Un aéroport spécialement aménagé près d'Ankara pour accueillir le nouvel Air Force One de Donald Trump lors du sommet de l'OTAN de juillet 2026 a coûté 220 millions d'euros à la Turquie. Pourtant, le président américain n'a pas utilisé l'appareil prévu pour son voyage, selon BFM Business.

Ce qu'il faut retenir

  • Un projet pharaonique : piste allongée de 2 450 à 3 000 mètres et élargie de 42 à 60 mètres, coût total de 10 milliards de livres turques (220 millions d'euros).
  • Un Boeing 747-8 offert par le Qatar : l'appareil, destiné à devenir le nouvel Air Force One, n'a pas été utilisé par Trump lors de son retour aux États-Unis.
  • Des critiques sur l'utilité réelle : certains médias et experts turcs remettent en cause l'usage prioritaire de l'aéroport, accusé d'avoir servi davantage les besoins présidentiels que ceux du transport public.
  • Des destructions controversées : un site industriel, des logements, une école et des équipements sportifs ont été démolis pour réaliser le projet.

Pour permettre l'atterrissage du nouvel Air Force One de Donald Trump, un Boeing 747-8 offert par le Qatar, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a fait transformer un ancien aérodrome militaire près d'Ankara en un aéroport VIP d'envergure internationale. Les travaux, réalisés en huit mois, ont consisté à allonger et élargir la piste, à construire une aire de stationnement pour 44 appareils, une résidence d'État de 4 800 m² et un parking de 310 places. Selon BFM Business, le coût total du projet s'élève à 10 milliards de livres turques, soit environ 220 millions d'euros.

Sans ces aménagements, l'appareil présidentiel américain, particulièrement lourd et encombrant, n'aurait pu se poser sur place. Pourtant, lors de son départ d'Ankara, Donald Trump n'a pas utilisé le nouvel avion, mais un appareil plus ancien à la livrée bleue, comme l'a confirmé le New York Times. Cette décision aurait été prise par le Secret Service, l'agence américaine chargée de la protection du président, pour des raisons de sécurité, sans que les détails ne soient divulgués.

Un projet justifié par des besoins multiples, mais critiqué

Le gouvernement turc a tenté de justifier ces dépenses colossaires en soulignant que l'aéroport servirait bien au-delà du sommet de l'OTAN. Lors de l'inauguration, Recep Tayyip Erdoğan a affirmé que ce nouvel équipement renforcerait la position d'Ankara comme centre diplomatique et désengorgerait l'aéroport d'Esenboğa, qui avait accueilli plus de 380 000 passagers pendant les fêtes de l'Aïd. Il a également indiqué que l'aéroport serait utilisé pour les vols d'État et les déplacements de hautes personnalités, y compris ceux du président turc.

Pour autant, cette justification ne convainc pas tous les observateurs. Certains médias et personnalités politiques turcs pointent du doigt le caractère disproportionné des travaux par rapport aux besoins réels. Önder Algedik, expert en politiques énergétiques et climatiques, a critiqué sur le réseau social X le fait que l'aéroport ait été conçu avant tout pour un usage présidentiel plutôt que pour le transport public. « C'était autrefois un aérodrome militaire utilisé pour la logistique. Mais aujourd'hui, il est en train de devenir son aérodrome personnel », a-t-il déclaré.

Des destructions contestées et des doutes sur l'utilité publique

Les travaux d'aménagement ont entraîné la destruction d'un site industriel, de logements pour ouvriers, d'un institut de recherche, d'un cinéma, d'un restaurant, d'une école et d'installations sportives. Ces expropriations et démolitions ont suscité des remous dans l'opinion publique, certains y voyant un gaspillage de ressources pour un projet dont l'utilité réelle reste floue.

D'après les informations de BFM Business, l'aéroport devait initialement servir à accueillir des personnalités lors du sommet de l'OTAN, mais aussi à moderniser les infrastructures aéroportuaires turques. Pourtant, son utilisation future reste incertaine, d'autant que l'appareil pour lequel il a été conçu n'a pas été utilisé par le président américain. Le gouvernement turc mise désormais sur son utilisation pour d'autres événements diplomatiques ou pour les déplacements officiels des dirigeants turcs.

Et maintenant ?

Les prochains mois diront si l'aéroport VIP d'Ankara trouvera une utilité concrète au-delà des besoins ponctuels. Les autorités turques devront probablement clarifier la répartition des coûts et des bénéfices entre les usages diplomatiques et publics. Une commission parlementaire pourrait être saisie pour évaluer l'efficacité de ce projet, dont le retour sur investissement n'est pas encore garanti.

Cette affaire soulève des questions plus larges sur la gestion des dépenses publiques en Turquie, notamment dans un contexte économique difficile. Alors que le pays fait face à des défis structurels, certains y voient un symbole des priorités parfois contestées du gouvernement Erdoğan.

Selon le New York Times, c'est le Secret Service, l'agence américaine chargée de la protection du président, qui a pris la décision d'utiliser un appareil plus ancien pour le retour de Donald Trump. Les raisons exactes n'ont pas été officiellement communiquées, mais des questions de sécurité pourraient expliquer ce choix.