Quelques dizaines d’agriculteurs se sont rassemblés ce lundi 11 mai au petit matin près de la raffinerie TotalEnergies de Feyzin, au sud de Lyon, pour une mobilisation revendicative. Sans bloquer l’accès au site, ils ont manifesté leur colère contre la hausse des prix des carburants, conséquence directe de la guerre au Moyen-Orient, et exigé des mesures d’urgence de l’État. Selon BFM Business, cette action s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes sur les coûts énergétiques, alors que les exploitations agricoles s’apprêtent à entrer dans une période de forte activité mécanique.
Ce qu'il faut retenir
- Une mobilisation de quelques dizaines d’agriculteurs a eu lieu ce 11 mai 2026 près de la raffinerie TotalEnergies de Feyzin, sans interruption du trafic.
- Les manifestants réclament des aides supplémentaires face à la hausse des prix du carburant, dont le coût a « presque doublé » depuis le début du conflit au Moyen-Orient.
- Le gouvernement a annoncé fin avril une prise en charge de 15 centimes par litre de GNR pour mai, triplant ainsi le montant d’avril.
- Malgré les mesures existantes (prise en charge des cotisations sociales, suppression des droits d’accise sur le GNR), les agriculteurs craignent un assèchement de leurs trésoreries d’ici quelques mois.
- Un arrêté préfectoral d’interdiction avait été pris, mais les agriculteurs se sont réunis dès la nuit précédente avec une vingtaine de tracteurs.
Dès 4 heures du matin, une vingtaine de tracteurs se sont positionnés aux abords de la raffinerie TotalEnergies de Feyzin, avant que les forces de l’ordre n’interviennent. Selon BFM Business, les manifestants ont contraint plusieurs camions-citernes à faire demi-tour, mais ont finalement laissé passer la plupart d’entre eux. Un dispositif policier et des CRS étaient déployés sur place pour éviter tout débordement, dans un contexte où les autorités craignent une escalade des tensions.
« La guerre au Moyen-Orient, ça n’a pas loin de doublé le prix du carburant », a déclaré Mégane Grenouiller, agricultrice à Côtes d’Arvey, dans le Rhône. « On aurait pensé que l’État nous soutiendrait un peu plus en période de moissons, de semis, enfin des périodes où l’on consomme le plus de gasoil et où on sort le plus de tracteurs », a-t-elle ajouté, exprimant ainsi la frustration d’un secteur en première ligne face à l’inflation énergétique.
Pour tenter d’alléger la pression, le gouvernement a annoncé le 21 avril des mesures complémentaires pour soutenir les agriculteurs. Parmi elles, une prise en charge de 15 centimes d’euros par litre de GNR en mai, soit un triplement par rapport au mois précédent. Cette aide s’ajoute aux dispositifs déjà en place, comme la prise en charge partielle des cotisations sociales ou la suppression des droits d’accise sur le GNR en avril. Au total, près de 90 millions d’euros ont été mobilisés par l’État, sans compter la fiscalité avantageuse sur le GNR agricole, dont le coût annuel est estimé à 1,3 milliard d’euros.
Pourtant, ces mesures restent insuffisantes aux yeux de Cédric Archer, co-président de la Coordination rurale de Haute-Loire. « Si l’État ne prend pas en main les choses et propose de vraiment nous aider, les trésoreries des exploitations seront à sec d’ici quelques mois », a-t-il averti. « On ne veut pas crever la bouche ouverte », a-t-il lancé, saluant au passage la mobilisation de ses confrères. Son propos reflète l’urgence ressentie par une profession sous tension, alors que les marges se réduisent et que les stocks financiers s’épuisent.
Cette mobilisation s’inscrit dans un mouvement plus large de contestation des agriculteurs contre la hausse des coûts de production, qui s’ajoute aux défis climatiques et réglementaires. En 2025 déjà, le secteur avait été durement touché par les sécheresses répétées et les restrictions d’usage de l’eau, tandis que les prix des intrants continuaient de grimper. Aujourd’hui, la flambée des carburants, directement liée à l’instabilité géopolitique au Moyen-Orient, aggrave une situation déjà fragile.
Les agriculteurs, souvent perçus comme les maillons faibles de la chaîne alimentaire, subissent de plein fouet les conséquences des crises internationales. Leur mobilisation de ce 11 mai à Feyzin illustre leur détermination à faire entendre leur voix, alors que les prochaines semaines s’annoncent cruciales pour les récoltes. Les prochaines étapes dépendront des annonces gouvernementales, mais aussi de la capacité des pouvoirs publics à répondre à une demande de soutien qui va bien au-delà des simples mesures ponctuelles.
Cette mobilisation rappelle aussi l’importance d’une politique agricole stable et prévisible, alors que les agriculteurs sont en première ligne face aux chocs externes. Pour l’heure, la balle est dans le camp de l’État, qui devra arbitrer entre le maintien de mesures d’urgence et la recherche de solutions structurelles pour un secteur en quête de visibilité.