Le 21 mai 2026, le film « La bola negra », réalisé par Javier Ambrossi et Javier Calvo – le duo espagnol plus connu sous le nom de « Los Javi » –, a été présenté en compétition officielle lors de la 79e édition du Festival de Cannes. Selon Franceinfo – Culture, cette œuvre ambitieuse, à la fois spectaculaire et profondément intime, explore sur trois générations la condition homosexuelle en Espagne, depuis les années 1930 jusqu’à aujourd’hui, tout en rendant un vibrant hommage au poète Federico Garcia Lorca, figure majeure de la littérature mondiale, assassiné en 1936 par les forces franquistes.
Ce qu'il faut retenir
- Trois générations, trois époques (1932, 1937, 2017) et trois destins liés par un manuscrit inachevé inspiré de l’histoire réelle de Garcia Lorca.
- Le film s’ouvre sur l’exclusion d’un jeune bourgeois espagnol, Carlos, après l’attribution d’une « boule noire » lors d’un vote secret, symbole de son homosexualité.
- Une œuvre à la fois dramatique, onirique et politique, mêlant genres cinématographiques (guerre, comédie, fantastique) et portée par un casting international.
- Penélope Cruz et Glenn Close figurent au générique, aux côtés de révélations comme Guitarricadelafuente et Carlos González.
- Les réalisateurs expliquent que le film aborde « une guerre intérieure », celle des préjugés et de la honte intériorisée, toujours actuelle pour les personnes LGBTQ+.
Un récit inspiré d’un destin tragique et d’un mystère littéraire
L’intrigue de « La bola negra » s’articule autour d’un roman inachevé que Garcia Lorca aurait écrit, dans lequel il révèle ouvertement l’homosexualité de son protagoniste. Seules quelques pages ont été retrouvées avant son exécution par les nationalistes en 1936. Les réalisateurs Ambrossi et Calvo imaginent ainsi la suite de ce manuscrit, transformant cette absence en une épopée traversant le XXe siècle espagnol. Le film s’inspire également de la pièce « La piedra oscura », écrite par Alberto Conejero – également scénariste du film – qui retrace les amours de Lorca avec le footballeur Rafael Rodríguez Rapún, tous deux victimes de la répression franquiste.
À travers le parcours de trois hommes, le film interroge la transmission d’un héritage douloureux. « Ce que nous voulons montrer, c’est comment ces blessures du passé continuent de résonner aujourd’hui, même si des droits ont été conquis », explique Javier Calvo dans un entretien accordé à Franceinfo – Culture. « C’est une douleur intérieure, une honte que beaucoup portent encore en eux, comme une boule noire au fond du ventre. »
Une mise en scène audacieuse et un casting de prestige
Servi par une réalisation flamboyante, « La bola negra » alterne entre séquences de guerre, moments de comédie et passages oniriques, le tout rythmé par une esthétique qui rend hommage à la poésie de Lorca. « Nous voulions faire un film d’auteur à grande échelle, dans l’esprit des œuvres qui nous ont fait aimer le cinéma », confie Javier Ambrossi à la même source. La photographie, les décors et la direction artistique renforcent cette immersion dans l’Espagne des années 1930, tout en intégrant des éléments contemporains pour souligner les liens entre les époques.
Le casting illustre cette ambition : aux côtés de stars internationales comme Penélope Cruz et Glenn Close, le film met en avant des talents espagnols incontournables, dont Lola Dueñas – figure récurrente du cinéma d’Almodóvar – ainsi que Guitarricadelafuente, dont la performance dans le rôle de Sebastián a particulièrement marqué les esprits. Carlos González, dans le rôle d’Alberto, incarne quant à lui un jeune homme contemporain remontant le fil d’une histoire familiale douloureuse, tandis que Miguel Bernardeau complète ce trio de protagonistes.
« Peu importe ce qui se passera ici [à Cannes], ce film vient de notre cœur, et nous sommes heureux de le partager. »
Javier Ambrossi et Javier Calvo
Une œuvre entre mémoire et actualité
Au-delà de son hommage à Garcia Lorca, « La bola negra » s’inscrit dans une réflexion plus large sur les combats LGBTQ+ à travers les décennies. Le film dessine une continuité entre la répression franquiste et les défis actuels, qu’il s’agisse des lois anti-LGBTQ+ dans certains pays ou des violences persistantes envers les personnes queer. « Nous parlons d’un héritage, de ces choses que l’on ressent encore au fond de soi en tant que personnes queer, même après avoir obtenu des libertés », souligne Javier Calvo. Cette dimension universelle, couplée à une esthétique soignée, en fait une œuvre à la fois accessible et exigeante, susceptible de toucher un large public.
La réception critique à Cannes semble d’ores et déjà élogieuse. Certains observateurs n’hésitent pas à évoquer une possible Palme d’or pour ce film qui, par sa profondeur et son ambition, pourrait marquer l’histoire du festival. « C’est un film qui parle à la fois du passé et du présent, et qui le fait avec une telle justesse qu’il dépasse le cadre espagnol », commente un critique présent lors de la projection.
Un film qui dépasse le cadre du cinéma
Au-delà de sa dimension cinématographique, « La bola negra » s’impose comme un acte politique et mémoriel. En revisitant l’histoire de Garcia Lorca et des victimes de la répression franquiste, les réalisateurs Ambrossi et Calvo offrent une lecture contemporaine de la mémoire collective espagnole. Ce travail s’inscrit dans une dynamique plus large de réhabilitation des figures LGBTQ+ effacées par l’Histoire, à l’instar des hommages rendus ces dernières années à des personnalités comme Alan Turing ou Marsha P. Johnson.
Le film interroge aussi la place de l’art comme résistance. Garcia Lorca, figure majeure de la Génération de 27, avait fait de sa poésie une arme contre les conventions de son époque. « La bola negra » prolonge ce combat en montrant comment la création peut servir de pont entre les générations, malgré les silences et les tabous. « Le cinéma a ce pouvoir : il peut raconter ce que l’Histoire a tenté d’effacer », rappelle Javier Ambrossi.
Avec une durée de 2h35, le film, tourné entre l’Espagne et la France, confirme le talent d’un duo de réalisateurs déjà acclamé pour leur série « Veneno » et leur précédent long-métrage « Holy Camp! » (2017). Leur capacité à mêler engagement politique et divertissement place « La bola negra » comme l’un des titres les plus attendus de l’année, susceptible de s’imposer comme une référence du cinéma queer contemporain.
Le film s’inspire d’un manuscrit inachevé que Garcia Lorca aurait écrit, dans lequel il révèle ouvertement l’homosexualité de son personnage. Seules les premières pages ont été retrouvées avant son exécution en 1936. Les réalisateurs imaginent la suite de ce roman, en en faisant le fil rouge d’une épopée traversant trois générations et trois époques de l’Espagne.