Une étude publiée ce mardi 19 mai 2026 par Doctolib et la Fondation Jean-Jaurès dresse un état des lieux sans appel sur les disparités d’accès aux soins en France. Basée sur l’analyse de plus de 230 millions de consultations réalisées en 2025, ainsi que sur les témoignages de plus de 8 000 patients et de spécialistes répartis dans l’Hexagone, cette enquête met en lumière les écarts persistants selon les territoires et les spécialités médicales. Selon Ouest France, les délais d’attente, déjà documentés en 2023, restent un marqueur tangible de ces inégalités.
Ce qu'il faut retenir
- Les délais médians d’attente les plus longs concernent la cardiologie (42 jours) et la dermatologie (32 jours).
- L’étude porte sur dix professions libérales, dont les soins de premier recours et des spécialités comme la gynécologie ou la psychiatrie.
- Plus de 230 millions de consultations analysées pour l’année 2025, avec des retours de patients et professionnels issus de toutes les régions.
- Les disparités territoriales et spécialisées sont confirmées, malgré l’essor des téléconsultations.
Des délais d’attente qui varient du simple au triple selon les spécialités
Comme le rapportait déjà une précédente édition en 2023, les délais pour obtenir un rendez-vous chez un cardiologue ou un dermatologue restent les plus élevés du panel étudié. Avec un médiane de 42 jours pour la cardiologie et 32 jours pour la dermatologie, ces spécialités concentrent les plus longues attentes. À l’inverse, les pédiatres et les sages-femmes affichent des délais bien inférieurs, souvent inférieurs à la semaine. « Ces écarts s’expliquent en partie par la concentration des praticiens dans les grandes métropoles, où l’offre est plus dense », explique un représentant de la Fondation Jean-Jaurès, cité par Ouest France.
Les chirurgiens-dentistes, bien que relevant des soins de premier recours, figurent également parmi les spécialités à forte tension. Leur délai médian atteint 28 jours, un chiffre qui illustre la pression exercée sur les services de santé bucco-dentaire, notamment dans les zones rurales. Les ophtalmologues, avec un délai moyen de 25 jours, complètent ce groupe des spécialités les plus sollicitées.
Des disparités territoriales qui creusent les écarts entre zones urbaines et rurales
L’étude souligne que les inégalités d’accès aux soins ne sont pas seulement une question de spécialité, mais aussi de localisation géographique. Les territoires ruraux, comme les zones de Rohan et Pontivy dans le Morbihan, ou encore certaines communes de la Sarthe, subissent des délais bien supérieurs à la moyenne nationale. À titre d’exemple, la création de listes d’attente dans les pays de Rohan et Pontivy reflète une situation de pénurie persistante, malgré les initiatives locales pour attirer de nouveaux médecins. « On constate que les patients doivent parfois se déplacer sur plusieurs dizaines de kilomètres pour consulter un spécialiste », précise un professionnel interrogé par Ouest France.
À l’opposé, les grandes villes comme Le Mans ou Rennes bénéficient d’une offre plus diversifiée, avec des dispositifs innovants pour réduire les temps d’attente. Au Mans, un nouveau service de santé propose désormais une prise en charge rapide, sans rendez-vous préalable, réservé à certains profils de patients. Une initiative saluée par les habitants, mais qui ne suffit pas à combler l’écart avec les zones sous-dotées.
La téléconsultation : un outil encore marginal face aux besoins
Si les téléconsultations ont connu un essor significatif depuis la crise sanitaire, elles ne résolvent qu’en partie le problème des inégalités. Selon l’étude, seulement 12 % des consultations analysées en 2025 étaient réalisées à distance. Et pour cause : leur efficacité reste limitée pour les spécialités nécessitant un examen physique, comme la cardiologie ou l’ophtalmologie. « La téléconsultation est un complément utile, mais elle ne peut se substituer à une prise en charge en présentiel pour les cas complexes », a indiqué un cardiologue interrogé par les auteurs de l’enquête.
Les patients des zones rurales, souvent éloignés des centres hospitaliers, restent donc les premiers pénalisés. Certains d’entre eux n’ont même pas de médecin traitant attitré, une situation qui s’aggrave dans certaines communes comme Carentan-les-Marais, où l’arrivée récente de deux dentistes d’origine roumaine et portugaise a été accueillie comme une bouffée d’oxygène. À l’inverse, d’autres territoires comme la Sarthe voient affluer des centaines de demandes de rendez-vous après l’installation d’un nouveau praticien, signe d’un rattrapage insuffisant face à la demande.
Cette enquête de Doctolib et de la Fondation Jean-Jaurès rappelle que, malgré les progrès technologiques et les discours sur la modernisation du système de santé, les disparités territoriales et spécialisées persistent. Si les téléconsultations apportent une réponse partielle, elles ne suffisent pas à combler le fossé entre les territoires les mieux dotés et ceux qui peinent à attirer des professionnels. Une question reste en suspens : les politiques publiques parviendront-elles à inverser cette tendance dans les années à venir ?
Selon l’étude de Doctolib et de la Fondation Jean-Jaurès publiée en mai 2026, les cardiologues et les dermatologues affichent les délais médians les plus élevés, avec respectivement 42 jours et 32 jours d’attente. Les chirurgiens-dentistes (28 jours) et les ophtalmologues (25 jours) complètent le groupe des spécialités les plus sollicitées.
Les téléconsultations ne représentent que 12 % des consultations réalisées en 2025, selon l’étude. Leur efficacité reste limitée pour les spécialités nécessitant un examen physique, comme la cardiologie ou l’ophtalmologie. Elles constituent un complément utile, mais ne suffisent pas à résoudre le problème des inégalités d’accès aux soins.