Le rapport d’inspection générale de la justice, publié ce lundi 22 juin 2026, ne suffit pas à apaiser les tensions autour de l’affaire Lyhanna et ses répercussions sur d’autres dossiers, comme celui de Maëva et Prescyllia. Selon Le Figaro, Me Mourad Battikh, avocat des deux jeunes femmes, maintient la pression sur le ministère public en exigeant des excuses publiques et la réouverture de leurs dossiers.

Ce qu'il faut retenir

  • Maëva, 12 ans lors de son dépôt de plainte en 2018 pour agression sexuelle sur mineure par personne ayant autorité, avait vu sa procédure classée sans suite en 2020 avant d’être rouverte le 10 juin 2026 par le parquet de Béziers.
  • Prescyllia, aujourd’hui âgée de 26 ans, avait dénoncé des viols commis entre ses 10 et 13 ans. Une information judiciaire avait été ouverte en 2013, puis…
  • Le rapport d’inspection générale de la justice, rendu public aujourd’hui, pointe des erreurs individuelles sans exclure des dysfonctionnements structurels.
  • Me Mourad Battikh exige que la justice présente des excuses aux deux plaignantes en rouvrant leurs dossiers et en traduisant Joël Barella devant une juridiction.
  • L’affaire Lyhanna, qui a révélé des négligences dans la protection des mineurs, sert de catalyseur à cette nouvelle mobilisation.

Des dossiers rouverts dans la foulée de l’affaire Lyhanna

Maëva avait porté plainte en 2018 pour des agressions sexuelles présumées commises par Joël Barella, père de Jérôme Barella, alors qu’elle avait 12 ans. Après un classement sans suite en 2020, le parquet de Béziers a décidé de rouvrir l’enquête le 10 juin 2026, sous l’impulsion de l’affaire Lyhanna, qui a mis en lumière des défaillances dans le traitement des signalements de violences sur mineurs. « Cette décision montre que les alertes ne sont pas restées lettre morte », souligne Me Battikh.

Pour Prescyllia, les faits remontent à plus d’une décennie. Entre 10 et 13 ans, elle affirme avoir subi des viols répétés de la part du même accusé. Une information judiciaire avait été ouverte en 2013, mais les suites données à ce dossier restent floues. L’avocat dénonce un manque de moyens et une inertie des institutions judiciaires, malgré les signalements répétés.

Un système judiciaire pointé du doigt

Le rapport d’inspection générale de la justice, rendu public aujourd’hui, met en lumière des erreurs individuelles mais aussi des lacunes structurelles dans la prise en charge des dossiers sensibles. Selon ce document, les manquements relèvent autant de procédures défaillantes que de ressources humaines insuffisantes. « On constate un système où les bonnes volontés se heurtent à des obstacles administratifs et à un manque criant de moyens », explique Me Battikh.

L’avocat des deux plaignantes n’hésite pas à qualifier le système judiciaire de « structurellement défaillant ». Il exige que la justice reconnaisse ses torts en présentant des excuses publiques aux deux jeunes femmes, une démarche qu’il juge indispensable pour restaurer la confiance dans les institutions. « Comment réparer l’irréparable si on ne reconnaît pas la faute ? », s’interroge-t-il, sans pour autant tomber dans le pathos.

« Je demande que la justice leur présente des excuses. Comment ? En rouvrant les dossiers et en faisant traduire devant une juridiction celui qui a commis l’irréparable. »
Me Mourad Battikh, avocat de Maëva et Prescyllia

L’affaire Lyhanna, un révélateur des dysfonctionnements

L’affaire Lyhanna, qui a éclaté en 2025, a révélé des négligences graves dans la protection des mineurs, notamment dans la gestion des signalements de violences sexuelles. Plusieurs magistrats et fonctionnaires ont depuis été mis en cause pour avoir omis d’agir malgré des alertes répétées. Le rapport publié aujourd’hui s’inscrit dans la continuité de ces investigations, mais Me Battikh estime qu’il ne va pas assez loin.

« Le rapport pointe des erreurs individuelles, mais il passe sous silence les responsabilités collectives », regrette l’avocat. Pour lui, la justice doit aller plus loin que des excuses symboliques : elle doit s’attaquer aux racines du problème, à savoir l’insuffisance des moyens alloués aux services judiciaires et les procédures trop lentes. « Autant dire que sans une refonte en profondeur, d’autres affaires comme celle-ci émergeront », met-il en garde.

Et maintenant ?

Dans les prochaines semaines, le parquet de Béziers devrait examiner la recevabilité des dossiers de Maëva et Prescyllia. Une décision est attendue d’ici la fin du mois de juillet. Par ailleurs, le ministère de la Justice a annoncé la création d’une commission indépendante chargée d’évaluer les dysfonctionnements structurels pointés par le rapport d’inspection. Les conclusions de cette commission pourraient déboucher sur des réformes, mais rien n’est acté pour l’instant. La pression sur les institutions judiciaires reste donc forte, tant de la part des victimes que des associations de défense des droits des mineurs.

Cette affaire illustre plus largement les défis auxquels fait face le système judiciaire français en matière de protection de l’enfance. Entre manque de moyens, procédures complexes et inertie administrative, les obstacles sont nombreux. La mobilisation des victimes et de leurs avocats pourrait, à terme, accélérer les changements, mais le chemin reste long et semé d’embûches.

Les dossiers ont été rouverts sous l’impulsion de l’affaire Lyhanna, qui a mis en lumière des négligences dans la gestion des signalements de violences sur mineurs. Le parquet de Béziers a jugé nécessaire de réexaminer ces affaires à la lumière des dysfonctionnements révélés.