Depuis le 31 mai 2026, le projet immobilier de luxe porté par Jared Kushner, gendre de l’ancien président américain Donald Trump, et son épouse Ivanka Trump, cristallise la colère d’une partie de la population albanaise. Quatorze soirs consécutifs, des milliers de manifestants ont défilé à Tirana pour exiger l’abandon de ce complexe touristique prévu sur l’île de Sazan et une partie du littoral albanaise, rapporte Euronews FR.

Ce qu'il faut retenir

  • Quatorze jours de protestations ininterrompues à Tirana contre le projet hôtelier de Jared Kushner et Ivanka Trump.
  • Les manifestants dénoncent la destruction d’un écosystème protégé et la privatisation d’une plage publique.
  • Le gouvernement albanais défend l’investissement, présenté comme un levier pour le tourisme et l’adhésion à l’UE.
  • La minorité grecque d’Albanie critique les expropriations liées aux grands projets touristiques.
  • Le Premier ministre Edi Rama a réaffirmé son soutien au projet malgré les contestations.

Les cortèges, scandant des slogans comme « L’Albanie n’est pas à vendre » ou « Ivanka, rentre chez toi », ont convergé vers le siège du gouvernement albanaise. Les pancartes dénonçaient à la fois les impacts environnementaux et la privatisation de l’espace public. Ivanka Trump avait évoqué ce projet lors d’un podcast récent, vantant les atouts de l’île de Sazan, « joyau de la mer Adriatique » inhabité depuis des décennies.

Pourtant, l’île abrite une biodiversité protégée, composée d’espèces animales et végétales menacées. Les opposants au projet estiment que sa réalisation mettrait en péril cet écosystème fragile, en plus de priver la population d’un accès à une plage publique. Ces arguments s’ajoutent aux craintes d’une mainmise étrangère sur des terres albanaises, symbolisée par les noms des promoteurs du projet.

Un projet défendu par les autorités malgré les contestations

De son côté, le gouvernement albanais met en avant les retombées économiques promises par ce complexe touristique. Selon les autorités, l’investissement devrait « transformer la carte touristique du pays » et renforcer les chances d’adhésion de l’Albanie à l’Union européenne. Le Premier ministre Edi Rama a d’ailleurs réaffirmé sa position en début de semaine, déclarant sans ambiguïté : « Nous ne reculerons pas ».

Cette détermination contraste avec l’ampleur de la mobilisation, qui s’étend désormais au-delà des simples revendications écologiques. Les manifestants dénoncent également les conditions dans lesquelles des terres ont été expropriées pour des projets touristiques antérieurs, évoquant des irrégularités dans les transferts de propriété. La minorité grecque d’Albanie, en particulier, a pointé des « affaires judiciaires en cours » concernant des biens transférés à l’État albanais dans le cadre de ces expropriations.

Ces tensions surviennent dans un contexte où l’Albanie, candidate officielle à l’adhésion à l’UE depuis 2014, cherche à moderniser son économie et à attirer des investissements étrangers. Pourtant, les promesses de développement ne convainquent pas tous les Albanais, certains craignant une dégradation des conditions de vie locales au profit d’une élite économique.

Une mobilisation qui dépasse le cadre écologique

Les organisateurs des manifestations, issus de la société civile, insistent sur le caractère transversal de leur mouvement. « Ce n’est pas seulement une question d’écologie », explique un porte-parole des manifestants, « c’est aussi une question de souveraineté nationale et de justice sociale ». Les slogans reprenant les noms des promoteurs américains du projet reflètent cette colère, perçue comme une forme de néocolonialisme économique.

Les autorités albanaises, elles, minimisent la portée des contestations. « L’investissement est une opportunité pour le pays », a souligné un conseiller du gouvernement, ajoutant que « les retombées économiques bénéficieront à l’ensemble de la population ». Pourtant, les opposants rappellent que les emplois promis par le projet pourraient être occupés par des travailleurs étrangers, limitant ainsi les bénéfices pour les locaux.

Les tensions se sont également étendues aux réseaux sociaux, où des hashtags comme #SazanN’estPasÀVendre ou #AlbanieLibre sont devenus viraux. Ces plateformes ont joué un rôle clé dans l’organisation des rassemblements, mais aussi dans la diffusion de contre-arguments, certains accusant les manifestants de freiner le développement du pays.

Et maintenant ?

Les prochains jours s’annoncent décisifs pour ce dossier. Le gouvernement albanais a convoqué une réunion d’urgence avec les promoteurs du projet pour examiner les modalités de sa mise en œuvre, mais aucune date précise n’a été communiquée. Parallèlement, les associations écologistes préparent une plainte auprès des institutions européennes, arguant que le projet viole les directives environnementales de l’UE.

Côté manifestants, l’appel à la mobilisation se poursuit, avec l’objectif affiché de maintenir la pression jusqu’à l’abandon pur et simple du projet. La question reste donc entière : les autorités albanaises parviendront-elles à concilier développement économique et exigences environnementales et sociales, ou la colère actuelle annonce-t-elle une crise plus profonde dans un pays en pleine transition ?

Dans l’immédiat, le gouvernement semble déterminé à maintenir sa position, tandis que les opposants, galvanisés par deux semaines de mobilisation, entendent bien faire entendre leur voix. Une chose est sûre : ce projet, loin de diviser uniquement les Albanais, a également révélé les fractures d’une société en quête de stabilité et de prospérité.