Un cabinet d’avocats parisien lance une action collective pour contester la légalité des tarifs des péages autoroutiers, accusés de surfacturation. Selon Capital, le bureau Lèguevaques estime que 33 % des recettes des péages seraient immédiatement reversés sous forme de dividendes, un montant qualifié d’« anormal » par l’avocat Me Christophe Lèguevaques. L’objectif ? Obtenir la restitution d’une partie des sommes versées par les usagers et une baisse future des tarifs.

Ce qu'il faut retenir

  • Un cabinet d’avocats parisien, spécialisé dans les actions collectives, attaque les tarifs des péages pour « surfacturation ».
  • L’action cible notamment les 69 euros du trajet Paris-Marseille ou les plus de 220 euros pour les poids lourds sur certains axes.
  • Le cabinet réclame la restitution d’une partie des sommes payées, avec des indemnisations pouvant atteindre 58 % du montant versé pour certains usagers.
  • L’association des sociétés françaises d’autoroutes assure que la tarification est contrôlée, malgré un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) en 2021 préconisant une baisse de 59 % sur certains trajets.
  • La procédure, dont le coût s’élève à 36 euros pour un particulier et 720 euros pour un professionnel, devrait durer entre six mois et deux ans.

Un écart « criant » entre prix payés et service rendu

Me Christophe Lèguevaques, avocat au cabinet parisien Lèguevaques, dénonce une « surfacturation » des péages autoroutiers. Dans une interview accordée à RMC, il souligne que 33 % des recettes des péages partent directement en dividendes, un chiffre qu’il juge « anormal ». Pour étayer son argumentaire, il cite des exemples concrets : 69 euros pour un trajet Paris-Marseille ou plus de 220 euros pour un poids lourd sur certains axes. « On se rend compte qu’il y a 33 % du péage qui part immédiatement en dividendes. C’est anormal », déclare-t-il.

Le cabinet Lèguevaques souhaite saisir le Conseil d’État pour faire constater l’illégalité des hausses tarifaires récentes. L’objectif affiché est double : récupérer une partie des surprofits déjà encaissés par les concessionnaires et obtenir une baisse significative des tarifs à l’avenir. « Aux particuliers et aux entreprises, on promet de récupérer une partie du surprofit déjà payé », précise Me Lèguevaques.

Les sociétés d’autoroutes défendent leur modèle économique

Face à cette offensive juridique, l’Association des sociétés françaises d’autoroutes (ASFA) défend la légitimité des tarifs appliqués. Selon elle, la tarification des péages est soumise à un contrôle strict, même si un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF), publié en 2021, avait recommandé une baisse de 59 % du prix du péage sur l’axe Paris-Lyon. L’ASFA rappelle que les hausses récentes ont été limitées à 0,86 % en moyenne en 2025, un taux inférieur à l’inflation.

Pour l’association, les automobilistes ont payé un service rendu, et toute restitution serait injustifiée. « Ces personnes souhaitent obtenir justice, elles ont surpayé un service qui n’existe pas, donc elles demandent la restitution de ce trop-perçu », martèle un porte-parole de l’ASFA. Les sociétés d’autoroutes s’appuient également sur des rapports récents, comme celui de 2023 pointant des « débordements passionnels » dans le débat sur la rentabilité des concessionnaires, selon les propos du président de Vinci.

Des indemnisations pouvant atteindre 58 % des sommes versées

Si l’action collective aboutissait, les indemnisations pourraient être substantielles pour les usagers. Me Lèguevaques évoque des restitutions allant jusqu’à 58 % des sommes payées par certains automobilistes au cours des dernières années. Cette perspective s’accompagne toutefois d’un coût d’entrée : 36 euros pour un particulier et 720 euros pour un professionnel souhaitant participer à la procédure. L’avocat estime que la durée de la procédure pourrait s’étaler entre six mois et deux ans, avec un lancement prévu à l’automne 2026.

Cette action collective s’inscrit dans un contexte de tensions récurrentes autour des tarifs des péages. Historiquement, l’indexation automatique des prix sur l’inflation est interdite en droit français, mais une exception a été introduite pour les péages autoroutiers, sans encadrement précis. Me Lèguevaques rappelle que deux rapports ont déjà remis en cause les tarifs pratiqués par Vinci dans le sud et Eiffage dans le centre-est, sans pour autant entraîner de baisse significative.

Un débat qui dépasse le simple cadre financier

Au-delà des enjeux purement économiques, cette action collective soulève des questions plus larges sur la régulation des services publics délégués. Les péages autoroutiers, perçus comme une redevance pour l’entretien des infrastructures, sont souvent critiqués pour leur opacité. Les rapports de l’IGF et les études indépendantes ont régulièrement pointé du doigt des marges jugées excessives chez certains concessionnaires. Pourtant, les sociétés d’autoroutes rappellent que leurs tarifs sont encadrés par des contrats de concession, négociés avec l’État.

Pour les automobilistes, la question est avant tout pratique : combien coûte un trajet, et ce coût est-il justifié par la qualité du service rendu ? Les exemples de surfacturation avancés par le cabinet Lèguevaques alimentent ce doute. Entre les dividendes versés aux actionnaires et les investissements nécessaires à l’entretien du réseau, la répartition des recettes des péages reste un sujet de controverse.

Et maintenant ?

La procédure initiée par le cabinet Lèguevaques devrait être lancée à l’automne 2026. Si elle aboutissait, elle pourrait contraindre les concessionnaires à rembourser une partie des sommes perçues, tout en imposant une révision des tarifs. Cependant, le parcours judiciaire s’annonce long et incertain. Les sociétés d’autoroutes, de leur côté, continuent de défendre leur modèle, tandis que les pouvoirs publics devront trancher sur l’opportunité d’un encadrement plus strict des tarifs. Reste à voir si cette action collective marquera un tournant dans le débat sur la régulation des péages autoroutiers.

Le débat sur la légitimité des tarifs des péages n’est pas nouveau, mais il prend une nouvelle dimension avec cette offensive juridique. Entre revendications des automobilistes, défense des concessionnaires et interventions de l’État, la question dépasse désormais le simple cadre financier pour interroger le modèle même de gestion des infrastructures autoroutières en France.

Le cabinet s’appuie sur le fait que 33 % des recettes des péages seraient immédiatement reversés sous forme de dividendes, un chiffre jugé « anormal » par l’avocat Me Christophe Lèguevaques. Il dénonce également l’absence d’encadrement précis de l’indexation des tarifs sur l’inflation, pourtant interdite en droit français sauf exception pour les péages.

Selon Me Lèguevaques, les indemnisations pourraient atteindre jusqu’à 58 % des sommes payées par certains usagers sur les dernières années. Cependant, la procédure implique un coût d’entrée : 36 euros pour un particulier et 720 euros pour un professionnel.