Alors que la ministre de l’Agriculture Annie Genevard avait exclu toute réintroduction de l’acétamipride, le sénateur Laurent Duplomb a déposé, jeudi 11 juin 2026, un amendement visant à réautoriser cet insecticide controversé dans le cadre du projet de loi d’urgence agricole. Ce texte, inspiré de la loi Duplomb promulguée en 2025, prévoit explicitement la réintroduction de l’acétamipride et du flupyradifurone pour certaines cultures, notamment les noisettes et les betteraves. Selon Reporterre, cette initiative marque une nouvelle étape dans le bras de fer entre les défenseurs d’une agriculture intensive et les opposants aux pesticides.
Ce qu'il faut retenir
- Un amendement déposé par Laurent Duplomb jeudi 11 juin 2026 vise à réautoriser l’acétamipride et le flupyradifurone dans le projet de loi agricole.
- Ces substances seraient utilisées sur des cultures comme les noisettes et les betteraves, conformément à la loi Duplomb de 2025.
- La ministre de l’Agriculture Annie Genevard avait pourtant assuré que cette réautorisation n’interviendrait pas.
- L’acétamipride, un néonicotinoïde, est déjà interdit dans l’Union européenne pour son impact sur les abeilles et la biodiversité.
Un retour en arrière malgré les promesses politiques
Le dépôt de cet amendement intervient moins d’un an après l’adoption de la loi Duplomb, qui avait déjà suscité de vives critiques pour son assouplissement des règles sur les pesticides. Annie Genevard, en poste depuis 2025, avait alors affirmé que « rien ne justifiait un retour en arrière » sur les interdictions en vigueur. Pourtant, Laurent Duplomb, connu pour son soutien à l’agriculture conventionnelle, maintient sa pression pour une réévaluation des substances actives. Reporterre souligne que cet amendement s’inscrit dans une logique de « contournement » des régulations européennes, malgré les risques sanitaires et environnementaux documentés.
Les substances concernées et leurs usages agricoles
L’acétamipride, classé parmi les néonicotinoïdes, est un insecticide systémique utilisé pour lutter contre les pucerons et autres ravageurs. Bien que partiellement interdit dans l’UE depuis 2018 pour son rôle dans le déclin des abeilles, il bénéficie encore de dérogations pour certaines cultures. Quant au flupyradifurone, un autre néonicotinoïde, son usage reste controversé en raison de sa persistance dans l’environnement. L’amendement de Duplomb cible des cultures spécifiques, comme les noisettes et les betteraves, où ces substances pourraient être employées en traitement des semences ou en pulvérisation. Les défenseurs de l’amendement estiment que ces insecticides sont indispensables pour garantir les rendements face aux pressions parasitaires croissantes. Ses opposants, eux, rappellent les études pointant leurs effets neurotoxiques sur les pollinisateurs et les risques de contamination des sols et des eaux.
Un débat qui dépasse le cadre national
Ce retour en arrière s’inscrit dans un contexte européen tendu. En 2025, l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) avait confirmé les dangers de l’acétamipride pour les abeilles, recommandant son retrait progressif. Pourtant, plusieurs États membres, dont la France, continuent d’autoriser des dérogations au nom de la souveraineté alimentaire. Reporterre rappelle que la France, sous la pression des lobbies agricoles, avait déjà tenté en 2024 de prolonger l’usage du chlordécone aux Antilles, avant de faire machine arrière face à l’indignation publique. La question se pose donc : la réautorisation de l’acétamipride est-elle un recul inévitable ou une provocation inutile ?
Reste à voir si les députés et sénateurs, saisis de cet amendement lors de l’examen parlementaire, suivront la ligne défendue par Duplomb ou privilégieront la prudence sanitaire. Une chose est sûre : le dossier divise profondément le monde agricole et illustre les tensions entre productivité et préservation de l’environnement.
L’acétamipride est un néonicotinoïde, une famille d’insecticides accusés de contribuer au déclin des abeilles et autres pollinisateurs. L’Union européenne l’a partiellement interdit en 2018, mais des dérogations persistent pour certaines cultures. Des études pointent aussi ses effets neurotoxiques sur l’homme et sa persistance dans les sols.