Selon Euronews FR, l’entreprise américaine Anthropic, créatrice du modèle d’intelligence artificielle Claude, a annoncé mercredi un engagement financier de 200 millions de dollars (soit 173 millions d’euros) pour financer des recherches sur les effets de l’IA sur le marché du travail et l’économie. Cette initiative s’inscrit dans un contexte où les acteurs du secteur reconnaissent openly les risques de perturbations durables pour l’emploi.

Ce qu'il faut retenir

  • Anthropic investit 200 millions de dollars (173 M€) dans le « Economic Futures Research Fund », dédié à l’étude des impacts de l’IA sur l’emploi et les politiques publiques.
  • Un programme de 150 millions de dollars (130 M€) en bourses sera lancé pour former de jeunes professionnels à la diffusion des bénéfices de l’IA aux États-Unis.
  • Le PDG de l’entreprise, Dario Amodei, estime que l’IA pourrait générer des perturbations bien plus fortes que les précédentes révolutions technologiques.
  • Anthropic propose un système de taxation des entreprises d’IA pour financer un revenu de base universel en cas de chômage massif.
  • Le cadre proposé prévoit trois scénarios de perturbation : chômage à 5 %, 10 %, ou un niveau « sans précédent » non précisé.
  • L’entreprise recommande une régulation stricte des modèles d’IA, comparable à celle de l’aviation, pour éviter des risques « catastrophiques ».

Un fonds dédié à l’étude des mutations économiques liées à l’IA

Anthropic a dévoilé un premier volet de son engagement avec le lancement du « Economic Futures Research Fund », un fonds de 200 millions de dollars destiné à financer des recherches sur l’impact de l’intelligence artificielle sur l’emploi et l’économie. Les fonds serviront à évaluer des politiques publiques innovantes, capables de limiter les risques de chômage massif et d’inégalités accrues générés par l’automatisation.

Parallèlement, l’entreprise a annoncé la création d’un programme de bourses de 150 millions de dollars (130 M€) pour soutenir de jeunes professionnels dans la diffusion des bénéfices de l’IA auprès des communautés américaines. Ces bourses visent à former une nouvelle génération d’experts capables d’accompagner les transitions professionnelles dans un marché du travail en mutation.

L’IA, un défi plus redoutable que les révolutions technologiques passées

Dans un essai publié sur son site, le PDG d’Anthropic, Dario Amodei, met en garde contre les risques de perturbations économiques « beaucoup plus fortes et durables » que celles engendrées par les précédentes innovations technologiques. Selon lui, le principal enjeu ne sera plus de stimuler la croissance, mais de garantir une répartition équitable des gains générés par l’IA. « Le principal défi, dans un tel monde, ne sera pas de stimuler la croissance, mais de trouver un moyen pour que chacun bénéficie des retombées », a-t-il déclaré, tout en précisant qu’il ne cherchait pas à « jouer les prophètes de malheur ».

Pour répondre à ce défi, Amodei suggère de mettre en place des taxes ciblées sur les entreprises d’IA afin de financer un revenu de base universel. Ces prélèvements pourraient être complétés par une hausse de l’impôt sur les plus-values, une piste déjà évoquée par d’autres acteurs du secteur comme OpenAI.

Trois scénarios de perturbation et des solutions radicales

Anthropic a détaillé un cadre d’action en fonction de trois niveaux de perturbation sur le marché du travail : un chômage à 5 %, un taux de 10 %, ou un scénario « sans précédent », non quantifié. Le dernier taux de chômage publié aux États-Unis s’établissait à 4,3 %, mais l’entreprise craint que l’IA ne fasse exploser ces chiffres dans les années à venir.

Dans le scénario le plus grave, Anthropic estime qu’un soutien permanent serait nécessaire. Parmi les solutions proposées figurent le revenu de base universel, la création de fonds souverains ou encore des mécanismes de partage du capital au sein des entreprises d’IA. Une approche radicale, mais qui reflète l’ampleur des craintes liées à une automatisation massive des emplois.

Vers une régulation plus stricte des modèles d’IA ?

En plus de ses propositions économiques, Anthropic plaide pour une supervision renforcée des modèles d’IA, comparable à celle appliquée dans l’aviation. Dario Amodei explique que les intelligences artificielles, comme les avions ou les médicaments, « peuvent tuer un grand nombre de personnes si elles sont mal conçues ou mal utilisées ». Il recommande que les gouvernements « bloquent ou dissuadent » les modèles présentant un « risque significatif de dommages catastrophiques ».

Cette position s’inscrit dans un débat plus large aux États-Unis, où les régulateurs et les entreprises du secteur multiplient les initiatives pour anticiper les risques liés à l’IA. Le président américain Donald Trump a d’ailleurs annoncé mercredi qu’il rencontrerait prochainement des dirigeants du secteur pour discuter de la redistribution des gains générés par l’intelligence artificielle.

Un mouvement qui s’accélère dans le secteur technologique

Cette annonce d’Anthropic intervient quelques jours après celle d’OpenAI, qui a promis de veiller à ce que les bénéfices de l’IA soient « largement partagés ». Son PDG, Sam Altman, a récemment rencontré le sénateur américain Bernie Sanders pour évoquer la possibilité d’accorder au public des participations dans les entreprises d’IA via un fonds de richesse publique. Les deux entreprises, qui se préparent à une introduction en Bourse, semblent ainsi anticiper une régulation plus stricte et une pression accrue sur leurs modèles économiques.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines devraient voir se multiplier les annonces de la part des géants de la tech, alors que les gouvernements américains et européens cherchent à encadrer les risques liés à l’IA. Une loi américaine pourrait être adoptée d’ici la fin de l’année, tandis que l’Union européenne finalise son AI Act, dont les premières mesures entreront en vigueur dès 2027. Dans ce contexte, les propositions d’Anthropic pourraient servir de base aux discussions sur la fiscalité des entreprises technologiques et la redistribution des richesses générées par l’automatisation.

Pour l’instant, aucune mesure concrète n’a été annoncée, mais la pression sur les acteurs du secteur ne devrait cesser de croître. Les prochaines élections américaines, prévues en novembre 2026, pourraient également influencer la trajectoire réglementaire, certains candidats ayant déjà intégré la question de l’IA dans leur programme.

D’après Euronews FR, les bourses financées par Anthropic s’adressent à de jeunes professionnels aux États-Unis souhaitant promouvoir les bénéfices de l’IA dans des communautés locales. Les critères exacts de sélection n’ont pas encore été détaillés, mais l’entreprise insiste sur la nécessité de former des experts capables d’accompagner les transitions professionnelles dans un marché du travail en mutation.