Les professionnels de la pêche et de l’aquaculture se réunissent ce jeudi 18 et vendredi 19 juin à Cherbourg-en-Cotentin pour tenter de trouver des réponses aux nombreux défis qui pèsent sur le secteur. Cette rencontre, organisée dans le cadre des Assises de la pêche, intervient alors que les acteurs du maritime français et européens doivent faire face à une conjoncture économique et environnementale particulièrement tendue.
Ce qu'il faut retenir
- En mai 2026, le carburant représentait jusqu’à 60 % du chiffre d’affaires de certains armateurs, poussant certains à réduire leurs sorties en mer.
- Le gouvernement français a débloqué une enveloppe de 13 millions d’euros pour soutenir la consommation de carburant des pêcheurs sur les mois d’avril et mai.
- Une aide de 20 centimes par litre en avril, puis de 35 centimes en mai, a été mise en place pour atténuer l’impact de la hausse des prix.
- Les petits pêcheurs de la Manche réclament l’interdiction des navires de plus de 25 mètres dans la bande côtière française.
- Une interdiction temporaire de la pêche dans le golfe de Gascogne est envisagée en 2027 pour protéger les dauphins.
- Les professionnels réclament également des mesures pour moderniser et décarboner la flotte de pêche.
Une rencontre sous haute tension économique
Gestion des ressources halieutiques, flambée des prix de l’énergie, concurrence étrangère accrue : les sujets brûlants ne manquent pas pour les quelque 4 500 pêcheurs français et les autres acteurs du secteur maritime réunis à Cherbourg. Selon Euronews FR, cette édition des Assises de la pêche s’annonce comme un moment clé pour échanger sur des mesures concrètes face à une crise qui s’étire depuis plusieurs mois.
Parmi les principales préoccupations, la hausse vertigineuse des coûts énergétiques reste au cœur des débats. En avril, des manifestations avaient éclaté un peu partout en France, de la Normandie jusqu’à la Corse, pour dénoncer le poids écrasant du carburant dans les budgets des entreprises de pêche. Le récent accord-cadre entre l’Iran et les États-Unis pourrait, selon les professionnels, apporter une lueur d’espoir en permettant une baisse progressive des prix de l’énergie.
Des mesures d’urgence pour soulager le secteur
Pour faire face à l’urgence, le gouvernement a adopté dès avril plusieurs dispositifs de soutien. Une aide exceptionnelle de 20 centimes par litre de carburant a été versée aux pêcheurs en avril, avant d’être relevée à 35 centimes en mai. Ces aides, qui s’ajoutent à l’enveloppe globale de 13 millions d’euros dédiée aux mois d’avril et mai, visent à limiter l’impact de la crise sur la trésorerie des entreprises.
Pour autant, ces mesures restent temporaires. « Ces soutiens sont indispensables, mais ils ne suffiront pas à long terme », a rappelé un représentant des armateurs de Normandie, qui demande des solutions structurelles pour pérenniser le secteur. Bref, l’équation est complexe : comment concilier rentabilité économique et transition écologique sans étouffer une filière déjà en difficulté ?
Des conflits d’usage dans les eaux françaises
Outre la question énergétique, les professionnels de la pêche doivent composer avec une cohabitation de plus en plus tendue dans les zones côtières. Dans la Manche, par exemple, les petits pêcheurs se heurtent à la présence croissante de l’aquaculture, des parcs éoliens offshore et du trafic maritime intensif. Une situation qui les pousse à réclamer une régulation plus stricte : l’interdiction pure et simple des navires de plus de 25 mètres dans la bande côtière française.
Plus au sud, sur la côte atlantique, une autre menace plane : la pêche pourrait être interdite temporairement dans le golfe de Gascogne dès 2027. Cette mesure, envisagée pour protéger les dauphins, est vivement contestée par les pêcheurs, qui y voient une nouvelle entrave à leur activité. « On nous demande de sacrifier notre activité pour des espèces protégées, mais où sont les compensations ? », s’interroge un armateur basé à Lorient.
Modernisation et décarbonation : les autres priorités du secteur
Face à ces défis, les professionnels réclament un plan ambitieux pour moderniser et décarboner la flotte de pêche française. Selon eux, le retard accumulé en matière d’innovation et d’équipements moins polluants aggrave leur vulnérabilité face à la concurrence internationale. Catherine Chabaud, ministre de la Mer et de la Pêche, est attendue à Cherbourg pour ces assises. Son intervention sera scrutée de près, alors que les pêcheurs espèrent des annonces fortes sur les aides à l’investissement et les subventions pour l’achat de navires moins énergivores.
D’autres sujets, comme la lutte contre les engins de pêche fantômes ou la gestion des quotas, seront également abordés. Autant dire que l’ordre du jour s’annonce chargé pour ces deux jours de travaux, où l’équilibre entre préservation des ressources et viabilité économique sera au centre des échanges.
Enfin, une question reste en suspens : comment éviter que les mesures d’urgence ne deviennent la norme, au risque de masquer l’absence de vision à long terme pour une filière en pleine mutation ?
En mai 2026, le coût du carburant représentait jusqu’à 60 % du chiffre d’affaires de certains armateurs, les forçant à réduire leurs sorties en mer. Les aides gouvernementales, bien que bienvenues, sont jugées insuffisantes pour absorber cette hausse brutale, d’où les manifestations organisées en avril dans plusieurs régions.