Selon Courrier International, le Koweït a retiré la nationalité à 71 059 personnes depuis 2024, un chiffre qui représente 4,6 % de la population totale du pays, estimée à 1,5 million d’habitants hors résidents étrangers. Le 12 avril 2026, le quotidien local Al-Qabas rapportait à lui seul le retrait de nationalité de 2 182 personnes en une seule fois, illustrant l’ampleur d’une pratique devenue systématique dans cette monarchie du Golfe.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Koweït a révoqué la nationalité de 71 059 personnes depuis 2024, soit 4,6 % de sa population.
  • 2 182 personnes ont été déchues de leur nationalité en une seule opération le 12 avril 2026.
  • Les mesures ciblent les opposants politiques ou ceux jugés « insuffisamment loyaux » envers le pouvoir.
  • Les conséquences s’étendent aux familles, épouses, enfants et petits-enfants des personnes visées.
  • Cette politique s’inscrit dans un tournant autoritaire observé dans plusieurs pétromonarchies du Golfe.

Cette vague de révocations s’inscrit dans une stratégie plus large de contrôle social et politique, comme l’explique Andrew McIntosh, militant des droits humains cité par le site Arab Digest. « Tous ceux qui expriment une opposition ou sont perçus comme insuffisamment loyaux envers le souverain ressentent l’épée de Damoclès au-dessus de leur tête », a-t-il déclaré. Cette pratique, selon lui, marque une « nouvelle ère de répression » dans la région, où les pétromonarchies durcissent leur politique intérieure face à la contestation.

Les chiffres officiels pourraient cependant sous-estimer l’ampleur réelle de ces mesures. En effet, les conséquences d’un retrait de nationalité dépassent largement l’individu visé. « Les épouses, les enfants et même les petits-enfants ayant obtenu la nationalité koweïtienne par filiation sont également concernés », souligne New Lines Magazine, une revue américaine spécialisée sur le Moyen-Orient, citant les données du journal officiel du gouvernement koweïtien. Autant dire que le nombre réel de personnes affectées pourrait être bien supérieur aux 71 059 cas enregistrés.

Le Koweït n’est pas le seul pays de la région à recourir à cette mesure. D’autres monarchies du Golfe, comme l’Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis, ont déjà utilisé la déchéance de nationalité pour museler l’opposition. Cependant, l’ampleur des chiffres koweïtiens en fait l’un des cas les plus marquants de ces dernières années. « Cette pratique est devenue un outil de gouvernance courant dans le Golfe », précise un observateur régional sous couvert d’anonymat. Elle permet aux régimes de contourner les limites imposées par les lois locales ou internationales en matière de droits humains, sans recourir à des arrestations ou à des emprisonnements formels.

Les raisons invoquées par les autorités koweïtiennes pour justifier ces révocations restent floues. Officiellement, le gouvernement évoque des « atteintes à la sécurité nationale » ou des « liens avec des organisations terroristes ». Pourtant, selon plusieurs ONG, ces mesures ciblent avant tout des militants politiques, des défenseurs des droits humains ou des figures critiques envers la monarchie. « Les autorités koweïtiennes utilisent la déchéance de nationalité comme une arme politique pour éliminer toute forme de dissidence », affirme un rapport d’Amnesty International publié en 2025.

Et maintenant ?

Les observateurs s’attendent à ce que le Koweït poursuive cette politique dans les mois à venir, notamment dans un contexte de tensions régionales accrues. Les prochaines élections législatives, prévues pour 2027, pourraient servir de prétexte à de nouvelles vagues de révocations pour écarter les opposants avant le scrutin. La communauté internationale, bien que souvent silencieuse sur ces questions, pourrait être amenée à réagir si l’ampleur des mesures devient trop visible. Reste à voir si les pressions diplomatiques ou les condamnations des ONG parviendront à infléchir cette tendance.

Cette politique interroge également sur l’avenir des familles touchées. Privées de leurs droits, ces personnes se retrouvent dans une situation de grande précarité, souvent contraintes à l’exil ou à une vie en marge de la société. « Pour beaucoup, c’est une condamnation à une existence sans statut, sans droits, sans possibilité de retour », explique un avocat spécialisé dans les questions de nationalité au Moyen-Orient. La question de leur réintégration éventuelle dans la société koweïtienne reste en suspens, aucun mécanisme de recours efficace n’étant prévu par les autorités.

Les pétromonarchies du Golfe, et le Koweït en particulier, semblent donc entrer dans une phase de durcissement où la déchéance de nationalité devient un outil central de gestion du pouvoir. Une tendance qui, si elle se poursuit, pourrait redéfinir durablement le paysage politique et social de la région.

Selon les autorités koweïtiennes, ces mesures visent à « protéger la sécurité nationale » en ciblant les personnes jugées « liées à des organisations terroristes » ou « insuffisamment loyales » envers la monarchie. Cependant, des ONG comme Amnesty International estiment que ces révocations sont avant tout politiques et servent à éliminer toute opposition au régime.

À ce jour, il n’existe aucun mécanisme de recours officiel au Koweït pour contester une déchéance de nationalité. Les familles concernées se retrouvent souvent dans une situation d’apatridie, sans accès aux droits fondamentaux. Certaines tentent de porter leur cause devant des instances internationales, mais les chances de succès restent limitées.