Plus de dix ans après les attentats de Paris et Bruxelles, l’éventualité d’une libération prochaine de Mohamed Bakkali, condamné pour son rôle central dans les attaques du 13 novembre 2015, relance le débat sur l’exécution des peines en Belgique pour les condamnés terroristes. Le Figaro révèle que ce djihadiste de 39 ans, incarcéré à la prison d’Ittre en Wallonie, a bénéficié depuis janvier 2023 de multiples décisions favorables du tribunal d’application des peines de Bruxelles, dont six congés pénitentiaires de 36 heures accordés le 11 mai 2026. Une situation qui suscite l’émotion en Belgique, alors que l’homme n’a purgé qu’un tiers de ses deux condamnations françaises, ramenées à 30 ans chacune en 2022.

Ce qu'il faut retenir

  • Mohamed Bakkali, condamné pour son rôle dans les attentats du 13 novembre 2015 et l’attaque du Thalys en août 2015, a obtenu six congés pénitentiaires de 36 heures le 11 mai 2026 en Belgique, alors qu’il n’a purgé qu’un tiers de sa peine.
  • Il est le seul djihadiste condamné deux fois par la justice française, mais la peine de sûreté prononcée en France n’est pas applicable en Belgique, où il bénéficie d’un régime d’exécution des peines plus souple.
  • Depuis juillet 2025, Bakkali a déjà obtenu cinq permissions de sortie, et un placement sous bracelet électronique en vue d’une libération conditionnelle pourrait être envisagé à terme.
  • Le parquet de Bruxelles avait émis un avis négatif à la décision du juge, mais ce dernier a confirmé le congé pénitentiaire malgré des conditions non respectées lors d’une permission précédente.
  • Un député belge, Denis Ducarme, dénonce une « honte pour la Belgique » et demande une modification législative pour augmenter le seuil d’éligibilité à la libération conditionnelle à 50 % de la peine pour les crimes terroristes.

Un djihadiste condamné pour deux attaques majeures

Mohamed Bakkali, aujourd’hui âgé de 39 ans, a été reconnu coupable d’avoir joué un rôle central dans l’organisation des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, qui avaient fait 130 morts et des centaines de blessés. Le Figaro rappelle que cet homme, considéré comme le « cerveau logistique » des attaques, avait également fourni des planques et des véhicules aux terroristes responsables de l’attaque manquée contre le Thalys le 21 août 2015, reliant Amsterdam à Paris. Ces faits lui avaient valu deux condamnations distinctes en France, réduites en 2022 à 30 ans de prison chacune, le maximum légal prévu par le parquet national antiterroriste.

Transféré en Belgique en janvier 2023, Bakkali y a bénéficié d’un régime d’exécution des peines moins strict que celui appliqué en France. Selon Le Figaro, la peine de sûreté prononcée par la justice française ne s’applique pas en Belgique, où les règles en matière de libération conditionnelle et de permissions de sortie sont plus souples. Une source proche du dossier citée par Le Monde indique même que Bakkali remplirait déjà les conditions pour être libérable, une hypothèse qui pourrait aboutir à un placement sous bracelet électronique.

Des décisions judiciaires contestées et des réactions politiques vives

Les décisions successives en faveur de Mohamed Bakkali ont provoqué une vive réaction parmi les responsables politiques belges. Denis Ducarme, député du Mouvement Réformateur, s’est indigné lors d’une intervention à l’hémicycle : « Malgré un avis négatif du parquet, le juge a confirmé le congé pénitentiaire, alors que des conditions n’avaient pas été respectées lors d’une permission de sortie en 2025. » Il a dénoncé une situation qu’il qualifie de « honte pour la Belgique », estimant qu’elle « tourne le dos aux centaines de victimes, morts et blessés, ainsi qu’à la douleur des familles ».

Le député a proposé deux mesures pour renforcer le contrôle judiciaire : augmenter le seuil d’éligibilité à la libération conditionnelle à 50 % de la peine pour les crimes terroristes, et permettre au parquet de faire appel des décisions du tribunal d’application des peines, une possibilité actuellement exclue par la législation belge. Interrogée sur ce dossier lors d’une séance parlementaire, la ministre belge de la Justice, Annelies Verlinden, a refusé de tout commentaire, refusant ainsi de prendre position publiquement sur une affaire qui divise.

Un débat sur la « banalisation » des crimes terroristes en Belgique

Denis Ducarme a également rappelé que la Belgique avait été directement touchée par des attentats terroristes, comme ceux du 22 mars 2016, où deux kamikazes s’étaient fait exploser à l’aéroport de Bruxelles et un troisième dans une rame de métro, faisant 32 morts et 340 blessés. Bakkali n’avait pas été condamné dans cette affaire, la justice ayant estimé qu’il était déjà incarcéré lors de la phase finale de préparation des attentats. Pourtant, pour le député, la situation actuelle illustre une forme de « banalisation » des crimes terroristes en Belgique, alors que le pays commémore chaque année les victimes de ces attaques.

Selon une source judiciaire citée par le quotidien La Capitale, le tribunal d’application des peines justifie ses décisions en soulignant que Bakkali a « fourni de nombreux efforts pour rétablir le lien avec les victimes », qu’il a déjà rencontrées. Le tribunal estime dès lors qu’il n’y a « aucune raison de craindre qu’il importune les victimes », une position qui contraste avec les craintes exprimées par les familles et les associations de victimes.

Quelles sont les prochaines étapes pour Mohamed Bakkali ?

Une audience prévue en septembre 2026 devrait permettre de préciser l’avenir judiciaire de Mohamed Bakkali. D’ici là, les observateurs s’interrogent sur la suite donnée à son dossier : un placement sous bracelet électronique en vue d’une libération conditionnelle pourrait-il être acté, ou les autorités belges opteront-elles pour un maintien en détention ? Le débat reste ouvert, alors que les associations de victimes et certains responsables politiques appellent à un durcissement du régime carcéral pour les condamnés terroristes.

En Belgique, comme en France, la question de l’équilibre entre réinsertion et sécurité nationale reste au cœur des discussions. Les prochaines décisions du tribunal d’application des peines de Bruxelles seront donc scrutées de près, dans un contexte où la mémoire des victimes des attentats de 2015 et 2016 est encore vive.

Et maintenant ?

Une audience prévue en septembre 2026 pourrait préciser si Mohamed Bakkali fera l’objet d’un placement sous bracelet électronique en vue d’une libération conditionnelle. Les prochaines décisions du tribunal d’application des peines de Bruxelles seront déterminantes pour l’avenir judiciaire du djihadiste, alors que le débat sur l’exécution des peines en matière terroriste reste vif en Belgique et en France.

En attendant, la situation rappelle que les attentats de 2015 et 2016 continuent de hanter l’Europe, tant sur le plan judiciaire que mémoriel. Les familles des victimes, comme les responsables politiques, attendent désormais des réponses claires sur la manière dont la Belgique compte concilier réinsertion et sécurité publique.

La justice française a estimé que Mohamed Bakkali était déjà incarcéré au moment de la phase finale de préparation des attentats du 22 mars 2016. Son rôle n’a donc pas été retenu dans cette affaire, bien qu’il ait été condamné pour d’autres faits terroristes.