Près de trente pays africains interdisent toujours les relations entre personnes de même sexe, selon un rapport publié par France 24. Dans certains États, les sanctions encourues peuvent aller jusqu’à la prison à perpétuité, voire la peine de mort, comme au Nigeria, en Somalie ou en Mauritanie. Pourtant, malgré ces législations répressives et les risques encourus, des militants et associations continuent de se battre pour la reconnaissance des droits des personnes LGBT+ sur le continent.
Ce qu'il faut retenir
- Près de 30 pays africains criminalisent encore les relations homosexuelles, avec des peines pouvant aller jusqu’à la prison à vie ou la peine de mort.
- Malgré les risques, des militants et associations locales maintiennent une mobilisation pour les droits LGBT+.
- Waly Sissoko, président délégué de l’association Afrique Arc-en-Ciel, analyse la situation dans un entretien exclusif avec France 24.
- Clémence Waller dresse un état des lieux actualisé des droits LGBTQ+ en Afrique dans un reportage complémentaire.
Un cadre juridique toujours plus restrictif
La majorité des pays africains ont hérité de législations colonialistes interdisant l’homosexualité, mais certains ont renforcé ces mesures ces dernières années. Au Ghana, une loi adoptée en 2024 punit désormais les relations homosexuelles de trois à cinq ans de prison, tandis que l’Ouganda a durci son code pénal en 2023 avec des peines pouvant atteindre la perpétuité. Ces évolutions interviennent alors que plusieurs pays européens et américains ont adopté des politiques plus protectrices, créant un contraste saisissant sur la scène internationale.
Dans des États comme le Soudan ou la Somalie, les lois prévoient même la peine de mort pour les actes homosexuels, bien que son application reste rare. Ces textes, souvent accompagnés de discours politiques et religieux hostiles, alimentent un climat de violence et de discrimination à l’encontre des personnes LGBT+, poussant certains à l’exil ou à la clandestinité.
Des militants en première ligne malgré les risques
Face à cette répression, des militants comme Waly Sissoko, président délégué de l’association Afrique Arc-en-Ciel, refusent de se taire. Dans un entretien accordé à France 24, il souligne que la lutte pour les droits LGBT+ en Afrique est avant tout une question de survie. « Les personnes homosexuelles sur le continent ne demandent pas des privilèges, mais simplement le droit de vivre sans crainte », a-t-il déclaré. Selon lui, les mobilisations locales, bien que fragilisées par les répressions, restent déterminantes pour faire évoluer les mentalités.
Cependant, ces engagements s’accompagnent de dangers réels : arrestations arbitraires, violences communautaires ou pressions familiales. En Afrique du Sud, seul pays du continent à reconnaître le mariage homosexuel, les attaques contre les personnes LGBT+ restent fréquentes, malgré un cadre légal plus protecteur. Les associations dénoncent régulièrement le manque de soutien des gouvernements et l’influence croissante des groupes conservateurs, souvent liés à des églises évangéliques ou à des mouvements traditionalistes.
Le rôle clé de la diaspora et des organisations internationales
Face à l’inaction ou à l’hostilité des États, la diaspora africaine joue un rôle crucial dans la défense des droits humains. Des collectifs basés en Europe ou en Amérique du Nord financent des programmes d’aide juridique, organisent des campagnes de sensibilisation ou soutiennent les militants sur le terrain. « Sans le soutien de la diaspora, nos actions seraient bien plus limitées », a expliqué Waly Sissoko. Certaines organisations, comme Human Rights Watch ou Amnesty International, documentent également les violations des droits LGBT+ et font pression sur les institutions internationales pour qu’elles interviennent.
Pourtant, les défis restent immenses. Les régimes autoritaires, de plus en plus nombreux en Afrique, utilisent souvent la question LGBT+ comme un outil de diversion politique. Au Cameroun ou au Kenya, les arrestations ciblent aussi bien les personnes ouvertement homosexuelles que les défenseurs des droits humains, sous couvert de lutte contre « l’immoralité ». Ces pratiques, dénoncées par les ONG, illustrent la difficulté à faire reculer les législations répressives sans une mobilisation concertée.
Pour les militants, l’enjeu est double : continuer à documenter les violations tout en sensibilisant l’opinion publique africaine. « Le changement viendra des Africains eux-mêmes », insiste Waly Sissoko. Reste à savoir si les gouvernements et les institutions continentales seront capables de prendre leurs responsabilités avant que la situation ne dégénère davantage.
Selon les législations en vigueur, les relations homosexuelles peuvent être punies de mort au Soudan, en Somalie (dans les zones contrôlées par les milices islamistes), en Mauritanie (où la charia s’applique intégralement) et dans certaines régions du Nigeria (notamment dans les États appliquant la charia).