Selon Euronews FR, des milliers d’Albanais ont manifesté mercredi soir à Tirana pour le dixième jour consécutif, exigeant le départ du Premier ministre Edi Rama. Le mouvement, initialement ciblé contre un projet touristique controversé, s’est transformé en une contestation plus large contre les politiques gouvernementales.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 10 jours de manifestations ininterrompues à Tirana et dans d’autres villes albanaises.
- Les protestataires réclament la démission d’Edi Rama et de Sali Berisha, ancien Premier ministre et actuel président du Parti démocrate.
- Cinq revendications majeures : démission du gouvernement, abrogation de lois favorables aux investisseurs, retrait du « Mountain Package », annulation d’amendements sur les zones protégées et le patrimoine culturel.
- Le projet initial, porté par une société liée à Jared Kushner, gendre de Donald Trump, vise la lagune de Narta et l’île de Sazan, une ancienne base militaire.
- La Commission européenne a mis en garde l’Albanie contre toute action risquant de compromettre sa candidature à l’UE, notamment sur le chapitre 27 environnemental.
Un mouvement né d’un projet immobilier contesté
Le 1er juin 2026, des milliers de manifestants se sont rassemblés sur la place Skanderbeg, au cœur de Tirana, avant de marcher vers le Parlement. Leur slogan, « Rama en prison, Berisha en prison », visait deux figures politiques majeures du pays. Selon Euronews FR, ces protestations s’inscrivent dans un mouvement plus large, débuté il y a dix jours en opposition à un projet d’aménagement touristique dans la zone de Pishe Poro et sur l’île de Sazan.
Le projet, porté par une société liée à Jared Kushner, comprend deux volets : un complexe côtier dans la lagune de Narta — une réserve naturelle — et un second sur l’île de Sazan, une ancienne base militaire transformée en destination touristique. Ce dernier volet suscite particulièrement l’opposition en raison de son impact environnemental présumé sur un site classé.
Des revendications qui dépassent le cadre initial
Ce qui a commencé comme une mobilisation contre un projet spécifique s’est mué en une campagne plus large. Les organisateurs ont rapidement élargi leurs critiques aux politiques gouvernementales, notamment les lois facilitant l’accès aux investisseurs stratégiques et les amendements à la législation sur les zones protégées et le patrimoine culturel. Euronews FR précise que les manifestants réclament désormais cinq mesures précises : la démission du gouvernement, l’abrogation de la législation sur les investisseurs stratégiques, le retrait du « Mountain Package » — un ensemble de réformes économiques — ainsi que l’annulation des amendements sur les zones protégées et le patrimoine culturel.
Les organisateurs ont choisi de marquer le mouvement en le faisant coïncider avec l’anniversaire de la Ligue de Prizren, un événement du XIXe siècle symbolisant l’unité nationale albanaise. Un choix stratégique pour renforcer la légitimité de la contestation et élargir son audience, notamment auprès de la diaspora.
Le gouvernement face aux critiques internes et internationales
Le Premier ministre Edi Rama a réagi en accusant des forces extérieures d’attiser les tensions. Dans une déclaration à Euronews FR, il a évoqué l’implication de « bots », de « récits antisémites » et de « forces hostiles » pour amplifier l’opposition au projet. Une affirmation qui n’a pas manqué de relancer le débat sur la liberté d’expression et la manipulation de l’opinion publique en Albanie.
La situation a également attiré l’attention de Bruxelles. Mardi 10 juin, un porte-parole de la Commission européenne, Guillaume Mercier, a exhorté les autorités albanaises à « agir sans délai » pour éviter de compromettre les négociations d’adhésion à l’UE. Il a notamment mis en garde contre toute action risquant de nuire au chapitre 27 des négociations, qui porte sur l’environnement et la conformité aux normes européennes. « L’Albanie devrait s’abstenir de toute action susceptible de compromettre la réalisation du critère de clôture, en l’occurrence le chapitre 27 », a-t-il déclaré, soulignant que l’UE attend des autorités albanaises une réaction immédiate.
Un contexte politique et économique sous tension
Ce mouvement survient dans un contexte où l’Albanie, candidate à l’adhésion à l’UE, cherche à moderniser son économie tout en préservant son environnement. Le gouvernement de Rama mise sur le tourisme haut de gamme pour attirer des investissements étrangers, un pari risqué dans un pays où les questions écologiques prennent une importance croissante. Le projet de la lagune de Narta et de l’île de Sazan illustre cette tension : d’un côté, un potentiel économique pour le pays, de l’autre, des risques environnementaux majeurs.
Selon Euronews FR, les organisateurs des manifestations ont confirmé que les mobilisations se poursuivraient dans les prochains jours, malgré les mises en garde des autorités. Ils ont réaffirmé que leurs revendications restaient inchangées, refusant toute négociation en l’absence de concessions majeures du gouvernement.
Cette crise met en lumière les défis auxquels l’Albanie est confrontée : concilier développement économique et préservation de l’environnement, tout en répondant aux attentes d’une population de plus en plus exigeante sur les questions de transparence et de démocratie.
Le projet, porté par une société liée à Jared Kushner, prévoit l’aménagement d’une réserve naturelle protégée, la lagune de Narta, ainsi que de l’île de Sazan, une ancienne base militaire. Les opposants craignent des dommages environnementaux irréversibles et dénoncent un manque de consultation publique. Ils y voient également un symbole de la mainmise des intérêts étrangers sur les ressources locales.
Le « Mountain Package » est un ensemble de réformes économiques visant à faciliter l’accès aux investissements dans les zones montagneuses et côtières de l’Albanie. Les critiques dénoncent des dispositions qui favoriseraient les grands groupes au détriment des petites entreprises locales et de l’environnement.