La Cour suprême des Philippines a rendu sa décision ce mercredi 21 mai 2026, rejetant la requête de Ronald « Bato » Dela Rosa, sénateur et ancien responsable policier, visant à suspendre le mandat d’arrêt international émis à son encontre par la Cour pénale internationale (CPI). Selon Courrier International, cette décision ouvre la voie à une possible arrestation de l’intéressé, déjà en fuite depuis plusieurs semaines.
Ce qu'il faut retenir
- Ronald Dela Rosa, ancien chef de la police nationale (2016-2018) sous Rodrigo Duterte, a vu sa demande de suspension de mandat d’arrêt rejetée par la Cour suprême des Philippines ce 21 mai 2026.
- La CPI l’accuse d’être coauteur de crimes contre l’humanité pour son rôle dans la répression sanglante de la « guerre contre la drogue » aux Philippines.
- Selon des estimations, cette campagne aurait fait entre 6 000 et 30 000 morts entre 2016 et 2022.
- L’ancien policier, aujourd’hui sénateur, est actuellement en cavale pour échapper à son arrestation.
Un mandat d’arrêt lié à la « guerre contre la drogue »
Ronald Dela Rosa, surnommé « Bato » (« pierre » en tagalog), a dirigé la police nationale philippine (PNP) entre juillet 2016 et avril 2018, période durant laquelle la campagne antidrogue lancée par Rodrigo Duterte a pris une ampleur sans précédent. En tant que principal exécutant de cette politique, il est désormais visé par la CPI pour son implication présumée dans des exécutions extrajudiciaires. Une enquête préliminaire ouverte en 2018 par la Cour avait abouti à l’émission d’un mandat d’arrêt en mars 2024, mais son exécution avait été bloquée par les autorités locales, alors dirigées par Duterte lui-même.
La décision du 21 mai marque donc un tournant. La Cour suprême, saisie en urgence par Dela Rosa pour contester la validité du mandat, a finalement statué en faveur de la CPI. « La justice internationale prime sur les considérations locales », a estimé un magistrat sous couvert d’anonymat, cité par The Philippine Star.
Un bilan humain contesté et des chiffres éloquents
Le nombre de victimes de la « guerre contre la drogue » reste au cœur des débats. Les chiffres officiels avancés par Manille évoquent plus de 6 000 morts entre 2016 et 2022, principalement lors d’affrontements avec la police. Cependant, des organisations non gouvernementales et des médias indépendants, comme The Diplomat, estiment que ce chiffre pourrait atteindre 30 000 victimes, incluant les meurtres attribués à des milices pro-gouvernementales. Ces disparités s’expliquent notamment par la méthodologie employée pour comptabiliser les décès, certains étant classés comme « suspects » avant d’être abattus.
Pour la CPI, ces opérations systématiques constituent des crimes contre l’humanité, définis comme des actes commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique contre une population civile. Dela Rosa, en tant que responsable direct des opérations, est directement pointé du doigt. « Son rôle a été central dans la mise en œuvre de cette politique », a rappelé un porte-parole de la CPI, sans pour autant commenter la décision philippine.
Une fuite qui complique l’exécution du mandat
Dès l’émission du mandat en mars 2024, Ronald Dela Rosa a quitté ses fonctions publiques avant de se retirer dans une résidence privée, selon des sources locales. Les images diffusées le 13 mai 2026 par l’agence AFP le montrent en train de quitter précipitamment une réunion à Manille, confirmant sa volonté d’échapper aux autorités. Le ministre de la Justice par intérim, Fredderick Vida, a d’ores et déjà annoncé que les forces de l’ordre, en coordination avec le Bureau national d’enquête, se tenaient prêtes à procéder à son arrestation dès que les conditions le permettront.
Cependant, les obstacles persistent. Dela Rosa bénéficie encore de protections politiques en tant que membre du Sénat, où il siège sous la bannière du parti de Duterte, le PDP-Laban. Son immunité parlementaire, bien que suspendue en cas de crime grave, complique les démarches des autorités. « Nous agissons dans le respect de la loi, mais les délais judiciaires peuvent retarder une arrestation immédiate », a précisé un responsable du Bureau national d’enquête.
Par ailleurs, cette affaire relance le débat sur l’impunité des responsables politiques dans un pays où les violations des droits humains restent fréquentes. Selon des observateurs, cette décision de la Cour suprême pourrait servir de précédent pour d’autres hauts gradés impliqués dans la répression, comme l’ancien président Rodrigo Duterte, lui-même visé par un mandat d’arrêt de la CPI depuis mai 2025 pour des faits similaires.
Reste à savoir si les autorités philippines, confrontées à des tensions internes et à une opinion publique divisée, donneront suite à cette décision. Une chose est sûre : l’affaire Dela Rosa s’inscrit désormais dans une logique plus large de reddition des comptes, où la justice internationale et les institutions locales s’affrontent pour la première fois de manière aussi frontale.
La Cour a considéré que les arguments juridiques avancés par l’ancien chef de la police ne permettaient pas de suspendre le mandat d’arrêt émis par la CPI. Elle a estimé que les conditions requises pour une suspension n’étaient pas réunies, notamment en ce qui concerne la gravité des accusations et la présomption de culpabilité.