Des centaines de manifestants se sont rassemblés samedi 21 juin 2026 devant le théâtre municipal de Castres, dans le Tarn, malgré une chaleur étouffante. Leur objectif ? Protester contre l’annulation de la pièce « Passeport », un spectacle sur le thème des réfugiés, initialement prévu en février 2027. Selon Euronews FR, cette mobilisation s’inscrit dans un débat plus large sur l’influence croissante de l’extrême droite dans la gestion de la culture en France.

Ce qu'il faut retenir

  • La pièce « Passeport », créée en 2024, suit le parcours d’un jeune Érythréen amnésique dans un camp de réfugiés du nord de la France.
  • Le maire RN de Castres, Florian Azéma, a annulé le spectacle de la programmation culturelle 2026-2027, estimant que la pièce « fait la promotion des immigrés illégaux ».
  • L’auteur et metteur en scène Alexis Michalik a dénoncé une décision prise « à la dernière minute » sous la pression des élus RN locaux.
  • La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a condamné cette annulation devant l’Assemblée nationale le 16 juin 2026.
  • Le spectacle se poursuivra dans d’autres villes, notamment à Paris et en janvier 2027 à Toulouse.
  • Cette affaire illustre les tensions autour de la liberté artistique dans un contexte de montée de l’extrême droite au niveau local.

Un conflit politique autour d’une œuvre engagée

La pièce « Passeport », écrite et mise en scène par Alexis Michalik, aborde des thèmes sensibles comme l’exil, l’identité et l’intégration. Créée en 2024, elle a déjà connu une longue exploitation à Paris et ailleurs. Pourtant, dès le 10 juin 2026, Michalik a annoncé sur Instagram l’annulation de sa représentation prévue à Castres en février 2027. Dans son message, il expliquait que cette décision avait été prise « à la dernière minute, à la demande des nouveaux élus RN de la ville ». Selon Euronews FR, cette annonce a pris de court aussi bien le milieu théâtral que le public.

Le nouveau maire de Castres, Florian Azéma, élu sous l’étiquette du Rassemblement national, a justifié cette annulation dans les colonnes de l’AFP. Pour lui, la pièce « fait la promotion des immigrés illégaux et propose une vision assez particulière de la police, qui ne correspond évidemment pas à ce que j’ai défendu pendant la campagne municipale ». Il a également rappelé que les décisions de programmation culturelle relevaient de la compétence de la mairie, affirmant avoir « parfaitement le droit » de revenir sur les choix de l’ancienne majorité.

Une polémique qui dépasse le cadre local

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de tensions autour de la liberté artistique en France. Depuis plusieurs mois, des acteurs du monde culturel dénoncent une mainmise croissante de l’extrême droite sur les politiques culturelles locales, notamment après les élections municipales de 2026. Le Rassemblement national et ses alliés ont remporté 63 villes supplémentaires, dont Castres, un basculement qui alimente les inquiétudes des artistes et des programmateurs.

Parmi les voix qui s’élèvent, celle de la ministre de la Culture, Catherine Pégard, a été particulièrement remarquée. Le 16 juin 2026, devant l’Assemblée nationale, elle a qualifié l’annulation de « Passeport » de « condamnable au seul motif que son sujet ne correspond pas aux opinions politiques du maire de Castres ». Elle a rappelé que la liberté artistique constituait une « pierre angulaire de notre société démocratique ».

D’autres figures du monde culturel ont apporté leur soutien à Michalik. Tiago Rodrigues, directeur du Festival d’Avignon, a exprimé sa « solidarité » avec le dramaturge et a réaffirmé qu’il « ne travaillerait pas avec un élu RN ». De son côté, le maire socialiste de Lomme, dans le nord de la France, a proposé d’accueillir la pièce en décembre 2026. Quant à Christophe Ramond, président socialiste du département du Tarn, il a rappelé sur X que « le rôle d’un élu n’est pas de décider ce que les gens ont le droit de voir ou de penser ».

Un spectacle qui continue sa tournée malgré tout

Malgré l’annulation à Castres, la pièce « Passeport » ne disparaît pas de l’affiche. Le Théâtre de la Renaissance à Paris maintient sa programmation et propose même une réduction de 50 % aux spectateurs originaires de Castres ou y résidant. Par ailleurs, une représentation exceptionnelle est prévue en janvier 2027 à Toulouse, dans le sud du pays. Ces alternatives montrent que la mobilisation autour de l’œuvre ne faiblit pas, comme en témoignent les rassemblements devant le théâtre castrais.

Alexis Michalik lui-même a réagi avec inquiétude face à cette situation. « Je ne suis pas seulement inquiet pour "Passeport" », a-t-il écrit sur Instagram. « Je suis inquiet pour toutes les œuvres, tous les artistes et tous les programmateurs qui pourraient connaître le même sort demain. » Son message reflète les craintes partagées par de nombreux professionnels du secteur, qui redoutent une censure accrue dans les années à venir.

Et maintenant ?

Cette affaire pourrait servir de précédent dans les prochains mois, alors que les nouvelles équipes municipales issues de l’extrême droite prendront leurs marques. D’autres villes dirigées par le RN pourraient être tentées de modifier les programmations culturelles à l’aune de leurs priorités politiques. Pour autant, la mobilisation des artistes et des défenseurs de la liberté artistique montre que le débat est loin d’être clos. Une chose est sûre : la pièce « Passeport » ne restera pas un cas isolé si la tendance se confirme.

Enfin, la question de la liberté de création devrait rester au cœur des discussions, notamment après la publication récente d’une tribune dans l’hebdomadaire Politis. Signée par des musiciennes et musiciens, elle appelait à la « résistance face à l’extrême droite » et à la défense de la « liberté de création ». Un appel qui résonne d’autant plus fort après l’annulation de « Passeport ».