Depuis le 8 mai 2026, le président sud-africain Cyril Ramaphosa se trouve au cœur d’une nouvelle polémique judiciaire après que la Cour constitutionnelle a invalidé le vote du Parlement ayant écarté une procédure de destitution à son encontre. L’affaire, connue sous le nom de « scandale Phala Phala », porte sur le vol de **580 000 dollars en liquide** dans sa ferme de Phala Phala, située dans la province du Limpopo, en 2020. Selon Courrier International, cette décision judiciaire a ravivé une crise politique qui menace désormais directement le chef de l’État, alors que des manifestants de l’EFF (Combattants pour la liberté économique), parti populiste dirigé par Julius Malema, se sont rassemblés devant la Cour constitutionnelle avec des pancartes dénonçant un « scandale du canapé » et une « scène de crime » à Phala Phala.
Le 8 mai dernier, des militants de l’EFF brandissaient des messages comme « Des dollars ont été trouvés dans un canapé » ou encore « la ferme de Phala Phala est une scène de crime ». Ces slogans font référence à un cambriolage survenu en 2020, lorsque des voleurs avaient dérobé une somme importante en liquide cachée dans un canapé. Deux ans plus tard, en 2022, un ancien responsable des services de renseignement sud-africains avait révélé des détails accablants : il accusait le président Ramaphosa d’avoir mobilisé sa sécurité personnelle pour traquer les voleurs, afin d’étouffer l’affaire. À l’époque, le Parlement, dominé par l’ANC (Congrès national africain), parti au pouvoir, avait rejeté toute procédure de destitution, malgré les conclusions d’un panel parlementaire estimant que le chef de l’État avait potentiellement violé la Constitution et abusé de son pouvoir.
Ce qu'il faut retenir
- En 2020, **580 000 dollars en liquide** ont été volés dans la ferme présidentielle de Phala Phala, située dans le Limpopo.
- En 2022, un ancien chef des services de renseignement a accusé Ramaphosa d’avoir utilisé sa sécurité personnelle pour poursuivre les voleurs et étouffer l’affaire.
- Le 8 mai 2026, la Cour constitutionnelle a invalidé le vote du Parlement ayant bloqué une procédure de destitution contre le président.
- Des manifestants de l’EFF se sont rassemblés devant la Cour constitutionnelle avec des pancartes dénonçant un « scandale du canapé ».
- La présidence sud-africaine reconnaît le cambriolage, mais nie toutes les accusations et affirme que l’argent provenait de la vente de **20 buffles**.
Les origines d’un scandale qui n’en finit pas
L’affaire Phala Phala remonte à juin 2020, lorsque des voleurs s’introduisent dans la ferme présidentielle du Limpopo et emportent une somme en dollars dissimulée dans un canapé. Selon les révélations ultérieures, cette somme aurait été le fruit de la vente d’animaux de race, une activité lucrative pour Ramaphosa. Pourtant, les circonstances du vol et les méthodes utilisées par la sécurité présidentielle pour récupérer les fonds ont rapidement suscité des interrogations. Comme le rapporte Courrier International, un ancien responsable des services secrets, Ronnie Kasrils, avait affirmé en 2022 que le président avait activé des réseaux clandestins pour traquer les voleurs, une pratique jugée illégale par ses détracteurs.
À l’époque, le Parlement sud-africain, contrôlé par l’ANC, avait tenté de clore le dossier en votant contre l’ouverture d’une procédure de destitution. Une décision qualifiée par le Daily Maverick de « balancer la canette dans les égouts », illustrant la volonté des partisans de Ramaphosa au sein de l’ANC de minimiser l’affaire. Pourtant, le panel parlementaire chargé d’enquêter avait conclu que le président était « susceptible d’avoir violé la Constitution » et d’avoir « abusé de son pouvoir », des conclusions qui ont été balayées par un vote partisan.
La Cour constitutionnelle relance le processus de destitution
Le revirement judiciaire du 8 mai 2026 change la donne. La Cour constitutionnelle a estimé que le vote du Parlement en 2023, ayant rejeté la procédure de destitution, était entaché d’irrégularités et a donc rouvert le dossier. « La ferme de Phala Phala est une scène de crime », pouvait-on lire sur les pancartes des manifestants de l’EFF, qui multiplient les pressions pour obtenir la démission de Ramaphosa. Selon des observateurs, cette décision place le président dans une position extrêmement fragile, d’autant que l’affaire s’accompagne d’une défiance croissante au sein même de l’ANC, traditionnellement loyal envers ses dirigeants.
Pourtant, la présidence sud-africaine maintient sa version des faits. Dans un communiqué, elle confirme l’existence du cambriolage de 2020, mais rejette catégoriquement les accusations d’obstruction à la justice. « L’argent provenait de la vente de 20 buffles », a indiqué un porte-parole du gouvernement, sans pour autant apporter de preuves tangibles. Une réponse qui laisse sceptiques les opposants, pour qui les zones d’ombre restent nombreuses. Comme le souligne Courrier International, la question centrale reste entière : d’où provenait réellement cet argent ?
Un scandale qui divise l’ANC et fragilise Ramaphosa
L’affaire Phala Phala illustre les tensions internes au sein de l’ANC, parti au pouvoir depuis la fin de l’apartheid. Si certains cadres du parti soutiennent encore Ramaphosa, d’autres, notamment au sein de l’aile la plus radicale, commencent à remettre en cause sa légitimité. Julius Malema, leader de l’EFF, ne cesse de dénoncer ce qu’il qualifie de « culture de l’impunité » au sommet de l’État. Ses partisans, qui se sont rassemblés devant la Cour constitutionnelle, brandissent des pancartes où l’on peut lire : « Ramaphosa doit partir ».
Cette mobilisation populaire s’ajoute aux critiques de la société civile et de certains médias, qui pointent du doigt les dysfonctionnements du système politique sud-africain. Comme le rappelle Courrier International, l’ANC a toujours été un rempart contre les tentatives de destitution de ses dirigeants, même lorsque ceux-ci sont mis en cause par la justice. Pourtant, l’invalidation du vote parlementaire par la Cour constitutionnelle pourrait bien marquer un tournant, alors que l’opposition et une partie de la population exigent des comptes.
En attendant, la société sud-africaine reste en ébullition, entre défiance envers les institutions et espoir d’une justice enfin indépendante. La question n’est plus seulement de savoir si Ramaphosa a violé la loi, mais aussi comment le pays pourra tourner cette page sans plonger dans une nouvelle crise politique. Une chose est sûre : l’affaire Phala Phala a déjà marqué durablement le paysage politique sud-africain.
La Cour constitutionnelle a estimé que le vote du Parlement en 2023, ayant rejeté l’ouverture d’une procédure de destitution contre Cyril Ramaphosa, était entaché d’irrégularités. Elle a jugé que les conclusions d’un panel parlementaire, selon lesquelles le président était « susceptible d’avoir violé la Constitution et d’avoir abusé de son pouvoir », méritaient d’être examinées sérieusement. Cette décision rouvre donc la possibilité d’une destitution, selon Courrier International.