un tiers des habitants – soit 31,1 % – peine à trouver un médecin traitant, selon les données de la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) rapportées par Ouest France.

Ce qu'il faut retenir

  • Un tiers des 2 500 habitants de La Tessoualle n’a pas de médecin traitant depuis le départ à la retraite de Thierry Petrella en 2024.
  • Certains patients parcourent jusqu’à 120 km pour consulter un praticien, faute de solution locale.
  • La situation s’est détériorée depuis deux ans, sans amélioration significative malgré les démarches des habitants.
  • Les personnes sans médecin traitant ne sont pas prioritaires dans l’accès aux créneaux disponibles chez les praticiens voisins.

La commune illustre les tensions persistantes dans l’accès aux soins en milieu rural, où les déserts médicaux s’aggravent. « Déjà deux ans qu’on cherche avec ma femme. On n’est pas prioritaires, donc c’est dur d’en trouver un », témoigne Stéphane, un ingénieur Tessouallais. Son parcours reflète celui de nombreux habitants contraints de se tourner vers des solutions éloignées.

Les chiffres de la CPAM confirment l’ampleur du phénomène : 31,1 % des résidents n’ont toujours pas de médecin traitant, près de deux ans après le départ du dernier praticien. Une situation qui s’inscrit dans un contexte plus large de pénurie de médecins généralistes en France, notamment en zones rurales. La Tessoualle, comme d’autres communes du département, subit de plein fouet cette crise structurelle.

Un départ qui a tout changé

En 2024, le départ à la retraite de Thierry Petrella, médecin généraliste installé depuis plusieurs décennies à La Tessoualle, a marqué un tournant. Jusqu’alors, la commune bénéficiait d’un accès aux soins de premier recours. Son départ a laissé un vide difficile à combler, malgré les annonces répétées des autorités sanitaires sur la nécessité de renforcer l’offre médicale en milieu rural.

Depuis, les habitants doivent se rabattre sur des consultations chez des médecins situés à plusieurs dizaines, voire une centaine de kilomètres. « Certains font l’aller-retour jusqu’à Nantes ou Angers pour consulter, mais ce n’est pas une solution durable », explique une pharmacienne locale qui souhaite conserver l’anonymat. Elle souligne les difficultés rencontrées par les patients, notamment les plus âgés ou ceux souffrant de pathologies chroniques.

Des démarches infructueuses

Malgré les appels à projets lancés par l’Agence régionale de santé (ARS) Pays de la Loire et les dispositifs incitatifs pour attirer les médecins en zone sous-dotée, la situation reste bloquée à La Tessoualle. Les délais pour obtenir un rendez-vous avec un médecin généraliste dans les communes voisines s’allongent, et les créneaux disponibles sont rapidement saturés.

Les patients sans médecin traitant se retrouvent ainsi dans une impasse. Ils ne peuvent pas bénéficier des parcours de soins coordonnés, ce qui complique l’accès aux spécialistes et aux examens complémentaires. « Sans médecin traitant, c’est tout le parcours de soins qui est fragilisé », rappelle un professionnel de santé de la région, qui préfère taire son nom.

Un phénomène qui dépasse La Tessoualle

La situation de La Tessoualle n’est malheureusement pas isolée. Elle s’inscrit dans une tendance nationale de désertification médicale, amplifiée par la concentration des professionnels dans les grandes villes. Selon l’Ordre national des médecins, la densité médicale en Maine-et-Loire reste inférieure à la moyenne nationale, avec 2,8 médecins généralistes pour 1 000 habitants contre 3,1 au niveau national.

Les territoires ruraux paient le plus lourd tribut à cette crise. Les communes comme La Tessoualle, situées à proximité de pôles urbains comme Cholet ou Angers, sont pourtant des zones attractives. Pourtant, l’offre de soins y reste insuffisante pour répondre aux besoins de la population. « Les campagnes sont les grandes oubliées de la politique de santé », souligne un élu local sous couvert d’anonymat.

Et maintenant ?

Plusieurs pistes sont évoquées pour tenter d’améliorer la situation. L’ARS Pays de la Loire a annoncé le déploiement de trois maisons de santé pluridisciplinaires dans le département d’ici 2027, dont une à La Tessoualle. Ces structures, qui regroupent plusieurs professionnels de santé, pourraient partiellement répondre aux besoins locaux. Reste à savoir si elles suffiront à absorber la demande accumulée en deux ans.

Par ailleurs, le gouvernement a annoncé une refonte du numerus clausus pour les études de médecine, avec une augmentation progressive des places disponibles. Mais les effets de cette mesure ne se feront sentir qu’à moyen terme, soit dans cinq à dix ans. D’ici là, les habitants de La Tessoualle devront continuer à composer avec des délais d’attente allongés et des parcours de soins dégradés.

La crise de l’accès aux soins à La Tessoualle illustre les défis posés par la désertification médicale en France. Deux ans après le départ du dernier médecin, la commune attend toujours une solution pérenne. En attendant, les habitants poursuivent leurs recherches, parfois jusqu’à des centaines de kilomètres de chez eux.

L’Agence régionale de santé (ARS) Pays de la Loire prévoit l’ouverture d’une maison de santé pluridisciplinaire à La Tessoualle d’ici 2027. Ce projet, qui regroupera plusieurs professionnels de santé, vise à améliorer l’offre de soins locale. Par ailleurs, des dispositifs incitatifs, comme des aides financières pour les médecins s’installant en zone sous-dotée, sont maintenus, mais leur efficacité reste à prouver à court terme.